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03/10/2020

Art et industrie

Bex.jpg"Industria, Bex et Arts", 14 ème. Triennale de sculpture contemporaine, Catalogue édité par Fondation Bex et Arts, Bex, 2020.

Catherine Bolle assure la conception éditoriale et graphique de cet important et superbe catalogue dont les auteurs sont Nadia El Beblawi et Nayansaku Mufwankolo. Art et industrie se retrouvent liés au sein d'une esthétique créatrice sous le nom d'"industria" qui signifie "activité attentive" en un moment et un lieu d'exposition où comme le rappelle la responsable "la techné est capturée par l'artiste" ou plutôt des créateurs qui font sortir l'industrie de ses normes.

Bex bon.pngUne trentaine d'aristes dont Olivier Estoppey, Andreas Schneider, Jonathan Delachaux et bien d'autres ouvrent un espace de reflexion autour de notre perception et notre conception de l'espace par leurs installations dans la nature où ils imposent leurs structures, leurs mythes rédempteurs ou non pour multiplier de nouvelles formes à travers les "vieilles matières" liées parfrois aux interventions numérique (David Bill).

Bex4.jpgQuittant les codes du design et sans chercher à tout prix à faire du beau, de tels créateurs proposent des oeuvres parfois hiératiques (Peter Kamm) ou/et mystérieuses (Eggs-Birschin- Matthias Pabsch) là où la puissance des formes tranforme l'expression plastique de l'industrie de la Suisse en évoquant le passé, le présent voire le futur industriel dont forcément celui de Bex.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/10/2020

Von Matt-thématiques : révisions

Von Matt.pngAnnemarie von Matt, "Je ne m'ennuie jamais, on m'ennuie", avec des oeuvres de Mathis Altmann, Sophie Jung, Judith Keller, Simone Lappert, Quinn Latimer, Céline Manz, Sam Porritt, Davide-Christelle Sanvee, Manon Wertenbroek, Centre Culturel Suisse de Paris, du 11 octobre au 10 novembre 2020.

 

Von Matt 2.pngAnnemarie von Matt (1905-1967) reste une artiste méconnue, atypique et prolifique. Elle est présentée pour la première fois hors de Suisse sous la curation de Claire Hoffmann (CCS) et Patrizia Keller (Nidwlader Museum). L'artiste est accompagnée dans cette exposition de neuf artistes et autrices contemporaines qui découvrent sa personne et son œuvre. Elles et ils sont là pour les questionner et en donner leur "version". 

Von Matt 3.jpgL'artiste travailla d’abord comme aide ménagère en Suisse alémanique et romande. À Lucerne, elle rencontre l’orfèvre Martha Flüeler-Haefeli et se met à créer à ses côté et appartient très vite au cercle des artistes lucernois des années 1920. Membre du Werkbund SWB et de la Société suisse des femmes artistes  elle participe à partir des années 30 à de nombreuses expositions, reçoit des commandes. En 1935, elle épouse le peintre et sculpteur Hans von Matt mais rencontre également le prêtre et écrivain lucernois Josef Vital Kopp, avec lequel elle entretient une relation amoureuse. Son mariage et l’esprit de l’époque l’entravent. Mais son oeuvre va être innervée par cette relation contrariée

Von Mart.jpgCelle qui pratiqua une multitude de médiums (peinture, dessin, sculpture, arts appliqués, assemblage, photographie, auto-mise en scène) fut aussi obsédée par l’écriture. Portée par une approche ludique du langage elle s'en servit pour riposter à la société conservatrice dans laquelle elle étouffait. L’exposition illustre parfaitement l’aspect disparate de l'oeuvre et permet de l’envisager à travers les performances, installations, dessins ou textes des créateurs invités. Ils ont découverts dans son oeuvre échevelée une créatrice qui répond aux expérimentations de l'art du temps qu'elle anticipa sur bien des points.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/09/2020

Claire Guanella et les filambules

Guanella.jpgClaire Guanella, Gegenwartkunst - Elfi Boher, Zurich, du 3 au 11 octobre 2020.

 

Dans l'oeuvre de Claire Guanella les apparences se dissolvent en un chant plastique qui s'adresse au visible : la peinture résonne dans son espace et s'y établit comme un "objet" concret, tangible même si elle reste pourtant et théoriquement plus indicible que le réel. Le tout en des chemins sensoriels où se produisent des translations dans des opérations où la peinture appelle la projection du songe pour des visions désobstruées et afin de créer un mystère là où celle-là est rehaussée par une circulation de bulles d'air.

 

Guanella2.jpgTout est constitué de trames visuelles aux consistances souvent diaphanes. Le subtil et précieux est souligné de fils qui se referment souvent sur eux-mêmes. Ils semblent suggérer l'âme qui voltige en funambules ou «filambules». Existe une tendresse dans une sorte d'attention et de finesse là où tout évolue selon un désordre apparent qu'impriment de telles présences.

 

Guanella3.jpgLe réel revient totalement de ce qu'il est ou du moins tel que nous nous le représentons. Tout ici est intime mais en rien impudique. Une telle "écriture" plastique montre la vie mais en s'en distanciant. Surgit une histoire de regard, mais autre chose encore. L’image défait les liens du visible pour que l’insaisissable prenne paradoxalement corps. Claire Guanella le révèle: tiré hors du sommeil de larve il devient papillon. Le cosmos rejoint le microcosme et la terre, l’éther en cheveux d'écume. L’étreinte du temps ne se resserre pas pour autant entre de minces filets qui, faisant de subtiles barrages, donnent à l’informe une possibilité de cadences.

 

Jean-Paul Gavard-Perret