gruyeresuisse

10/03/2014

Paul Limoujoux : tout ce qui reste

 

 

 

 

limoujoux.jpgPaul Limoujoux, Quark, Genève du 20 mars au 8 mai 2014.

 

Paul Limoujoux crée par sa peinture une transparence : il fait sortir des éléments les plus simples (de consommation courante par exemple)  un paysage d’essences pures dévorées dans un cercle de l'absence que des objets épars tentent de combler. Le monde devient une suite d'empreintes perdues au fond de l'air comme de ta toile en sa blancheur de temps. Un temps non pulsé pour qu'il s'étire. Un temps à la Duras ou à la Godard - mais selon d’autres voies. Demeure la folie de voir. De voir peu. Ou plutôt de croire voir. De croire voir. D’entrevoir. Loin. Là bas. Ici même. A peine. A peine.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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Aperti 2014, Lausanne : Florian Javet entre rêve et réalité

 

 


Aperti.pngComme chaque année Aperti permet la découverte des artistes de Lausanne. La 8e édition (intitulé « Le Grand Frisson ») aura lieu  les 5 et 6 avril 2014. Elle permettra de fréquenter des ateliers insolites et intimes. On retiendra cette année parmi un foisonnement de créateurs Florian Javet. L’artiste multiplie les techniques et les approches pour donner des équivalents plastiques aux actions qui forment l’essentiel du répertoire de la vie humaine. Celle-ci à l’image des œuvres de l’artiste ne semble en rien dépourvue de significations mais elles n’apparaissent pas à celui qui la voit  comme quelque chose de simple et d’évident. Entre sophistication et art populaire le Lausannois fait de ses images non des signes mais des symboles dans le registre de l’espoir comme d’une certaine nostalgie poétique. La psyché comme la mémoire s’y retirent pour de nombreuses traversées de plus en plus libres.

 

 

Javet 1.jpgL’œuvre est la persistance et le passage de métaphores fondamentales qui échappent à une vision primaire. Elles prennent place dans la grande pièce de théâtre que le monde déploie. L’artiste ne le dépouille pas de son caractère réel mais il le pénètre en utilisant entre autres le dessin comme l’approche numérique. Ces techniques immobilisent le mouvement sans l’empêcher de donner l’impression qu’il coule de manière souvent harmonieuse. Florian Javet  opère le transfert des rêves vers l’état de veille. Mais il  maintient l’ambiguïté entre ce qui est et ce qui n’est pas en proposant toujours une énigme à déchiffrer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

De Florian Javet, Michael Rampa,  « Le sillage de la torpeur »,  Varia 2013, CHF 110 / € 90

 

 

 

09/03/2014

François Junod : labels de cas d’X

 

Junod.gif

 

 

 

François Junod fit un apprentissage de restaurateur d'automates avant de devenir diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Lausanne. Dans son atelier de Sainte Croix  il conçoit des automates surtout de facture contemporaine dont des charmeuses de serpents, des femmes légères ou dodues. La restauration d'automates anciens représente un autre aspect de son activité. Trouvant son inspiration chez deux compatriotes (Giacometti et Tinguely) Junod crée des androïdes connus sur toute la planète. On citera  le buste de la cantatrice à l'Arena à Genève, le tapis volant pour le centenaire des cafés La Semeuse à La Chaux-de-Fonds, le groupe d'automates pour la nouvelle mairie de Leganes à Madrid ou encore la jeune fille et l'oiseau perchés sur la façade d’un collège d’Yverdon.

 

Junod 2.jpgLes « simulacres » de l’artiste sont porteurs de vie paradoxale et poétique. L’automatier donne à ses œuvres un érotisme hiératique. Les femmes porteuses de fluide extra-mécanique semblent inaccessibles. Elles rappellent dans leur froideur de peau une profondeur de vue. Nues et parfaitement galbées elles sont toujours placées à distance respectables du voyeur renvoyé à sa misère et à son propre inconscient « machinique ». Ces égéries  deviennent des nuages blancs où se croisent le réel et l'imaginaire. Elles sont des clairs de lune qui remplissent l'âme d'un accord fugace avec le silence. Sur leurs formes blanches graciles semblent danser le gel et la silice. L'artiste y inscrit des légendes dont les formes montrent où rebrousser le pas sur nos chemins d’errance. Chaque femme fait basculer la nuit vers l'aube dans un grand air du songe. L'illusion reste essentielle mais  vient à bout de la patience du réel. Cela à un nom : c'est l'existence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret