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24/11/2015

Barbezat & Villetard : perspectives cavalières

 

 

Barbezat.jpgBarbezat-Villletard, « A dissident Room », co-publication art&fiction (Lausanne) et le Musée d’Art du Valais à Sion. Y aura lieu l’exposition , « A dissident Room », du 28 novembre 2015 au 3 avril 2016.

 

Depuis deux ans Matthieu Barbezat & Camille Villetard réveillent tout un flux souterrain de l’art par un travail où l’image et  l’espace s’incorporent selon des structures colorées, minimalistes, géométriques. Peuvent s’y déployer et le monde et l’être. Mais pour celui-ci sa « maison » comme la nommait Bachelard est remplacée par cette «dissident room ». Parions qu’il s’y sent plus à l’aise puisque le livre et l’exposition deviennent ce que les deux artistes nomment un «carnet des possibles». Le livre non seulement présente un ensemble de dessins des artistes mais est accompagné de cinq textes « critiques » de Diane Antille, Daniel Zamarbide, Barnaby Drabble, Ba Berger, Marco Costantini. Les contributeurs suggèrent divers temps de différents réveils dont les dessins sont les fragments. Ils se déploient parfois dans une mise en espace.

Barbezat 3.jpgL’œuvre du couple est drôle, joyeuse, incisive. Elle joue d’une dérivation de l’abstraction comme d’une certaine figuration géométrique. Les titres eux-mêmes sont significatifs : leur apposition aux œuvres qu’ils désignent n’est pas sans humour : le Nevada, Castor et Pollux, le Net prennent des « corps » particuliers et drôles). Mais c’est un moyen de détourner le réel de ses limites. Le sentiment de la réalité exclut cette dernière du monde de l'horrible. Si bien des stoïciens dans leur langue plastique les artistes sont épicuriens dans la bienveillance qu’ils accordent à leur reconstruction du monde. Barbezat 2.pngSa « réduction » à des sortes de vignettes (parfois en mouvement) ou à des formes premières n’empêche pas - bien au contraire -l’apparition sinon d’un idéalisme mais d’un forme de légèreté L’effet d’ellipse et les jeux de formes et de couleurs font échapper au "néant dévorateur". La création est jouissive et intelligente. Elle donne à la glèbe humaine et à ses lieux de résidence une perspective cavalière.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

16:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/11/2015

Anne Minazio le simple et le compliqué

 

 

Minazio.jpgAnne Minazio repense les formes, les genres, (peintures, céramiques), les espaces artistiques qui se mêlent à celui du quotidien. Monochromes, Peintures murales, objets deviennent des voyageurs, modulaires voire des supports à d’autres créations. Bref leurs statuts sont particuliers : ils peuvent se recycler, se recontextualiser selon une perspective chère à Beuys voire à Duchamp. Les œuvres deviennent un jeu à multiples clés tant la créatrice piège tout le monde par des approches ironiques, reconstructrices.

Minazio 2.jpgL’énigme y reste toujours présente. Le travail est riche d’une force motrice entre réel et irréel. Il repose toutes les questions de la représentation. Il est aussi virtuose et s’ouvre à la liberté tout en préservant astucieusement un souci ornemental de manière ludique et sérieuse presque ésotérique capable de faire de chaque pièce une cosa mentale. Elle quitte la lourdeur pour l’éther. Il n’a plus rien de vague afin de faire partager le « vrai amour » : celui de l’art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Anne Minazio, Galerie Kissthedesign, Lausanne

20/11/2015

Corps à corps de Cornelia Hediger

 

Hediger 3.pngCinematic collaboration traces schizophrenic visions : Cornelia Hediger & Ignacio Valero par Rebecca Horne, 2015.

 

Cornelia Hediger prend de nombreuses photographies d’elle-même et les combine selon divers segments dans lesquels la « persona » se transforme à travers diverses situations où la drôlerie domine même lorsqu’un jeu d’agression et de domination est proposé (voire même au sein de scénarios où la mort et la terreur semblent rôder). L’artiste zurichoise lutte parfois avec son double. Néanmoins les scénographies restent joviales là où le féminisme reprend toute sa place.

Hediger.pngCes “Doppelgänger” sont autant des narrations que la distorsion des images selon ce que l’artiste nomme une «  marche duale ». Elle permet de mettre à nu de manière ludique ses conflits intérieurs, son combat du bien et du mal, du féminin et du masculin mais sans perdre de vue une notion de joie. Les reconstructions dans leurs fragmentations et leurs déplacements interpellent et dérangent puisque se cachent des desseins secrets qui peuvent devenir nôtres.

 

Hediger 2.pngExiste là un lien entre notre foire intérieure et les montages. Le corps se déforme pour transformer son propre statut et le regard qu’on porte sur lui. Le chiendent du fantasme ne peut plus repousser. Le corps à corps auquel se livre Cornelia Hediger avec elle-même devrait plutôt se nommer image-à-image. L’artiste n’en tire pas un trophée mais la victoire de l’imaginaire contre la représentation basique du réel. Il ne s’agit pas pour autant d'images du rêve : celui-ci nous laisse seul avec nos images : celles de la plasticienne nous regardent au plus profond.

Jean-Paul Gavard-Perret