gruyeresuisse

26/10/2017

Richard Gere photographe

Gere 4.jpgRichard Gere n’est pas seulement l’acteur sex symbole de « Pretty Woman » ou d’ « American Gigolo ». Ses succès lui ont permis de s’engager pour divers combats : la lutte contre le sida, des droits de l'homme au Tibet des femmes en Egypte par exemple. Collectionneur de photographies - Joel Peter Witkin et František Drtikol - il est devenu lui-même photographe.

Gere 3.jpgAu début Richard Gere considérait ces travaux comme de simples documents pour appuyer ses luttes. Armé d’un Canon ou d’un Contax T2 il cherche toujours à donner à ses travaux énergie et sensualité en jouant sur des prises qui font le jeu du réel et de l’irréel sans chercher à créer des photos « commerciales ».

Gere bon.jpgCertains amateurs critiquent le manque de netteté de ses photos. Mais c’est l’effet recherché afin d’effacer tout aspect « touristique ». Au Népal, en Egypte comme au Pole Sud Gere crée des prises aux angles souvent originaux Mais c’est uniquement pour soutenir ders organisations et projets qu’il a exposé et vendu certaines photographies. Il a réalisé deux portfolios : "Zanskar" et "Tibet".

Gere 2.jpgSes photographies se distinguent surtout par le fait qu’elles ne semblent ressembler qu’à elles-mêmes. Elles possèdent quelque chose de cérébral-sensitif, une distance inouïe, une proximité de compassion qui échappe à toute définition. Distance et proximité où se remarque le regard aussi attentif que bienveillant de celui qui ne se considère pas comme un véritable photographe. Ce qui est loin d’être juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/10/2017

Philippe Jaccottet & Jacquie Barral : poésie pure

Barral.jpgPar le biais du Haïkus - et après en avoir traduit quelques uns avec doute : «je n'exclus pas la possibilité de contresens, mais un contresens se corrige aisément » écrit-il - Philippe Jaccottet trouve là une rythmique capable de faire corps avec l’instant sans arrière-pensée spéculative. Il s’agit de révéler un ordre caché du monde à travers celui des mots. Repoussant l’ordonnancement occidental, le poète franchit les limites du logos en des fragments tendus sur le vide pour atteindre par cet emprunt forain une sorte de poésie pure : les choses tiennent ensemble, et deviennent un organisme vivant.

Barral 2 bon.pngRetenant dans une telle forme des « expressions les plus pures de toute la poésie », Jaccottet contribue sans doute à l’idéalisation d'un genre non dénué parfois d’obscurité artificielle. Néanmoins le Haïku devient ici l’expression idéale de ses thèmes de prédilection : la nature et ses saisons. Le temps et la paysage restent centraux. Transparaît le sentiment de la perte au sein d’instants fragiles comme si, au moment les feuilles tombent, elles s’amassaient pour se recouvrir les unes les autres.

Barral 3 bon.pngNéanmoins cette magie tient moins aux textes du poète qu’aux œuvres de Jacquie Barral. La lumière du paysage, son écran de porcelaine l’artiste en révèle les contours. L’altération du temps s’y soumet. Le dessin devient à la fois le miroir, l’ultime instance, l’écharpe des limbes du temps. Demeure une pente douce, intime et belle. C’est le réfrangible cristal des haïkus, leur aigue-vive. Elle s’élance sur le fléau du vide de la page dont elle devient la soie métallescente. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Jaccottet & Jacquie Barral, « Neuf haïku », Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 28 pages.

 

24/10/2017

Nicolas Senegas : anges et démons

Senegas 4.jpgIl existe chez Nicolas Senegas un art particulier de la “ prise ». Par ses photographies il peut à juste titre se considérer comme une artiste de tableaux et d’atelier. Il ne s’agit pas de traquer la réalité de manière journalistique et documentaire mais de transformer le réel par la présence de la nudité de l’homme ou de la femme. Il y à là des catcheurs ivres, des anges surpris par la nuit.

 

 

 

Senegas 3.jpgSurgit un jeu entre le réel et l’artifice, entre l’imaginaire et ce qu’il fait sourdre des apparences. Le photographe ne nie pas l’idée d’un conditionnement mais en concomitance se crée une imprégnation critique du regard porté sur les sujets en des cérémonies d’un certain chaos. Les nus servent à traquer par le jeu photographique une sorte d’inconscient.

 

 

 

Senegas 2.jpgL’artiste répond à la fameuse phrase de Deleuze dans « Psychanalyse morte analysez » (paraphrase de la phrase de Beckett « imagination morte imaginez ») : « l’inconscient ce n’est pas un « était » au lieu duquel « je dois advenir ». L’inconscient vous devez le produire ». Nicolas Senegas le fabrique à travers ses « intersexions ».

Senegas.jpg

 

 

 

 

Chaque portait devient un rébus. Il permet de comprendre l’importance des sous-jacences ou arrière-fonds archaïques. Le photographe transforme ses modèles en archétypes. Et c’est le sens d’une grande partie de son œuvre. Chaque individu possède sa part d’humanité qui le retient au sexe, à la mort, à la vie. La force des photographies fait jaillir une vérité d’incorporation sublimée.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste expose actuellement sur le site « Corridor Elephant ».