gruyeresuisse

24/03/2020

Doubles jeux de Philippe diCorcia

Di Corcia.jpgPhilippe diCorcia est sans doute un des photographes narrateurs de "fictions" les plus intéressants du début du siècle. Il explore et dépasse les limites de son médium par des prises méticuleusement scénographiées et réalisées, mettant en scène une variété d’individus parmi lesquels des amis, des membres de sa famille, des anonymes, des gogo danseurs voire des personnages transformés en maquereaux demi-sel.

Di Corcia 3.jpgTout joue entre le vrai et le faux, la pose et le naturel avec un humour constant là où un érotisme ambigu plane : l'amour semble tariffé en des partouzes discrètes ou des tête à tête arrangés. La théâtralité est là pour le signifier sous un aspect faussement documentariste - ce qui donne à l'oeuvre encore plus de saveur.

Di Corcia 2.jpgDans les interstices entre fiction et réalité diCorcia crée depuis plus de 20 ans son cinéma fixe et muet entre Lynch, Hopper et Antonioni. Rien ne manque à ces fausses histoires où la beauté et l’harmonie prennent une nouvelle donne en un glamour inversé et une audace ludique et ironique. Tout demeure ambigu et ce n'est pas le moindre plaisir de telle monstrations aussi subtiles qu'équivoques. Dans la douceur les miasmes prennent des allures classieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les photographies de diCorcia sont visibles actuellement - sur R-V uniquement étant données les circonstances - à la David Zwirner, Paris.

23/03/2020

"Un souffle sans poids" : lumières d'Anne-Marie Jaccottet

Jaccottet.jpgAnne-Marie Jaccottet privilégie l'aquarelle et le pastel pour renvoyer au monde une image poétique.Ces techniques - sèche pour l'une, fluide pour l'autre - absorbent les couleurs, en retiennent ou restreignent leur élan, réduisent la part de l'ombre dans une diffusion où les formes tendent à se fondre au sein de la lumière. S'y devine une relation étrangement directe, confiante mais comme éphémère avec le monde dont l'artiste saisit les beautés à l’improviste.

Jaccotet 4.jpgSouvent l'artiste crée des natures mortes avec des fruits que quelquefois elle a laissés sécher : oranges, pommes, pamplemousses, grenades et surtout kakis "à cause de leur forme, presque carrée, et de leur couleur, d’abord jaune, orange, puis quand ils ont mûri sur le rebord de la fenêtre, rose, et quelquefois couvert de bruine" écrit l'artiste.

 

Jaccottet 3.jpgLa native de Saint-Aubin (près de Neuchâtel) crée de manière instinctive sans préparatifs - même si bien sûr tout un travail mental a longuement fait mûrir chaque projet. L’esprit touche ensuite à sa négation et son contraire afin de créer devient un événement nu. Il réinvente la nature jamais de manière imitative, avec une grande délicatesse de composition. Une telle finesse d'observation rend le monde plus léger là où selon Philippe Jaccottet , "circule partout un souffle sans poids".

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrice Vermeille : le furtif et le fuyant

Vermeille 2.jpgPeintre et graveur, Patrice Vermeille pratique aussi le dessin numérique dont il est un des pionniers. Cet attrait pour le dessin assisté par ordinateur ne l’empêche pas de se référer aux œuvres anciennes, comme ses deux tableaux de 1976 en hommage à l’œuvre d’Anne-Louis Girodet.

 

 

 

 

Vermeille.jpgL’artiste navigue entre des préoccupations classiques : espace tracé au nombre d’or, peintures où la présence du spirituel et du réel font référence aux théories de Kandinsky. Mais son langage se caractérise par la force d’un dessin acéré, tranchant, qui semble définir un espace de chaos là où les formes éclatent, sont en expansion jusqu'à sortir du cadre là où se distingue une sorte figuration ambigue, sans sol, ni horizon. L’épaisseur et l’estompé y jouent comme le prouvent ses illustrations de textes : "La mer anthropophage" de Xavier Déjean, "La moitié du geste" de Bernard Noël ou "L'aile froide" de Roger Caillois chez Fata Morgana.

Vermeille 3.jpgInfluencé par le réel, le dessin s'en dégage afin de faire jaillir de l'imprévu. Mais le doute existentiel est dépassé par des images qui deviennent des hypothèses vitales où le monde tente de se réanimer. Surgissent des lieux vides où des tables sont néanmoins dressées pour qu'une prolifération humaine viennent les animer.

Jean-Paul Gavard-Perret