gruyeresuisse

09/12/2017

Judie Bamber : le très proche et le lointain

Bamber bon.jpgJudie Bamber crée dessins et peintures à partir de sources photographiques en passant d’images génitales ou de sex-toys à des paysages marins impressionnants par leur minimalisme monochrome. De 2005à 2014 elle a travaillé sur le projet « Are You My Mother? » où elle a recomposé en lavis ou dessins des poses érotiques tirés des Polaroids que son père avait pris de sa mère dans les années 60 - époque de la naissance de l’artiste.

Bamber.jpgInstallée à Los Angeles, Judie Bamber explore les thème du genre, de la sexualité lesbiennne, du temps et de la mémoire. Parfois presque nubiles et innocentes (si ce n’était ce qui les travestit) ses personnages mais tout autant ses natures mortes et paysages semblent des carapaces qui les rendent inaccessibles. Nul marin ne s’aviserait de les faire grimper à son mat de cocagne. Car les mouettes sont moqueuses. Du blanc brode leur robe. Mais de telles Vénus écrasent tels des avortons les Ken qui bandent leurs muscles. Elles ont d’autres chattes à fouetter et savent que sous la mâle enjôleur se cache le principe du ménage et de la machine à laver.

Bamber 2.jpgJulie Bamber préfère les fleurs dont les pétales ont une chair blonde. Elles sortent d’où les serpents ont planté une semence, mais elles n’y retourneront pas. Le diable avec sa fourche et ses oreilles acérées devient une langue des brebis ou un coquillage sur Venice Beach. L’œuvre dans son minimalisme narratif et optique est incroyablement puissante. Les objets deviennent des principes d’équivalence. La naïade, aux maîtres nageurs, préfèrent les sirènes de cérémonies plus douces et secrètes sans que jamais l’œuvre ne régresse à une simple théorie du genre. Seul l’art fait résistance par effet de poésie radicale qui ignore le repli.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/12/2017

La légèreté de l’être : Luciana Pampalone

Pampalone 3.jpgLes photos de mode de Luciana Pampalone dépassent très largement le simple cadre marketing. Mannequins, accessoires, mises en scène, etc. tout ramène à l’univers des années d’entre les deux guerres mondiales. Mais c’est moins rétro qu’il n’y parait. Existe un retour au réel d’aujourd’hui. Le noir et blanc des films muets ne manquent ici et paradoxalement jamais de « couleurs ».

Pampalone.jpgL’artiste reste la maîtresse des prises et reprises au charme débordant. Elles dépassent les bornes temporelles. Existe toujours un rire implicite, une vie par le ravissement proposé : les êtres et la nature dansent entre grands espaces et plans rapprochés en une perpétuelle partie de séduction.

Pampalone 2.jpgLes gammes immuables de reconnaissance prennent soudain une allégresse entre les anfractuosités d’un arbre et les mouvements d’une jupe autour de hanches. Se déploie un vertige là où la photographe biffe les précipices. Rien n’a lieu que la dynamique des corps et l’immuable torsion de la beauté de la nature. Pétrification et passage créent un flux au milieu des discontinuités évènementielles et des poses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Luciana Pampalone, Robin Rice Gallery, New-York, décembre 2017.

07/12/2017

Les souri(re)s de Gérard Musy

Musy 2.jpgEntre préparatifs de défilés de mode, cérémonies SM ou paysages de forêts helvétiques, bref du fétichisme aux arbres, Gérard Musy crée un monde étrange. Variations et répétitions donnent à son univers une poésie pénétrante. La femme y est souvent harnachée de manière spectaculaire. Mais le photographe met en exergue la beauté plastique - non sans intelligence et attention bienveillante - en de grands formats spectaculaires aux plans surprenants et la force des couleurs. Des séries aussi disparates que Beyond, Lustre, Lamées, Leaves, Lontano/ Lejano, Back to Backstage, créent une unité et un jaillissement existentiel où se dénombrent l’inconnu et l’introuvable.

 

 

 

 

Musy.jpgLe photographe suisse renverse les visions, ajoute du mystère au mystère. Le corps est magnifié, il chavire mais juste ce qu’il faut dans un exhibitionnisme légèrement contrarié par une retenue particulière. Elle sacrifie la vue d’ensemble à celle des détails et fore des secrets par l’ordre de la caresse. Tout reste plus suggéré que vu afin que l’imaginaire s’envole dans des labyrinthes optiques et des forêts des songes. La phénoménalité superficielle est dominée par une idée de la vie là où les existences se livrent à des baignades ou des sacrifices librement consentis dans la cavalcade de plaisirs programmés.

Musy 3.jpgHabillées de retenues les princesses d’un jour deviennent des fantômes qui défilent ou se livrent à des chorégraphies nocturnes. L’obscénité n’est que pudeur dans des châteaux de carte du tendre ou d’une violence fléchée. Ses vagues successives font rougir les peaux: mais le plaisir ne tue pas, il se consomme et se savoure. Musy en décline les préparatifs. D’où ses histoires d’O et d’eau. Nul besoin d’y ajouter l’élixir de l’Abbé Souris : le regard s’enivre d’une géographie non commune entre les forêts noires et les coulisses d’un festival de masques. Sous la douleur jaillissent les rires. Ils président à de telles cérémonies d’euphorie que chaque prise distille.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gérard Musy, « L’œil fertile « , Galerie Esther Woerdehoff, Paris, du 29 novembre au 23 décembre 2017.

 

 

11:04 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)