gruyeresuisse

26/06/2014

Michael Rampa et l’aquarelle

 

 

 

Rampa Bon.jpgMichael Rampa, « Dregs Blossom», Galerie Christopher Gerber, Lausanne, du 26 juin au 27 juillet 2014.

 

 

 

Michael Rampa est un magicien de l’aquarelle. L’invention mystérieuse (accentuée par le titre ambigu de l’exposition) en jaillit non par éclatement mais en discrétion et effacement. L’immobilité des modèles (parfois décentrés), l’amplification discrète de quelques détails évitent les crues intempestives et par trop réalistes. Tout demeure calme au sein d’une sérénité physique et poétique. L’artiste ne se préoccupe pas d’être « actuel ». Il propose par effacement un lambeau de merveilleux érotique arraché à la robe de la réalité (c’est peut-être d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre le titre de cette « fleur de lie»). A mi chemin entre le réveil et le crépuscule l’aquarelle suscite une présence volontairement indécise. D’autant que les modèles de l’artiste en leurs grâces lascives ne sont pas sans faire penser à un Balthus devenu encore plus allusif.

 

 

 

1970545_1408928312701973_955193693_n.jpgFace aux incarnations charnues et les matières trop lourdes et claquantes Rampa émeut par les diaphanéités de sa technique. L’intelligence de la construction est au service de l’émotion. Elle trouve sa puissance par effet d’éther. Tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance du « toucher » du pinceau sur des trames graphiques crée une impression épidermique. La sensualité semble sinon s’abolir du moins se retenir aux aurores amoureuses d’îles bienheureuses où le regardeur se passe de carte, de boussole ou de GPS s’il est tant soit peu de son époque. Rampa tourne le dos à cette dernière. Il opte pour le point du jour de l’imaginaire et du rêve. L’aquarelle renforce son don d’explorateur poétique. Un jet de souvenir tombe, fait un creux puis remonte sous forme d’aigrette discrète. Une femme apparaît. Elle  soumet le regardeur à une étrange initiation pour le sortir  de son simple état de voyeur.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Barbara Cardinal : lapin levé garde ses oreilles

 

 

 

CARDINAL 2.jpgBarbara Cardinal, "Until The Wild Feeling Leave" expo solo, Galerie d'art contemporain Christopher Gerber, Lausanne.

 

Barbara Cardinal cultive un art électrique à base de courts jus (à l'orange à mère). Cela a un nom : c'est l'existence. Chaque image  couvre la pensée de gerçures. Parfois ses personnages féminins laissent leur liquette au clou et exhibent leurs seins : avis aux mateurs que médusent ces mets d'us et coutume. Vagin vagine, voisin voisine. Bleu Giotto sur les jambons mal cuits. Gobant le vide, broutant de broc le bric; dans la trop brusque prospérité du vice l’artiste fit le vide 

 

CARDINAL.pngLoin des affairistes qui vulgarisent l’art Barbara Cardinal reste une originale : elle se moque des emballages et des ivresses de l’ego. Elle sait que le secret est indicible : il ne se définit pas et reste  inappropriable, incompréhensible, mais émerge dans l'œuvre en face émergée d'un iceberg selon des dissemblances déraisonnables et des révélations sans vraisemblance. Là où l'"à-part" prend place la pensée ne peut se dire : elle se dessine. On dira que c'est de la peinture qu'une poule contre un mur a picoré. Restent des trous, des loques à la Pollock. L'art en exil  nage comme huile dans la rage. Il est d'une certaine manière sadique puisqu'il ne provoque que du passage. Dessous il y a la bête. La sainte dessus chante dans le supplice de ce qu'on appelle l'humain. Elle est la mère armée dont la poésie visuelle accorde une profondeur océane aux abysses humains et animaux.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

11:43 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Le Président est un garnement

vertut 4.jpgPrésident Vertut, "Poor papers", Must Gallery, Lugano, TMfair 14 , The International , Young Art Fair , TMproject, Genève, "GVA-BOG", Espacio Odeón,  Bogota Colombia

 

 

 

Vertut 3.jpgPrésident Vertut n’est pas un modèle du concept dont son nom est le quasi synonyme. Il ne cherche pas à fabriquer des chefs-d’œuvres et il y a belle lurette que – comme une de ses séries l’indique – il en a fini « avec le cul ». Ne rêvant pour ses travaux  ni de bronze ni d’éditions de luxe il sait entre autre que l’art ne saurait arrondir les têtes que l’accoucheuse a laissées carrées. Sachant que depuis  Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes il évite les cimetières de l’art. Né libre il a trouvé en Suisse une terre idéale dégagée des maîtres à penser de l’esthétique officielle. Depuis, il marche donc au bord du Léman comme sur l’auvent du Cosmos.

 

vertut 2.jpgSon travail ne prétend pas résoudre les  problèmes du temps mais fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue. Afin de réussir le Président  utilise autant par une iconographie B.D. que des approches conceptuelles et minimalistes. Ne figeant rien et avec humour il se met parfois en scène. Autoproclamé Président à vie, Vertut ne se revendique pas empereur (d’autant que le bicorne lui sied mal). Ses œuvres restent habilement anodines ou déceptives. Ne se prétendant pas des oracles elles ne se veulent pas pour autant des gravats. Grâce à elles le président démocrate ouvre  des frontières sans s’attendre à la moindre plébiscite. Et si la reconnaissance peut stimuler son talent, la paranoïa n’est pas de son fait. A l’Homère classique il préfère celui des Simpson : c’est là le plus clair de ses convictions politiques. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinence du président de cire  et de circonstance met à mal la dictature de la raison et rend non comestibles les pâtes idéologiques dont est confit le monde

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret