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09/05/2014

Thomas Hirschhorn de l’art pauvre à l’engagement, du gadget à la révolution

 

 

 

hirschhorn bon.jpgThomas Hirschhorn, « Flamme éternelle », Accès libre, Palais de Tokyo, Paris du 24 avril au 23 juin 2014.

 

 

 

Thomas Hirschhorn est originaire de Davos, passant par l’école des arts décoratifs de Zurich il vit et travaille à Paris et fut un temps associé aux « Laboratoires d’Aubervilliers ».  Il reste très présent dans son pays d’oirgine de Lucerne à Berne, de Genève à Fribourg, de Saint Gall à Lausanne. Son travail est fait principalement  de sculptures précaires fabriquées  à partir de matériaux du quotidien : vieux papiers, film d’alu, carton. Ces œuvres sont souvent des monumentales et requièrent la  participation du public. Dans le hall du Palais de Tokyo pour son installation « Flamme éternelle » un panneau  «Suivre les pneus» ouvre  son immense installation dans le ventre du bâtiment parisien. La première émotion « esthétique » ( ?) est olfactive : l’odeur du combustible de deux feux mêlés à celui du caoutchouc saisit le visiteur d’un capharnaüm  bardé de banderoles tendues au-dessus de 15000 pneus empilés.

 

 

 

L’artite à déjà multiplié ce type « d’évènements » ‘près d’Avignon à New-York ou Cassel entre autres) qu'il a appelé des « Monuments » dédiés par exemple à Antonio Gramsci ou à  Georges Bataille. Comme avec sa précédente exposition dans le même lieu («24 h Foucault») celle-ci oblige à revoir le rapport aux institutions muséales et à l’objectif de la création. Cette installation repose sur quatre concepts : «Présence, Production, Gratuité et Non-Programmation». Et l’artiste de préciser en tête d’exposition : «La Production n’est pas possible sans Présence. « Flamme éternelle » veut produire des rencontres, des événements, de l’amitié et  être un hommage à l’activité de la pensée.» 


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Tout fonctionne donc sur le dialogue et la confrontation dans ce cheminement  balisés par les murs de pneus. S’y découvrent des bibliothèques d’ouvrages, un espace informatique libre sur lequel trônent des fragments de slogans en suspens, un café avec braseros où lisent et parlent pendant les deux mois de cette exposition près de 200 intervenants : écrivains, artistes, philosophes, universitaires. Il y a aussi un atelier avec outils et polystyrène et une vidéothèque  consultable. Tout est fait pour activer la pensée contre le muséal. Pas sûr cependant que l’objectif proposé soit tenu.

 

Et c’est bien là une limite d’un tel art : le musée reste un lieu à part et le Palais de Tokyo (moins qu’un autre) ne se prête pas à la fête iconoclaste. Est-ce un bien ou un mal ? L’artiste penche sans doute pour la seconde solution. Mais ouvrir l’art à qui l’ignore n’est pas simple et demande encore un grand bout de chemin et d’autres propositions ou anticipations à une telle ambition. Le néophyte risque de trouver au Palais de Tokyo  qu’une aire ludique et gratuite . Certes en ces temps de crise ce n’est déjà pas si mal…. Mais que ce soit hors institution (avec l’actionniste) ou dedans (comme Hirschhorn le propose)  la question reste ouverte. Il n’est pas sûr que la réponse de l’artiste soit la plus probante des stratégies.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

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08/05/2014

René Groebli : Le désir du détachement

 

Groebli.pngRené Groebli, L’œil de l’amour, Chez Higgins,  Montreuil.

 

 

 









René Groebli souffle le brûlant et le glacé

 

Ce qui reste de textile est une note tenue.

 

Silence de l’intime par effet de résonnance d’un certain désordre :

 

L’ordre des modèles l’égalise

 

Elles posent dans l’indifférence ou l’ennui

 

( A leur insu ? )

 

La lumière qu’elles reçoivent

 

S’ajoute à celle que l’artiste obtient d’elles

 

Tout est ramené au plus simple « appareil ».

 

Avec du net et du précis. En avance, en retard.

 

Décadrer au besoin

 

Et ne pas tout montrer :

 

Laisser une marge d’indéfini dans un cadre fini

 

En une manière neuve de dénuder et d’ajuster.

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Le moindre tissu est un diamant

 

Il médite sur la beauté qu’il transfigure.

 

Groebli accorde aux habits l’air d’avoir envie d’être là sans y être.

 

Et aux femmes l’abandon de leurs gestes qu’il fixe

 

Sans enflure ou pittoresque. Et psychologie pas plus.

 

Offrande brisée ou attisée : la juste essence, l’essence pure.

 

L’élévation d’un chemisier, le rouleau d’un bas 

 

Rachètent les larmes d’éros

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

20:05 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Les extases temporelles de Christoph Eisenring

 

Eisering.jpgChristoph Eisenring, Galerie Gisèle Linder du 8 avril au 24 mai 2014.

 


L’artiste minimaliste Christoph Eisenring (originaire de Winterthur) présente à la galerie Gisèle Linder une sélection de photographies et un papier découpé.  Une de ses photographies retient une bouteille vide retournée sur une bougie blanche allumée. L’artiste fixe l’éphémère d’autant que par manque d’air la flamme va s’éteindre… Cette photographie analogique est le modèle même d’une œuvre qui souligne ce que peut produire l’image dans son intensité poétique. A la recherche du plus infime et de l’éphémère l’artiste approche le presque vide. La simple pointe d’un poignard placée au bord inférieure d’une photo transforme le réel en une abstraction confondante qui interroge la force de l’image.

 

Eisenring.jpgPhotographies,  dessins, sculptures, collages, papiers découpés  installations ne cesse de proposer la limite de l’image en de telles métamorphoses. Un monde non fixe est retenu dans une simplicité des plus complexes. Chaque œuvre garde des stigmates particuliers Jouant avec l’instabilité des états de la matière l’artiste est toujours à la recherche d’un lien avec la mémoire, le temps, la trace et divers types d’empreintes. Par le virtuel et le numérique comme la transformation  d’éléments du réel et  contre tout effet de fossilisation Eisenring propose des ouvertures esthétiques. Dès lors entre nature et culture, formes et « informes » gardent partie liée, ce sont les Janus à deux faces qui se répondent et témoignent d’un surgissement archaïque en apparence qui embraye directement sur le temps. Mais un temps où le rôle de l’artiste reprend une valeur essentielle face aux effets de nature comme de civilisation.

 

Dans ce but le travail reste chevillé sur des états qu’on nommera «  passant ». L’œuvre témoigne d’une déliquescence et de la ruine tout en l’excédant et la magnifiant. L’acte de  création  est donc autant un creusement, une destruction qu’une métamorphose. L’œuvre « secoue » autant notre mental que le réel. Dès lors l’humilité apparente de cette stratégie révèle un art à la fois archaïque et complexe.  L’artiste y abandonne toute subjectivité narcissique. Par « l’instabilité » de l’œuvre en ses expérimentations et ses substances surgit une aventure d’avant et d’après le langage articulé. Ce passage demeure essentiel et vient prendre à revers les concepts de temps et de délais. En ce sens un tel créateur invente une extase temporelle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:37 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)