gruyeresuisse

14/05/2014

les ostensoirs François Burland

 

 

BURLAND 2.jpgFrançois Burland est ouvert à diverses techniques et approches qui allient la photographie, la peinture, le collage, la sculpture. Ses images retiennent le temps tout en proposant par effet de bande une réflexion - parfois avec drôlerie et parfois gravité - sur l’époque. En ses (re)constructions l’espace est démultiplié. Une confrontation communicante à plusieurs entrées se décline au moyen de reliques. Le créateur les scénarise pour tordre les idées reçues. Cherchant la sidération ironique il transforme le passé, le décale. Bref il offre le paradoxe d'images "mangées" pour que d’autres images se développent. Un suspens demeure. Il permet de passer de l’illusion subie à l’illusion exaltée. Les créations ne sont donc pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Leur  découpe renvoie à une obscurité par la luminosité. La création devient même le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse.  Les œuvres sont les fables de lieux anachroniques qui - repris -  brisent notre façon de voir et de penser. Elles sont ni le propre ni le figuré mais une zone où l'émotion crée moins le songe que la méditation. Là où les apparences sont mangées jaillit une poésie plastique forte en émulsions En résumé François Burland propose la puissance occulte et humoritique des images. Elles ne sont plus là  afin de commémorer le souvenir mais afin d'en laisser la béance dans le vent des montagnes et sa vibration.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

11:46 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

13/05/2014

Claude Gigon & Fredie Beckmans : tout est bon dans le cochon ou l’art à l’estomac

 

Gigon.jpgClaude Gigon & Fredie Beckmans, "Mangeurs de chance" in "Art et Alimentation", Musée Jurassien des Arts, Moutier, 25 mai - 31 aout 2014. (Ils exposent aussi à l'Ancienne Couronne de Bienne en juin)

 


 

La nourriture montre à l’homme la bête qui le hante et dans laquelle il demeure tapi. Nulle question d’en faire le deuil : il convient à l’inverse d’en provoquer la renaissance. Car on n'est rien, à personne. A personne sauf à ce que nous mangeons. Nos galeries intérieures, nos plis du cœur, nos déchirures de l’âme, notre paquet de nerfs sont une réserve de suint et autres tissus mais surtout d’existence puisque manger est un des trois besoins fondamentaux donc incontournable au combat vital.


 

Si bien que le plaisir que nous prenons à la contemplation des performances ludiques culino-artistiques des deux artistes du Jura  tient en grande partie à notre capacité de fantasmer, de fabuler au sujet la nourriture. Les artistes nous tendent la perche en sucre d’orge et proposent des figurations ironiques et des jeux. Taches et formes, ingrédients et produits font entrer l'œuvre et son inconscient en symbiose avec le nôtre. Ce dernier parcourt avec délectation un chemin constitué d'associations que le spectateur troublé ignorait jusque là.  Le « Sweetblitz » de Gigon comme le « More Sausage, less Art » de celui-ci avec Beckmans restent à ce propos des psychés très particulières. Sous leur écran apparaît implicitement les gouffres les plus obscurs de ce que Rabelais nomma « Messer Gaster ».


 

Une telle recherche transforme le rapport à la nourriture comme à l’art en transfigurant notre « lieu ». Et qu’importe si tout est bon dans le cochon et qu'il n’en aille pas de même avec la charcutière et le charcutier. A chacun ses spécialités pour susciter des émois particuliers dont la culture (à tous les sens du terme) archaïque n’est pas absente. Les artistes rappellent que l’être ne pense pas seulement avec son sexe mais avec son estomac. L’approche est rare dans l’art. Il cultive généralement le sacrifice et a plus de rapport avec la mort qu’avec la vie. D’où la transgression et la belle incertitude d’une oeuvre qui oblige au plongeon au cœur de fantasmes laissés pour compte. Elle évoque une origine du monde différente de celle de Courbet mais tout aussi importante.


 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


11/05/2014

Art-Phi : perles de lueurs

 

 

 

 Artphi 2.jpgwww.art-phi.com, Lausanne.

 

 

 

A la recherche de l’intimité féminine Art-Phi (aka Olivier Francillon) ne cherche pas l’indécence. Ses modèles échappent partiellement à la vue. Elles restent les montrées-cachés qui ne donnent pas de réponse à l’abyssale nudité du corps. Le plaisir du voyeur à former avec l’image  un duo est écarté. Fidèle au jeu érotique l’artiste propose de repenser la valeur et la fonction de la photographie dite de nu.

 

 

 

Le Lausannois en  efface en partie son langage. Il rappelle qu’en photographie la nudité n’est pas la chair. Le plaisir ou son appel  n’ont chez lui qu’une place remisée. La complicité se fait dans le différé, le suspens. L’exhibition d’un dehors devient la complice d’une forme de gravité. Elle pose la question de la solitude non pour la repousser mais parce qu’elle engendre un remotio particulier. Il  articule à ce qui est dévoilé à ce qui ne peut se pénétrer. L’être y est éprouvé dans sa fragilité et un demi éveil. La chair semble incrédule à la morsure amoureuse, au ruissellement du désir. Reste une place à l’œil vers le chemin du cœur. Au regardeur de le découvrir dans des photographies argentées. Ce qui croule et dévale se fait complice de bien des ambigüités. Pour emporter le rêve bien sûr. Mais aussi ce sur quoi s'estime une relation, son échec ou sa réussite, ses crépitements, ses tracés, ses émotions, ses amertumes.

 

 

 

Artphi.jpgL'innommé, l'invisible peuvent alors faire surface, ils ne sont plus retenus, confisqués par la simple exhibition charnelle. Il convient d’errer au fond d’histoires dont Artphi ne délivre pas la clé. Reste une certaine pudeur plus que l’extase. A la faim du loup se superpose une légende en image. Dans les murailles d’indices qu’un bas blesse, qu’un pull recouvre et sur ces perles de lueur le temps vient faire ses griffes en un perpétuel sursis.

 

 

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

 

 

 

15:32 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)