gruyeresuisse

19/06/2016

Terrae incognitae : Graciela Iturbide



Iturbide 3.jpgLa mexicaine Graciela Iturbide eut comme professeur et mentor, Manuel Alvarez Bravo dont elle fut son assistante au début des années 1970, pendant ses nombreux voyages photographiques à travers le Mexique. Mais elle est influencée par les photographes surréalistes comme par Josef Koudelka, Henri Cartier-Bresson, et Sebastião Salgado. Elle se concentre sur les cultures de son pays où se mêlent l’extraordinaire dans l’ordinaire, la magie dans le réel et cherche à capter les « perdants » de la société qui entretiennent un rapport particulier avec le mystère et le monde animal.


Iturbide4.jpgL’artiste poursuit une réflexion autour du corps et de ses souffrances. Le tout avec sensibilité, gravité et parfois une once d’humour. Chaque image prouve que le réel est habité. L’artiste en restitue des « fils » souvent cachés. Ceux d’hallucinations programmées que la photographe tente de montrer et parfois de déchiffrer. Surgissent des danses immobiles d'une masse ineffable afin que l'œil soit ému par l'impact de mondes inconnus et premiers.


Jean-Paul Gavard-Perret


Graciela Iturbide, « Naturata » de 3 juin au 22 juillet 2016, Neal Guma Fine Art, Charlottesville, USA.

17/06/2016

« Out of the Blue » de Virginie Rebetez : défense et illustration

 

Rebetez 2.png« Out of the blue » est un projet conceptuel fondé sur une histoire vraie et tragique : la disparition d’une jeune américaine de 19 ans, Suzanne Gloria Lyall, qui n’a jamais été retrouvée. A partir de cet épisode factuel Viginie Rebetez a créé tout un travail de montage très particulier autour de la notion d’identité, de mort et d’absence.

Rebetez.pngRéorganisant et reprenant le matériel policier et familial la créatrice propose une forme de nouveau dossier de l’investigation. Images / textes semblent aller de pair au sein d’une enquête « filée » mais il arrive que ces éléments se télescopent. L’image photographique atteignant ses limites, la recherche du tangible et du matériel passe parfois par d’autres médiums. D’où la création d’un puzzle optique avec ses cavités apparentes dont l’artiste tente parfois de combler les manques par un recours à des interventions plastiques face à la neutralité des documents officiels.

Rebetez3.pngLa stratégie ouvre le champ à de nouvelles interprétations, de nouveaux indices et personnages. Elle accorde aussi un nouveau visage à Suzanne. Celui-ci n’est jamais clairement montré, reste une tache aveugle. L’adolescente semble vivre en dehors du cadre, entre les plis du livre, dans un monde invisible. Un seul portrait est réellement montré dans « Out of Blue » : celui « age-progressed composite », réalisé par un artiste « forensique » avec qui Virginie Rebetez a collaboré afin de donner une possible apparence à la Suzanne en 2015.

Jean Paul Gavard-Perret

Virginie Rebetez lance actuellement une campagne de financement participatif Kickstarter pour la publication de son projet. Nous nous permettons de la relayer afin que l’artiste vaudoise trouve la dernière partie des fonds nécessaires pour la réaliser :
https://www.kickstarter.com/projects/1819685745/out-of-the-blue-the-book-a-portrait-of-a-missing-g?ref=category_recommended

11:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

16/06/2016

Dada : de la Suisse à New-York


Dada1.jpg« Dadaglobe Reconstructed », Moma, New-York, 2016.

 

 

 

 

Dada 3.jpgAprès le Musée national suisse et le Kunsthaus de Zurich, le Moma rasssemble plus de cent œuvres créées pour la grande œuvre projetée (et jamais réalisée) de Tristan Tzara « Dadaglobe ». L’ouvrage aurait dû paraître en 1921. Mais à cause de difficultés financières, de reproduction et d’organisation l’auteur dut y renoncer. Cette superbe anthologie de documents dadaïstes montre comment le mouvement fut un catalyseur des arts. Depuis Zurich Tzara avait invité 50 artistes à lui soumettre des oeuvres selon quatre catégories : autoportraits photographiques, photographies d’art, dessins, photomontages ou collages. Les responsables du Moma ont reconstruit ce précieux volume qui ne fut jamais publié

Dada2.jpgL'artiste qui annonçait à sa manière la fin de l'Histoire prouve qu'il espérait malgré tout quelque chose de l'art même s'il n'attendait rien des autres activités humaines. L'art devait rappeler la vie d'avant le jour en de premiers et nouveaux langages qui trouvèrent là un moyen à la fois de renaître ou de s'élever face aux contrefaçons culturelles. Surgit une syntaxe primitive que le monde voulut ignorer. Elle glisse pourtant sans cesse vers le tronc de l'art aussi primitif que d’avant garde (collage, photographie, entre autres). Elle agite autant le plein de l'être que le vide de l’esthète gonflé de la graisse des poncifs plastiques. Tzara voulait par ce biais rappeler que l'infini n'est rien et que nul Dieu n'en sortira jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret