gruyeresuisse

11/05/2018

Jacquie Barral : de la carte du réel au territoire de l’imaginaire

Barral.jpgA l’aide des plans rouges du ministère de l’intérieur au 1/100 000 trouvés chez un libraire, Jacquie Barral a dessiné sur ces cartes au moyen de crayons de couleurs « un monde futur, envahi d’océans, de nuages, ou de volcans…recouvrant la carte et transformant ces bouts de territoires français du siècle dernier en nouveaux continents. »L’artiste prend un malin plaisir à « embourber » le spectateur dans un flot de signes et informations visuelles troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et impressionnisme figuratifs. Maîtresse d’une rhétorique colorée elle crée une émotion particulière en faisant de chaque image un moment de provocation parfois subtile parfois plus fractale

Barral 2.jpgC’est sa manière de réenchanter un monde qui ne l’est pas forcément - loin de là… L’imaginaire renvoie à la réalité comme à l’histoire de l’art une fin de non-recevoir. Et le basculement dans « l’irréel » contredit la pression du réel sous lequel tant de faiseurs ploient. Les images acquièrent une propriété réversible dans de telles extensions. Ces œuvres sont nourries - comme souvent - des textes de Valentine Oncins pour laquelle « le livre d’artiste est un espace qui s’apparente à une cartographie avec des marques, des signes, des indices qui, par jointure, inventent un lieu-dit. Un espace entre texte et image  se découvre comme une terre, avec le tracé d’une topographie inconnue ». Les deux créatrices participent d’un singulier mélange entre une radicale extériorité et une sensibilité exacerbée à l’égard des relations entre cartes du réel et territoires de l'Imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacquie Barral et Valentine Oncins, « Paysage vertical », Fata Morgana, Fontfroide de Haut, 2018.

10/05/2018

Les paradoxes de Tina Merandon

Merandon.jpgTina Merandon propose des suites de « scènes » avec variations. Chaque pièce devient un appareillage qui circonscrit une zone de solitude ou de rencontre. Diverses approches se succèdent  en des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives. La louve n’y est pas forcément romaine. D’ailleurs ses seins nourriciers deviendraient là un prétexte à des strip-teases parodiques entre dérision et tentation…

 

 

Merandon 2.jpgLes préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Tina Merandon offre un regard, mais autre chose qu’un regard : un rapport dans l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens ».

Merandon 3.jpgLa photographe ne cherche aucune dramatisation, elle se contente de montrer une symphonie. L’espace est dilué, étendu mais aussi concentré par des mises en scène parfois drôles en particulier lorsque les animaux s’y insèrent. Sous formes d’épures, des portraits « borderland » échappent à toute localisation précise et donne une sorte d’éternité à l’éphémère ouvert sur un inconnu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tina Merandon, « Les démons de Tosca », NegPos, du 10 mai au 6 juin 2018.

09/05/2018

Urs Luthi : Effets d’éphèbe

Luthi BON.jpgUrs Lüthi, « Just another dance », Centre Culturel Suisse, Paris, 21 avril au 18 juillet 2019

Dans une vision conceptuelle Urs Lüthi met au présent ses « vieilles » images. Celles de l’époque où il était Apollon ou rock star. Mai l’artiste n’est pas un Mick Jagger sur lequel le temps n’a pas de prise. L’éphèbe s’est alourdi. Mais qu’importe car l’artiste à mieux à faire, dire et montrer : l’autoportrait devient une reproduction qui n’existe pas là où la légèreté est donnée afin que la profondeur ne manque pas.

Luthi 2.jpgL’image devient miroir du miroir au moment où Urs Lüthi ne revendique rien - même pas lui-même. Il ouvre à un état de rêverie par superposition d’images totales ou en multiples morceaux. Elles libèrent qui elles sont et ce qu'elles produisent. Et ce de manière pluridimensionnelle et selon un mixage de médiums. L’ex-voto jouxte le futurisme et le cirque.

Luthi 3.jpgReste la question essentielle : que montre une image au moment où l’autoportrait ne délivre plus du « même » mais de l’art en rose, en blanc, en noir ? En petites statuettes ou en immenses images pixellisées s’affiche la mort annoncée du premier degré.. Si bien que l’image n’est ni une vitre, ni un miroir : elle n’ouvre ni ne ferme mais renouvelle les questions de la réflexion de la réflexion. Le CCS offre donc là une exposition aussi sobre que rare et prouve l’importance du lieu au moment où sa direction va tourner.

Jean-Paul Gavard-Perret