gruyeresuisse

07/02/2020

Gérard Musy : high energy

Musy 2.jpgEn 1986, le photographe lémanique Gérard Musy, pour son mémoire en Histoire de l’Art sur Robert Frank à l’Université de Genève, se rend souvent à Paris pour découvrir les défilés de mode et passer de nombreuses soirées au "Palace" lieu emblématique de la ville à l'époque. L'exposition permet de revisiter cette période charnière de la photographie et de la mode.

 

 

 

 

Musy.jpgMusy comprend combien le monde de la nuit et de la mode sont liés. Les tops mannequins sortent en discothèque avec les tenues des stylistes branchés qui expérimentent  différentes matières fétichistes : le vinyle pour Mugler, le latex pour J-P Gaultier mais aussi le cuir de Montana  et la maille galbante d’A. Alaia.

 

 

 

 

Musy 3.jpgLe photographe saisit un monde pétillant en noir et blanc ou en couleurs dans un art parfait de la composition serrée. Existent aussi des photos de backstage aux couleurs riches et profondes réalisées entre autres pour le compte des magazines Jardin des Modes et Harper’s Bazaar. Elles renouvellent la photographie de mode de la fin des années 80 dans une force de vie et d'énergie juste avant que le Sida viennent briser l'insouciance.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gérard Musy, "Eclats, Late’80s Fashion", Espace Photographique du Leica Store, Paris VIIIème., du 6 février au 4 avril 2020

Maïa Mazaurette et Guillaume Varone : corps des alter-ego

Varone Mazaurette.pngMaïa Mazaurette et Guillaume Varone, "Elle & Lui",10 rue du Gothard à Chêne-Bourg, du 11 février au 6 mars 2020.

Maïa Mazaurette peint sur papier, coud, colle, invite chez elle, à New York des modèles à poser nus. Guillaume Varone photographie en noir, en blanc et en bleu une modèle unique, au plus près de la peau et de l’âme. Tous deux sont fascinés par le corps et le visage de l’Autre et leurs oeuvres traduisent la puissance du désir : "désir de voir et de donner à voir, de rêver et de donner à rêver, de représenter, d’aimer, de comprendre" écrit Barbara Polla à l'origine de ce face-à-face.

Varone Mazauette 2.pngMaïa Mazaurette place ses modèles (la plupart sont des acteurs) à leur guise sur sa"table à dissection" pour des séquences de deux minutes qui se répètent pendant plusieurs heures " Certains modèles s'endorment, certains rougissent ou bandent. Certains ont peur, d'autres rient. Je les regarde, ils suivent mon regard." dit-elle. A partir de ces séances elle entame des esquisses qui deviennent ensuite par la peinture et la couture des "icônes, de la (ré)incarnation tant attendue des masculinités contemporaines" mais où la féminité garde son entière présence et légitimité. Dès lors "Peints, couturés, icônifiés, mes modèles retournent à la lumière - des hommes sur le piédestal. Il était temps."  ajoute-t-elle. Et ce pour rappeler aux hommes leur beauté, de les rassurer sur leur pouvoir érotique mais aussi de leur rappeler leur devoir et leur coopération envers celles qui les chérissent.

Maia.pngGuillaume Varone quant à lui explore le corps de celle qu'il aime : "Je connais ce corps depuis des années. Il est là, devant moi. C’est comme si je le voyais pour la première fois. Il bouge librement, enchaine les mouvements, multiplie les positions. Il se tord, se plisse et se reforme au gré de ses envies.". Le photographe en épouse les mouvements au seins de prises "métaphoriques" mais qui restent une manière de lui faire l'amour.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/02/2020

Les clartés fuyantes de Doïna Vieru

Vieru.jpgDoïna Vieru tente de venir à bout de l'écriture du désastre - chère à Maurice Blanchot - à travers des dessins de  déconstruction et de ravinement par le fusain, l'encre, l'acrylique blanche. Les matrices premières où les mots deviennent illisibles sont soumis à un brassage tellurique -  érotiquement implicite - là où la loi du père est remis en cause puisque les mots ne peuvent plus servir de re-pères..

 

 

Vieru 2.jpgLe geste seul parle dans sa puissance et un brouhaha visuel. Il oblige l’artiste à une reprise et une insistance là où le féminin de l’être se joint à sa force phallique confisquée par les mâles. La densité devient de la sorte ailée. A la perte fait place reprise dans des mouvements qui déplacent les signes. Ce qui tient du culturel ou du social est dépassé au sein d'un travail de persistance qui emporte toute notion de renoncement.

 

Vieru 3.pngLa curiosité et l’émerveillement prennent corps là où « la règle est celle de l’absence de règles, ce qui constitue la règle suprême. » (Shitao). L'artiste fait sienne là où le dessin oblige l'artiste à "une dépuration et une assurance du trait dont la peinture n’a pas besoin" écrit-elle. Mais néanmoins par son aspect premier (un enfant dessine avant d'écrire) cet art primitif crée ce qui peut tenir face aux décréations en cours. La souverainieté du "rien" devient la poésie de l'espace. Elle joue de l'extinction, de la biffure tout en luttant contre la perte et le renoncement par un dédoublement. Il sort de certains mirages pour créer un lieu de métamorphoses aux clartés fuyantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Doïna Vieru, "Re-écriture du désastre", Galerie de Nesle Paris, à partir du 20 février 2020.