gruyeresuisse

25/08/2017

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2017

Les exorcismes de Sophie Mirra Grandjean

Grandjean.jpgSophie Mirra Grandjean "Les Enregistrements", Galerie Marianne Brand,
Du 31 août - 5 septembre 2016.

Sophie Mirra Grandjean fait de la céramique une condition critique et poétique du vivant en sortant les formes d’un simple effet de réalité ou de représentation. Issue de l’ECAL (Lausanne), de la HEAD (Genève) et de la HEAR (Strasbourg), elle crée un univers complexe comme le prouvent ses, « Enregistrements «. Les pièces sont la résultante de diverses rencontres métamorphosées par la céramique, ses colorants et oxydations. La matière et son travail créent une série de transformations magiques pour lutter contre l’absence. Chaque œuvre prend un caractère étrange, diaphane. La porcelaine permet à la créatrice de lutter contre l’opacité et poétise ce combat comme si la transcendance poétique de l’art triomphait des contraintes d’un monde menaçant à laquelle l’artiste offre une sur-vie et un exorcisme. Elle fait de l’art un chemin qui oscille entre absence et présence dans la finesse de la rhétorique formelle et la précision de son travail. Contre bien des sommeils elle propose des insomnies bénéfiques : l’art crée une révolte bifide. La magie de l’œuvre répond à tout ce qui enferme. Si bien que dans la céramique transparaît un esprit et bien des émotions ainsi que leurs forces et leurs appuis.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/08/2017

La Suissesse et la vidéo : Barbara Polla

Polla magyarosi-eva80.jpg« Calligraphie » propose les vidéos en lien avec le dessin de 15 artistes contemporains. Ils mixent les deux genres afin de créer un univers à la fois multiple et un, déclinent des univers inédits par le mariage du dessin et du mouvement.

PollaLaure Tixier.jpgLa vidéo d’Ali Kazma offre un mélange d’humour et de noirceur, entre tragédie et légèreté, poésie et politique, architecture et peinture. Pawel Prevencki crée une « Avventura » antonionesque où l’angoisse est remplacée par une forme d’insouciance. Mounir Fatmi tire sa “jambe noir de l’ange » d’un tableau de Fra Angelico : « La Guérison du Diacre Justinien » pour lui offrir un autre soin. Eszter Szabo avec “Abandoning The Testicals” met à mal les attributs et les prébendes de la prétendue puissance masculine de manière iconoclaste.

Polla.jpgBridget Walker en propose une autre version plus poétique et littéraire là où fusionnent fantômes et réalité. Kakyong Lee mêle la beauté à l’horreur, l’art à la politique en se fondant sur les témoignages du massacre de Jeju qui eut lieu sur l’île en 1948 en mêlant brutalité du réel et finesse de réalisation graphique.

Polla Ali Kazma.jpgAndreas Andelidakis à l’inverse montre comment la nature se venge des assauts anarchiques de l’urbanisme d’Athènes. Laure Tixier choisit un autre axe afin de dessouder , dans la France, les grands ensembles des année50-70, les noms pastoraux (Val Fourré, Chantepie, etc.). lls sont  l’antithèse de ce que leurs intitulés symbolisent. Une fois de plus Barbara Polla secoue les idées reçues par cette immense revue de détails. Engagée et poète elle reste une maîtresse de cérémonie enjouée et parfois austère, amatrice des paradoxes qui nous rappellent l’état de nos sociétés comme de nos intériorités. Le tout synthétisé par le travail d’Eva Magyarosi dont « l’Eden » est soumis à des coups de scalpel. La jeune artiste rappelle que dans ce paradis dieu est bien mort. Et les êtres sont guère en meilleur état.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Calligraphie », Programmation vidéo de Paréidolie : carte blanche à Barbara Polla, Marseille septembre 2017.

Images : Eva Magyarosi, Laure Tixier, Barbara Polla, Ali Kazma.