gruyeresuisse

09/07/2018

Mirko Baselgia : revu et corrigé

Baseglia.jpgMirko Baselgia, « Pardis (Curzoin) », Abbatiale de Bellelay, Jura bernois, jusqu’au 9 septembre2018.

 

Sous le titre «Pardis (Curzoin) » Mirko Baselgia crée une installation à l’abbatiale de Bellelay en trois parties. Elles sont le rappel de trois temps différents : le plan du réseau ferré américain de 1873, une interprétation high tech et futuriste du jardin d’Eden, des carapaces de tortues composées de différents bois africains. Entre les temps premiers et le futur, un passé moins lointain et un présent suggéré sous forme d’allégorie l’artiste donne libre court à son imaginaire.

Baseglia 3.jpgPour la première proposition le plan est réalisée en bois d’arole en une immense installation flottant au-dessus du sol pour annoncer le paradis que constituait pour les européens les Etats-Unis du XIXème siècle et le paradis perdu des indiens. Pour la seconde proposition l’artiste a introduit des plantes qui poussent artificiellement dans de la laine de roche afin d’offrir une alternative à la surexploitation des terres agricoles. L’artiste a d’abord digérée ces plantes en tant qu’agent fertilisant et symbiose entre l’homme et la nature. Quant aux carapaces de tortues en bois elles deviennent une image des migrants qui fuient l’Afrique dans l’espoir d’une terre promise.

Baseglia 2.jpgL’artiste crée ainsi trois postulations avec un don de l’empilement et une joie « pure »et débridée mais aussi une charge contre le monde tel qu’il est ou devient. Baselgia demeure ainsi devient le maître ironique qui réplique contre certaines utopies ou dystopies. Il en profite un exercice ironique et poétique du genre revu et corrigé.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/07/2018

Mark Swope : rien mais pas plus

Swope.jpgMark Swope rabat le caquet des prétentions architecturales californiennes. Mulholland Drive n’est pas sa tasse de thé. Il ne fait pas monter la sauce du spectral. La ville plus qu’assoupie semble morte. Elle est plus vide que celles des peintures de De Chirico. Pas d’avant garde dans de tels décors : c’est le degré sinon zéro des constructions du moins l’état minimaliste de banlieues interminables de la moyenne bourgeoisie.

Swope 2.jpgCelle qui a évité la pauvreté mais ignore tout des fragrances upper classes. Et le minimalisme n’a presque plus besoin d’être un « genre » : il est induit par les lieux. Néanmoins Mark Swope le renforce en induisant de manière sous jacente son « au commencement la répétition ». Les zombies qui logent là ne se montrent pas. Ils gardent bien de donner signe de vie comme s’ils avaient peur de contaminer leurs voisins. Ils les laissent tels qu’ils sont. A savoir comme eux-mêmes.

Swope 3.jpgChaque photographie devient un radeau qui ne méduse pas. Le visionnaire montre le vide. C’est pour lui le moyen de défier des mystificateurs de l'absolu californien qui prennent les regardeurs dans les filets du lyrisme urbain. Face à eux il cultive sa vision un rien humoristique mais en rien moraliste. Un tel tissu citadin devient l'erreur essentielle. Certes elle ne justifie pas de tout mais permet de montrer une réalité où les habitants tentent de se remettre au son du zonzon des climatiseurs. Le monde brille par tout ce qui en lui signifie une absence. Existe par rebond une sorte de métaphysique ironique de l’american way of life. Bref la ville dort. En plein jour.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sébastien Kohler et Sébastien Théraulaz : Plastic World

Kohler 2.jpgSébastien Kohler et Sébastien Théraulaz, « Souvenirs du VIIe Continent » la galerie EEEEH!, Nyon, du 30 août au 15 septembre 2018.


Depuis quelques décennies et progressivement un nouveau continent est né. Il est le fruit des déchets que le monde produit, consomme et rejette. Des milliards de tonnes de nos détritus finissent dans les océans devenus dépotoirs et créent un monde dans le monde. Il est toujours plus immense. Le chancre inhabitable de la « Plastic City » devient la plus immense des mégalopoles.

Kohler 3.jpgElle dérive loin des regards mais se massifie sous la puissance des vortex marins. Sébastien Théraulaz et Sébastien Kohler ont matérialisé son fantôme bien réel pour en faire prendre conscience de manière non seulement intéressante mais puissante par la poésie étrange qu’ils offrent au regard.

Kohler.jpgCe travail prouve qu’il ne s’agit pas d’un continent ovniesque. Il bat les océans. Et les photographes recréent les éléments de ce chaos apocalyptique - dont Trump s’amuse - sous forme d’univers fascinant. Les deux artistes proposent par leur expressionnisme et impressionniste la nécessaire vision du monstre. Il prend d’assaut du vieil équilibre de notre planète. C’est aussi nocturne que dérangeant.

Jean-Paul Gavard-Perret