gruyeresuisse

18/08/2017

Giacomo Santiago Rogado : la peinture et l'espace

Muller.jpgGiacomo Santiago Rogado, «Growing together through emotions over time», Galerie Mark Müller, Zurich, du 26 aout au 14 octobre 2017.

Giacomo Santiago Rogado fait sauter les verrous de l'obscur passé à coup d’épures, pour éviter une paralysie ou l'occlusion intestine au nom de l'historicité de la peinture. Bref il ouvre des interstices afin de développer un mouvement dans l’intervention réciproque de la peinture, du support comme de la scénographie d’exposition.

Muller 3.jpgLa peinture ne recouvre pas tout forcément l’espace, elle le fragilise afin de lui donner une autre peau par pigments, délaiements en un état présent et renaissant par effet de transparence et de ponctuation de formes, de couleurs. Une telle oeuvre se suffit à elle-même mais le créateur est spécialiste de dialogues avec les lieux. Le graphisme quel qu'en soit le registre ne trace pas simplement : il s’ouvre à une autre dimension au cœur d'une démarche abstraite et poétique.

Muller 2.jpgGiacomo Santiago Rogado offre donc de multiples discours non “ sur ” mais “ de ” la peinture et de ce qu'elle « honore » en s’engageant dans l’espace. Défaisant le trop construit et maîtrisé, l’œuvre prend une dimension nouvelle et un autre relief. Le créateur met en branle la mise à bas des "robes" d'apparat : la valeur de l'espace de l'imaginaire est en éclats à travers des impossibles invariants auxquels la peinture accorde une diaphanéité.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:20 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/08/2017

Rachel Hemm s'amuse - ou presque

Hemm.jpgModèle - mais bien plus - Rachel Hemm scénarise la vie, c'est comme si son corps devenait toupie pour lancer des questions pleines d'arômes et d'effluves étranges. A travers ceux qui la scénarisent elle s'invente des doubles et se propose en anacoluthes de réalité. Un certain aveu se lit sur les caresses qu'elle donne à l’invisible : ce que s'y dévoile devient indispensable. Mais comme sans y toucher. Chaque prise réinvente un fantôme. Il murmure un secret pour délivrer de la nuit.

Hemm 2.jpgLa voici investie d’un "devoir" : porter le feu dans l’âme des vivants blessés par la détresse. Nu son corps n'est jamais dépouillé de fantaisie, il oscille comme incrédule dans diverses situations et jeux. Mais parfois de manière frontale et interrogative. Parfois tel un insecte le corps "obscène" et doux défroisse ses ailes ou à l'inverse elles sont prises dans des cordes: l’ombre y met sa lessive à sécher.

Hemm 3.jpgChaque fois le portrait s’enivre d'un "je ne sais quoi". Il stabilise le temps à travers ce que les êtres rêvent de montrer sans l'oser. Rachel Hemm s’en sustente. Si bien que face à elle il n’est plus question de tourner en rond. Quelque chose frissonne à l’unisson d'angoisses soudain plus transparentes mais qui ont la politesse de ne jamais se dire. Généreuse l'artiste laisse le champ libre à l'interprétation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Photos : Frad Chapotat, Christophe Buffetrille et Xavier Raby.

 

14/08/2017

Dieter Roth l'étrange dandy

Dieter Roth.jpgDieter Roth, « Prints // Estampes //Originalgrafik », Exposition, Anton Meier Galerie, Genève, 22 août - 14 octobre 2017

Dieter Roth demeure un de ces héros limites qui jouent de la notoriété comme de l’anonymat. La Galerie Anton Meier a la bonne idée de rééditer 25 des estampes et albums les plus significatifs de l’artiste hors norme. Boulimique autant qu’en retrait le dandy helvétique sait cultiver l’humour et l’absurde selon une poésie multimédia au gré de ses goûts et de ses envies.

Dieter Roth 2.jpgIl n’est pas de ceux qui estiment qu’en coupant le vin avec de l’eau on pourrait ainsi en boire plus. Pour lui seul le champagne devient une ciné-cure. Il peut jouer du sérieux comme le satire afin de concocter de petits chefs d’œuvre (parfois en chocolat) qu’il évite de monter en épingles – surtout pour ses nourrices. Avide de la qualité plus que de la quantité l’œuvre du « crooner » à ses heures reste fantastique. Elle est la plus probante manifestation de la lucidité et de la folie d’un artiste qu’il convient toujours de redécouvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret