gruyeresuisse

23/04/2018

Garçon l’addiction ! - Pierre Molinier

Molinier.jpg« Qui n’est pas homme et femme est demi-corps » affirmait Molinier. Et fidèle à cette vérité le photographe agite des corps hybrides, armés d’une multiplication de membres. L’afflux gicle dans la fonte des soies et des huiles plus que des neiges. Existent là bien des diables et des diablesses qui ne se préoccupent pas forcément du lieu où leurs bas blessent. Par l’aide des cuisses s’exerce le danger. Doux est l’âtre en son chevêtre. Le change donne la bête aux enfers

Molinier2.jpgLes chorégraphies n’ont plus rien de féeries glacées. Au ciel des lits l'aubade grommelle là où certaines lunes sont de miel. Tout devient formes osées, incessants gisements. Chacun, chacune galopent avec lenteur autour de la grande corolle et de son rubis. Chaque Pénélope a ôté sa jupe afin qu’Ulysse devienne un sédentaire Pierrot d’amour qui la défait. Rois et reines s’en donnent à corps joie, gourmand de leur gourmandise. Les roses fragiles n’ont plus qu’à mal se tenir en accords tacites et à corps partagés pour sauts d'hommes et go more.

Molinier 3.jpgChez Molinier bras et jambes circulent. Ils ont besoin de place. Le corps est dans l'espace. Avec regard plein les yeux pour des passagères moelleuses, démesurées, grouillantes en tout ce qui s'entrouvre tant que faire se peut. La sexualité échappe ici à la fresque commune. L'artiste en a payé le prix. Longtemps ses clichés sont restés dans l’oubli. Quittant leurs muselières certains critiques l’ont sorti de l’ombre et des galeristes leur ont emboîté le pas. Désormais les voiles prennent le large et les noires sœurs entrent dans le désordre. Comme Jupiter ; le voyeur est avec Callisto. Mais Cupidon en n’est pas responsable. L'angoisse et le bannissement sont là où tout est possible. Et il n'est jusqu'à des religieuses à cueillir des pénis sur des arbres à phallus.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Molinier, « Vertigo », du 29 mars au 19 mai 2018, Galerie Gaillard, Paris.

14:46 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2018

Tania et Lazlo : images mentales, songes et berceuses

Tania et Lazlo 3.jpg"Le Temps d'un Silence" est une histoire visuelle à plusieurs niveaux de « lecture ». La femme devient une Lilith à la recherche de qui elle est. Insomniaque rêveuse elle semble renoncer aux flambeaux du dicible pour se mêler à des lieux où l’absence à elle-même ne peut que se renforcer.

Tania et Lazlo.jpgNéanmoins une quête a lieu. Se prolonge même. Nouvelle Chaperon Rouge les loups l’accompagnent. Mais elle semble hors d’atteinte. Tania et Lazlo la présentent en des scènes de rêves ou de cauchemars dans l’imminence d’un jour à naître ou à disparaître. L’héroïne semble à la fois terrifiée mais son ébahissement lui ouvre des portes. Existe une audace nocturne. Et les deux artistes ouvrent des portes afin qu’elle quitte un monde où elle ne fait que mitonner et tâtonner.

Tania et Lazlo 4.jpgSur la nappe du monde et ses luzernes, la femme devient le grand trèfle, l’autre de la nuit immobile et l’envers de son propre spleen. Mystique d’une certaine manière, elle consent à la mélancolie mais à la lisière d’une forêt des songes elle dit le vœu d’un jour dont elle attend l’anneau. Elle espère de nouveaux rites et un sabbat inédit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tania et Lazlo, "Le Temps d'un Silence", Editions Galerie Ségolène Brossette, Paris, 2018.

Du mouvement qui déplace les lignes : Matt Mignanelli

Mignanelli.jpgMatt Mignanelli, « Power Dynamics », Dubner Modern, Lausanne, du 26 avril au 9 juin 2018.

Né en 1983, d’origine italienne, Matt Mignanelli vit à Brooklyn et expose dans le monde entier. Il est invité pour la deuxième fois dans la galerie lausannoise. Entre sa première présentation (2013) et celle-ci le travail du peintre a évolué. Sa nouvelle série semble posséder un titre énigmatique pour ceux qui visitent l’exposition. Ils ne comprennent pas forcément d’emblée comment les « dynamiques du pouvoir » fonctionnent ici.

Mignanelli3.jpgDe fait le pouvoir doit être compris en tant que source d’énergie. Celle-ci passe par des jeux de répétitions de formes géométriques agencées pour créer des rythmes de traits ou de taches. L’artiste « en comparant ces surfaces texturées à l’accumulation irrégulière de peinture sur les balustrades, les boîtes aux lettres et les lampadaires dans un cadre utilitaire, entre encore plus profondément en relation avec l'environnement urbain. »

Mignanelli 2.jpgExiste là tout un jeu de déplacements sur des surfaces où la matérialité même de la peinture est visible. Se mêlent une abstraction géométrique et la « chosification de la peinture » dont parlait Beckett. Se crée contre l’empêchement un mouvement. Il est induit par le travail des structures et des fonds sur lesquels les premiers se démarquent afin que le regard se perdre là où tout se joue entre un certain ordre mais aussi des discordances qui font de cette peinture en échange au sein d’espaces aussi pacifiés que néanmoins inducteurs de forces sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)