gruyeresuisse

09/06/2019

Jacques Boesch : horizons du bleu

Boesch bo,.jpg« 50 nuances de bleu - Jacques Boesch » avec Jacques Coulais et AMI, Maya Kaadan, Maro Michalakakos, Marin Raguz, Julien Serve, Éric Winarto, Analix Forever, 10 rue du Gothard, 1225 Chêne-Bourg, à partir du 7 juillet.

Le Genevois Jacques Bœsch connait parfaitement la couleur bleue : celle du Léman comme des Éditions du Scorpion bleu où il a publié tous ses livres. Responsable pendant des années des affaires culturelles des Hôpitaux Universitaires de Genève il a participé à l’organisation d’événements artistiques et culturels. Il a été en outre un parlementaire éclairé intervenant plus partculièrement dans les domaines de la création plastique.

Boesch.pngComme le prouve "50 nuances de bleu" il s’intéresse particulièrement à la photographie et aux arts. Il fut d'ailleurs directeur artistique du département Photographie et illustration de la Fondation Saint-Gervais Genève et a présidé l’Association suisse des institutions pour la photographie. D'où la qualité des oeuvres retenues pour cette exposition où le bleu qui ne représenterait presque rien devient une présence, un souffle, une tonalité, de l'énergie mise en mouvement 

Winarto.pngSe retrouve entre autre le travail d'Eric Winarto qui après avoir vécu en Indonésie et Turquie vit désormais à Genève et Montreux. Il travaille avec de la peinture fluorescente. Elle ne se dévoile que dans l'obscurité. Activé par la lumière noire ses peinture blanches créent une nuit marine de légende et de mystère optique. De Jacques Coulais , de son chemin si particulier de sa technique "obligée", Barbara Polla montre les dessins bleus, les dernières oeuvres qu’il a créées pour elle après une conversation de fin de vie autour du bleu. Et il a fait ces travaux sur papier, avec les roues de sa chaise roulante, malgré son épuisement. Comme des dessins japonais. "Une sorte de paradis de légèreté : les traces des roues semblent des plumes" écrit la galeriste. Et Jacques Boesch donne ainsi à voir les oeuvres qu'il aime et qu'il sait défendre. Il ne se contente jamais du tout venant mais opte pour des projets expérimentaux d'exigence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/06/2019

Marie Bauthias : chorégraphies plastiques

Bauthias 2.jpgMarie Bauthias crée un livre rare. Il n'est pas de l'ordre de la représentation mais de la re-présentation d'éléments et pièces rapportées. Les matériaux de récupération issus de cueillettes, d'héritages, etc. créent dans leurs agencements et la matérialité de leur usage premier des relations de temps et d'énergie en mouvements rythmés.

 

 

 

Bauthias 3.jpgL'artiste recrée des possibles dans des suites quasiment "musicales". Résonne le grand système d'un imaginaire où les formes sont montées jusqu'à ce qu'un état d'équilibre substitue, au temps et à l'usage, divers types de modifications. Le tout entre sensibilité, action, intellection et entre danse et musique. L'énergie créatrice ne s'exhibe pas : elle avance non masquée mais cachée là où le rythme de chaque pièce est défini par la fixité longuement élaborée. En conséquence les propriétés inhérentes aux éléments, leurs matières et leurs formes offrent plus d'idées que quoi que ce soit qu'elles puissent contenir.

Bauthias.jpgC'est pour Marie Bauthias la manière d'évoquer l'émotion la plus intime dans une formulation particulière et idéale. Elle répond parfaitement à sa propre nature et à la connaissance de soi à l'aide d'indices plastiques conçus, en guise de dévoilement, comme une forme complexe de pièces et de situations formelles. Chaque image (et le texte  "poétique" qui l'accompagne et où il est question  par exemple "d'échelles et de strates")  les stabilise en partant d'une impulsion et d'une attente sourde pour aboutir - une fois que chaque structure possède son dispositif d'unité entre sensibilité et résistance - à une liberté retrouvée et - qui sait ? - une légèreté d'être espérée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Marie Bauthias, "Par(v)oi(e) de distraction(s), Editions Dumerchez, 2019

https://www.editions-dumerchez.fr/bibliophi…/petits-papie...

12:56 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

07/06/2019

Régis Figarol : eaux vives

Figarol.pngRégis Figarol, "Les gens de Chêne-Bourg", à l'occasion des 150 ans de la commune. Point Favre, Avenue François-Adolphe Grison 6, 1225 Chêne-Bourg. Analix Forever, 10 rue du Gothard, 1225 Chêne-Bourg. A partir du 22 juin 2019.

 

figarol 3.pngLes portraits de Régis Figarol, dans leurs segmentations, ne sont pas là pour défaire : ils assemblent les épars croisés chaque jour et dont la diversité crée une communauté. Photographier n'est plus mettre de l'ordre mais rappeler la présence de destins comparables aux nôtres et aussi anonymes qu'eux. Cela fait un monde. Dans le même il y a soudain de l'ailleurs. La ville en devient le creuset. Le regardeur  se contemple, autre et pareil. Chacun est captif et captivé par ce "elles/ils sont là, c'est eux, c'est nous".

figarol 2.jpgLes images dans leur fixité deviennent vivantes : c'est un film lent où tout le monde galope, un film rapide où l’on bouge à peine. Bref des films apparemment innocents mais pour supprimer ce qui détournerait l’attention vers l'ailleurs. Preuve que la photographie n'a rien d'abstraite. La tête y court plus vite que les fantasmes.

figarol 4.jpgPreuve aussi que pour Régis Figarol il n’existe pas d'images belles ou moches : juste des images nécessaires. Elle cherche la dramaturgie qui naît d’une certaine marche d’éléments non dramatiques. Aller vers eux c'est nous diriger où nous allons tous les jours et vers ce que l'existence nous accorde. Chacun peut imaginer des histoires dans les visages. Une femme pense à son mariage, une autre à ses enfants. Plutôt que de vider l’étang de la ville pour voir les poissons, le photographe les pêche avant de les remettre dans leur bain afin qu'ils continuent leur cours. Nous n'y voyons pas que soi. Nous y voyons les autres.

Jean-Paul Gavard-Perret