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26/03/2018

Les étranges corpus de Grégoire Bolay l’activiste minimaliste

Boley.pngGrégoire Bolay, « Rationalisme », Centre d’art contemporain, Genève, à partir du 22 mars au 13 mai 2018.

Reprenant à sa main une forme de minimalisme, Grégoire Bolay replace l’art dans une réalité contemporaine concrète. Il retient par exemple des « Gestes fossiles » témoins d’actions passées au sein de références conceptuelles, populaires ou personnelles. Tout semble une suite d’expériences incertaines, aux apparences parfois absurdes, parodiques ou poétiques. La contradiction est un point de prédilection pour le créateur. Il associe spéculations, contraintes et anecdotes par divers croisements ou réductions dans un système de correspondances sémantiques et visuelles productrices d’ambiguïtés interprétatives et dont le « Rationalisme » répond à une seule logique : que l’art soit « le miroir du monde » (dit Bolay) et parfois son mirage ou son miracle.

Bolay 2.jpgL’artiste ne travaille jamais d’après modèles. Il crée ses œuvres de mémoire comme dans sa série de shaped canvases « M.O. » (Mémoire objet). Ils représentent des "choses" dans un style qui intègre les « maladresses » du souvenir. Le tout inspiré par la bande dessinée. Cela engendre des représentations aussi naturelles qu’étranges au sein de peintures, sculptures et dessins apparemment de mauvaise facture créés par un artiste qui se dit « paresseux » mais travaille avec méticulosité. Le tout en ignorant la fiction ou la représentation humaine (sinon de manière allusive). L’importance des objets suffit à créer des narrations énigmatiques.

Bolay 3.jpgGrégoire Bolay semble montrer une chose et son contraire pour créer l’hésitation nécessaire à un espace de vérité qui contredit la « vocation » qu’on accorde à l’artiste et la puissance qu’il revendique trop souvent. La forme vient de l’intérieur mais une question demeure : « de l’intérieur de quoi ? ». L’œuvre avance ainsi  d’autant que la vie n’est passionnante que dans ce qui se dessine et se crée afin de savoir si "les choses valent la peine". L’art donne ainsi la valeur à ce qui n’est pas habituellement saisi ou mal vu donc mal montré.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/03/2018

Elena Kovylina : ricochets et uppercuts


Elena Kovylina Bon.pngC’est au début du millénaire qu’Elena Kovylina se fait connaître. Elle est l’époque et pour une performance (« Waltz ») habillée d’une veste militaire et entame un joyeux chaos avec le public au son de « Lili Marlene » de La Dietrich. S’ensuit une beuverie Vodka/Coca. Divers moments de danse de plus en plus zigzagante sont ponctués par les cocktails que l’artiste boit en affichant chaque fois une médaille sur son veston. Le tout jusqu’à l’ivresse voire au-delà. Elena Kovylina détruit certaines valeurs en se détruisant elle-même afin de découvrir quelque chose d’inconnu ou d’impossible dans une divagation entre la tragédie et la farce. Dans toutes ses réalisations l’artiste refuse de jouer un rôle : elle se met en danger. Femme de mauvaise vie ou cible elle offre sa chair au regard, à la vindicte et à la réflexion.

Elena Kovylina.jpgSes vidéos poursuivent les prestations scéniques. La violence est de plus en plus présente. Dans « Dying Swan » une danseuse classique est visée par un sniper. Tutu blanc et corps souple, cagoule noir et rigidité du tireur se font face le tout dans un mélange de musique symphonique et de guitare country. Jusqu’à ce que la tuerie se transforme d’abord en féerie avant que le merveilleux retombe dans la tragédie. Le sang coule en hommage au meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa en 2006 à Moscou. L’artiste crée souvent cette confrontation du corps de la femme à la violence. Dans « Shooting Gallery », Elena Kovylina tourne en continu sur une trottinette devant le stand de tir improvisé. Située devant la cible, elle devient l’obscur sujet d’un désir qui est autant de vie que de mort en une atmosphère de fête foraine mais où l’existence même du corps est en jeu.

Elena Kovylina 3.jpgDéfendue et « illustrée » par la suissesse Barbara Polla et accompagnée de Violaine Lochu, l’artiste plante une nouvelle fois, avec « Carriage », ses spatules à griffes dans le gras des images pour qu’elles suintent leur surplus d’extrême onction, leurs surestimations d’elles-mêmes. La créatrice refuse les visions Témesta et caramel mou. Elle rappelle que l’artiste doit d’abord accomplir la réinvention des femmes plutôt que de les endormir sous des histoires qui ne tiennent pas debout. Et plutôt que d’expliquer l’art aux lièvres morts que sont les hommes elle se sert du premier pour prendre les seconds à rebrousse poils. En conséquence l’artiste ne se veut en rien l’héroïne d’« illusions perdues » ni une momie muséale. Son travail permet des confrontations intempestives par de multiples ricochets et uppercuts.

Jean-Paul Gavard-Perret

Elena Kovylina (avec Violaine Lochu, « Au risque d’être femme », sur une proposition de Barbara Polla. Silencio, 6 avril 2018.

 

Linda Bachammar Clerget et le sens du rite

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Par ses autoportraits Linda Bachammar Clerget crée une image diffractée de la figure féminine. A la fois elle la « réinterprète » en reprenant à sa main des figurations qui rappellent des postures classiques dans la peinture tout en adressant des clins d’œil à Cindy Sherman, Bettina Rheims mais selon une figuration personnelle en un cérémonial grave, insidieusement grinçant et ironique.

 

 

 

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Certes la créatrice illustre un thème traditionnel (a priori) : celui des Pénélope et des "saintes" de tous les temps et de toutes les cultures. Mais d’une certaine manière la photographe apprivoise la solitude par divers types de variations en créant son propre grain de sel voire son piment.

 

 

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Ces fenêtres sur l’intime - à la fois renforcées par l'autoportrait mais distanciées par les mises en scène -  créent une poésie aussi drôle que grave. L’espace balisé de la solitude féminine est  recomposé selon diverses postulations. La nature des femmes se reconstruit de manière plus "assermentable" que celle offerte par les artistes hommes. Souvent en les sublimant de manière passive, ils leur accordaient une aura qui n’était pas la bonne. Linda Bachammar Clerget remet la femme en une perspective plus vivante en se jouant des "vieilles" images.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.linda-bachammar-art.com/