gruyeresuisse

11/08/2015

Misungui l’Ardente Actionniste

 

Misunghi 2.pngL’œuvre de Misungui  n’appartient ni au jour ni à la nuit mais à l’entre-deux mondes. Le corps  se tend, s’arque  mu par des forces invisibles, irrésistibles qui l’habitent. Elles l’exhortent  moins à la violente jouissance qu’au décisif combat pour la vie sous emprise parfois d’amour éperdu fort comme la mort. En ressac impétueux, textes et images de la créatrice accusent le désordre intérieur de l’être consumé par son feu en veines.

Misunghi.pngDe corps rassemblés parfois sous formes d’ectoplasmes ou de bondages sous portions de lumière, Misungui  déploie des chants nocturnes qui s’apparentent à un moment de danse cosmique. Celle qui se présente comme « Performeuse et Modèle, féministe queer et pro-sexe, anarcho-communiste, militante pour l'autogestion et l'auto-détermination » crée une œuvre où le corpsflotte, où le temps et l’espace s’affrontent, se confondent et où le texte fait entendre la suprême pesée de l’impondérable. Une féminité particulière s’impose dans la révélation de son existence en apothéose. Elle s’épanouit dans le mystérieux flottement et l’oscillation délicate de l’au-delà et l’en deçà, de l’en haut et l’en bas, du présent et de l’absence, de l’ animalité et de l’âme. L’œuvre sous toutes ses formes devient ce poing qui cogne contre la nuit liquide. Et si la détresse éclabousse le corps ressuscite jusque dans ce qu’il rejette parfois pour se sauver.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

En savoir plus sur : misungui.tumblr.com

 

Photos : Denis Lucas et Patrick Siboni.

 

09/08/2015

Beni Bischof tel qu’en lui-même

 

 

 

 

 

Bischof.jpgBeni Bischof, « WTF », Fotohof,  Livre et exposition, 7 aout-19 septembre, Salzbourg, 2015.

 

 

 

Le natif de Wildnau ne cesse de dépoter les images. Certes ce n’est pas un scoop. Dadaïste à sa manière, spécialiste de « saucissonnage » à tous les sens du terme l’artiste quitte Saint Gall pour sa première exposition en Autriche et y présenter ses exubérances spatiales et ses divers processus de création. Photographies, vidéos, textes, dessins, peintures et objets créent des entrelacs avec des figurations énigmatiques et renversantes en diverses installations intempestives. Détournant les apparences séductrices consuméristes des magazines de mode il métamorphose le conformisme dans les « pulp-fiction » de productions anarchistes et farcesques de ce qui tient de reliques recouvertes d’inadéquations volontaires. Jouant avec images et matériaux selon une énergie qui transforme l’arte povera en structures parfois digit-print, la confusion fait le jeu non seulement de la fantaisie mais de la poésie. Celle-ci arrache toute littéralité à la représentation.De diverses poubelles de signes l’artiste sort toujours une forme d’essence.

 

 

 

Bischof 2.jpgDu déchet surgissent ce qu’il nomme  « l’encens, la myrrhe, l’ambre gris ». En dépit d’un aspect débridé les « narrations »restent sobres, intrigantes, riches d’une beauté conceptuelle. Elles demeurent en dévers d’une saisie qui appellerait à priori un autre flux. Bischof crée ainsi des suites de déplacements. Ils cassent tout fétichisme du cliché comme du réel afin que l'œil capte ce que l’artiste  renverse selon une forme de « violence » visuelle. Celle-ci n’est plus à confondre avec l'exhibition ou la seule provocation. Elle s'exerce « contre » l'image et les institutions. Ce qui en reste possède la beauté poétique porteuse d'indicible très particulier : l’absence y fait le jeu de la présence. Chaque narration  devient la mémoire d’un temps renversé entre le sacré et le fécal, le haut et le bas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

08/08/2015

La neige était rouge - Richard Hoeck et John Miller

 

 

 

Mannequin Death, Richard Hoeck et John Miller, OFFSITE Rossinière (Vaud) et Genève, Galerie Marc Jancou,  26 juin – 1é septembre 2015.

 

 

 

Mannequin.jpgSouffle du silence que les falaises font ricocher, gisants sculptés, carcasses deviennent la certitude ou l’écho muet de la disparition. Pour sa deuxième édition de « OFFSITE » , la galerie Marc Jancou  met donc le paquet (de neige). Elle invite Richard Hoeck et John Miller à présenter « Mannequin Death » dans le Canton de Vaud  à Rossinière ainsi qu’à Genève. Les deux artistes collaborent depuis vingt ans et sont reconnus sur la scène internationale  (cf. leur Something for Everyone en 2004 à Art Basel).

 

Mannequin 2.jpgLe double projet pour Jancou est la résultante d’une commande du Südtiroler Siedlung d’ Innsbruck. Les deux artistes y poursuivent orginairement deux objectifs : illustrer l’immigration qui existait entre Südtirol vers Innsbruck et montrer le vieux concept de « Sublime » à travers les paysages des Alpes tyroliennes.

 

 

 

Mannequin 3.jpgEn référence à Caspar David Friedrich la représentation de l’observateur vient comme chez le peintre Romantique se dresser face au panorama impressionnant. Les personnages familiaux (trois mannequins représentant un père, une mère et leur  fille) remplacent donc le spectateur et devient une tache malséante sur le paysage proprement dit. Ce triumvirat fut d’abord intitulé “Mannequin Pioneers”. Mais Richard Hoeck a décidé de promener ces mannequins in situ et habillés de manière adéquate pour affronter la haute montagne Toutefois les conditions extrêmes des prises (pour les artistes, leur équipe et les personnages) il a été décidé de créer une dizaine de mannequins afin de se rapprocher des dangers de l’alpinisme. Ce fut aussi une manière pour Hoeck et Miller de différencier le sublime du beau en  filmant ces mannequin dévissant du sommet d’une falaise. D’où le titre de l’œuvre qui est devenue un état des restes et des dépouilles des « êtres » soumis au tragique. C’est aussi une manière de rappeler comment s’articule cette « vieille » notion de sublime avec la mort jusqu’à se demander comment l’une nourrit l’autre (et vice-versa). Plus particulièrement dans une époque où l’image  devient le Récit majeur des espaces. Le tout non sans humour. Mais froid voire glacial, comme le climat l’imposa.

Jean-Paul Gavard-Perret