gruyeresuisse

21/04/2018

Du mouvement qui déplace les lignes : Matt Mignanelli

Mignanelli.jpgMatt Mignanelli, « Power Dynamics », Dubner Modern, Lausanne, du 26 avril au 9 juin 2018.

Né en 1983, d’origine italienne, Matt Mignanelli vit à Brooklyn et expose dans le monde entier. Il est invité pour la deuxième fois dans la galerie lausannoise. Entre sa première présentation (2013) et celle-ci le travail du peintre a évolué. Sa nouvelle série semble posséder un titre énigmatique pour ceux qui visitent l’exposition. Ils ne comprennent pas forcément d’emblée comment les « dynamiques du pouvoir » fonctionnent ici.

Mignanelli3.jpgDe fait le pouvoir doit être compris en tant que source d’énergie. Celle-ci passe par des jeux de répétitions de formes géométriques agencées pour créer des rythmes de traits ou de taches. L’artiste « en comparant ces surfaces texturées à l’accumulation irrégulière de peinture sur les balustrades, les boîtes aux lettres et les lampadaires dans un cadre utilitaire, entre encore plus profondément en relation avec l'environnement urbain. »

Mignanelli 2.jpgExiste là tout un jeu de déplacements sur des surfaces où la matérialité même de la peinture est visible. Se mêlent une abstraction géométrique et la « chosification de la peinture » dont parlait Beckett. Se crée contre l’empêchement un mouvement. Il est induit par le travail des structures et des fonds sur lesquels les premiers se démarquent afin que le regard se perdre là où tout se joue entre un certain ordre mais aussi des discordances qui font de cette peinture en échange au sein d’espaces aussi pacifiés que néanmoins inducteurs de forces sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/04/2018

Celle qui semonce nos siestes - Fabienne Radi

RADI.jpgFabienne Radi, « Peindre des colonnes vertébrales », Editions Sombres Torrents, Rennes , 2018, 68 pages, 8 €, 10 FS

 

Ne s’arrêtant jamais en des voies de si bonnes inconduites Fabienne Radi la sémiologue lémanique prouve que même chez les nudistes qui se montrent « à poils » le dos permet de conserver une certaine tenue. Une nouvelle fois elle propose par un jeu d’apparences des vérités qui plutôt que s’éloigner la queue entre les jambes font retour mais selon divers exercices pudiques.

RADI2.jpgIci - comme l’écrit l’auteure - « On a laissé tomber la jupe et le pantalon mais on garde une certaine tenue, comme si on buvait le thé dans le salon de sa grande tante. C’est l’époque charnière entre le square de l’époque Eisenhower qui vient de se terminer et le cool de la période hippie qui va suivre dans quelques années. » S’instruit donc une histoire du dos à travers des œuvres ou des personnages emblématiques dont l’ensemble reste hétéroclite de W.C. Fields à Valérie Lemercier, de Sophie Calle au bon Dr Spock, de la regrettée Lady jusqu’à Nina Childress.

RADI3.jpgMais Fabienne Radi ne s’arrête pas en si bon chemin : elle explore des questions aussi majeures que farfelues telles que « Faut-il plaindre les enfants stars ? Comment vieillissent les femmes-enfants? Pourquoi tant d’écharpes en lin lors des vernissages ? ». Si bien que le présent historique est ébréché entre poésie discursive et procrastinations farcesques là où le défaut d’habit permet une fluidité ressentie d’emblée comme une architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/04/2018

Le « tachisme » de Daniel Orson Ybarra

ybarra2.jpgDaniel Orson Ybarra, « Lightmotiv », à l'Espace Schilling, Neuchâtel, à partir du 9 avril 2018.

Né à Montevideo, Daniel Orson Ybarra a passé son enfance en Uruguay et vit entre Genève et Barcelone depuis près de 30 ans. Il a exposé en Espagne, au Mexique, en France et en Suisse. « Lightmotiv » présente son travail récent. La nature y est une nouvelle fois présente mais selon un tachisme monochrome, dans une large de palette d’émeraude, de rouge, de bleu – manière pour le défenseur des océans de se concentrer sur le caractère infini de l'eau en y insérant différents types d’indices et de nuances.

ybarra.jpgLe monde n’est jamais montré sous forme réaliste. Tout est éclaté de manière presque abstraite, colorée et selon diverses fragmentations. Chaque toile est là pour créer des émotions, ses atmosphères par confettis de lumière. La végétation est donc déconstruite en gammes chromatiques où tout se recompose en explosion de particules où semble vibrer le vivant. Il est aussi dépouillé qu’en suspension en des principes d'harmonie fluide où microcosme et macrocosme  ne font qu’un tant l’hallucination perceptive devient le fruit d’une chimie et d’une physique hors de ses gonds en un effet de filtres mystérieux et poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret