gruyeresuisse

16/05/2019

Maria Sauze et le burlesque californien

Sauze 2.jpgMaria Sauze hante les boîtes de nuit de Los Angeles pour photographier les danseuses d'un nouveau burlesque. Les saisir "c’est comme écrire de la poésie. Je capture le mouvement comme une métaphore pour exprimer la subtilité de "l’art de taquiner", comme j’utiliserais des mots pour exprimer l’empathie dans un poème." écrit-elle. Et elle y réussit parfaitement.

 

 

 

 

 

Sauze 3.jpgElle fait bouger des ombres jamais appesanties. Loin des sables humides de l'amertume la vie devient un roman photo. Mais pas n’importe lequel : un roman du regard dont les personnages divaguent. Leurs corps semblent n'offrir aucune résistance au plaisir de l'instant. L'effet de nuée contredit le réel. Existent des trajectoires inachevées et en suspens.

 

 

 

 

 

Sauze.jpgLa danseuse se révèle en son essence, elle y affirme sa différence comme présence puissante et immanente dans ses chorégraphies aguichantes et ludiques pour que, pendant un temps, s'oublie le dehors. Il n'y a rien à craindre et tout à rêver dans les courbes baroques de l'écriture photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/05/2019

Clément Lambelet : théâtre de guerre

Lambelet 2.jpgClément Lambelet, "Two donkeys in a war zone", Editions Centre de la Photographie de Genève, 2019.

 

Dans ce travail de Clément Lambelet, et en une sorte de négatif de l'image, ne restent prLambelet.jpgesque que le blanc, le noir, l’à-peine coloré. Surgit le silence là où tout est bruit et fureur. L'évidement devient soudain la seule évidence.

 

 

 

 

La circulation en zone plus que dangereuse est proche de l’absurde. Les présences animales/humaines anonymes fuient ou meurent dans un endroit inconnu presque vide : désert plus que désert mais qu’on ne peut nommer. Et où il faut pourtant bien enfoncer nos visions. Nous savons bien que le terrain où le hasard de la guerre les a plantées n’est rien que néant. Néanmoins pourraient repousser des valeurs humaines au moment où l’inanité les caresse en pénétrant l’être et en le délitant violemment.

Lambelet 3.pngL’art à ce point devient celui du souffle encadré, un souffle qui détruit à la limite du réel et de l’irréalité. Nous sommes dans la région des tremblements mais où tout se découpe de manière trouble et irradiante. Il y a là le double registre de la fiction et de la réalité pour qu’à la fois résonnent la voix du passé et les appels à venir loin de ce qui rend le monde plus bestial qu'humain.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/05/2019

Marie Bovo : portes de l'Enfer et du Paradis

Bovo 2.jpgMarie Bovo, exposition solo, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 16 mai au 29 juin 2019.

La Marsellaise d'adoption née à Alicante crée des paysages magnifiques et lumineux. Le support choisi renforce les œuvres. Elles deviennent d'immenses métaphores. L'artiste y poursuit son travail sur le cadre et l'espace à travers des paysages différents d'Algérie, d'Egypte,  de Russie par exemple.

Bovo 3.jpgSouvent ses expérimentations l'entrainent à proposer des visions nocturnes où tout semble en suspension comme au bord d'un gouffre ou d'une chute. L'espace est avant tout poétique mais  - et par incidences - le politique fait retour. Peu ou prou Marie Bovo dans ses « Stances » comme dans ses vidéos offre des visions renversées, des vides au sein de la compacité. La ville est aussi magique que pur chaos en rapprochement du Paradis et de l'Enfer de Dante - un des textes référence de la créatrice.

Bovo.jpgMais chez elle, et contrairement à l'imaginaire classique, l'enfer n'est pas en dessous ou chez les autres. Et c'est bien dans la ville voire dessus que brillent les lumières de l'Apocalypse. Il n'est pas troglodyte. Tout est à ciel ouvert. Ciel est un bien grand mot. Car il se charge de ce que les hommes en font. On peut prendre un verre sur des terrasses sans pour autant croire se laisser prendre par un romantisme exotique. Chez Marie Bovo tout est bien plus que cela : il suffit de regarder ses oeuvres pour s'en convaincre.

Jean-Paul Gavard-Perret