gruyeresuisse

28/04/2017

Ester Vonplon : consistante défaite

Vonplon.jpgEster Vonplon, « Alleine tanzend – irgendwo » (en collaboration avec Jürg Halyer) Kunstverein Konstanz, du 28 avril au 13 Juillets 2017

Les photographies d’Ester Vonplon créent un monde énigmatique en d’étranges harmonies et dans un principe de distension avec le réel. Cela peut rappeler parfois un certain animisme plus qu’un processus d’identification. La projection propose une solitude vivante même si la photographie abandonne le monde des psychismes humains

Vonplon 3.jpgUne communication secrète donne vie à la nature et parfois de l’être (qui ne peut plus vraiment s’identifier). Surgit une architectonie de la vision. Elle permet de voir plus grand. Il ne s’agit plus de contempler la réalité « comme il faut » mais autrement dans une sorte de victoire sur l’opaque même si les ombres demeurent La photographie propose une consistante défaite au profit d’une autre, tout aussi fugitive, dans l’évanescence des phénomènes là où le monde solide devient labile et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tito Honegger : l'ai-je bien desendue ?


Honegger.jpgTito Honegger, « D'après peintures », Galerie Anton Meier, Genève , du 11 mai au 1er juillet 2017.

Les descentes de croix traversent toute l'histoire de la peinture occidentale. Néanmoins dans un occident chrétien en crise et après Nietzsche et sa figure de "l'Antéchrist" a surgit la "défiguration" de l'image christique. Dali en fut un chef de file. Tito Honegger propose une autre transgression et mutation. Dans des exercices d'admiration envers les coloristes que sont Rubens ou Rosso Fiorentino, l’artiste annihile leurs chromatismes par des monotypes essentiellement en noir et blanc. Ses descentes de croix ne défendent en rien des valeurs religieuses. Elles travaillent le corps qu’elle réduit et transpose. Les monotypes glissent vers une nouvelle forme d’abstraction qui remplace la charpente des peintures originales. La créatrice propose des repentirs cruels, lyriques et ironiques sur des papiers de soie qui deviennent des sortes de peaux fragiles et ténues.

Honegger2.jpgLe "montrage" qui faisait du corps vénéré un organisme littéralement incroyable est déplacé, décalé à la façon d'un rébus, d'un rêve ou d'une farce. Tito Honegger accorde une nouvelle hiérarchie dans un arsenal hétéroclite. Le corps christique s’absente au moment où tous les symboles figuratifs sont remplacés par des suites d'indices qui ne sont plus les objets de la Passion mais de sa caricature. Le regard zigzague d'un détail à l'autre selon des abstractions « incorporatives ». La descente de croix fait passer par le jusant le gisant comme un paquet qu'on passe sous silence. A sa manière l’artiste genevoise lave le corps à grande eau, fait la toilette du mort avec une éponge gorgée d'eau noire. Elle l’efface. Peut-être pour retrouver le néant que jamais nous n’aurions dû quitter et qui se cache derrière

Jean-Paul Gavard-Perret

27/04/2017

Pop’art made in Switzerland

Swiss 4.jpg« Swiss Pop Art Formes et tendances du Pop Art en Suisse », Aargauer Kunsthaus, Aarau, du 7 mai au 1er octobre 2017.

Paradoxalement dans la suite de la grande époque de l’abstraction zurichoise, le Pop’art trouva une production artistique capitale chez les artistes suisse des années 1960 et du début des années 1970. L'exposition de l’Aargauer en propose pour la première fois un large aperçu à travers les œuvres de Susi et Ueli Berger, Fernando Bordoni, Carl Bucher, Emilienne Farny, Bendicht Fivian, Franz Gertsch, Margrit Jäggli, Urs Lüthi, Markus Müller, Markus Raetz ou Peter Stämpfli. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs devenus des artistes internationaux.

Swiss 2.jpgSi l’art pop est par définition un antihumanisme puisque son sujet n’est pas l’homme mais l’objet, les artistes en offrent parfois une dissidence par un retour de son refoulé. Urs Lutti ou Margrit Jäggli par exemple reconstruisent une sorte phénoménologique à travers certaines errances volontaires. Le pop’art suisse a donc créé l’émergence devant un chaos d’ennuis et de conditionnements.

Swiss.jpgPlus qu’aux USA et au Royaume-Uni, des œuvres helvétiques ont jailli des agglutinements intempestifs, des textures et des sarabandes capables de réinterpréter le monde. Dans le « Pop » made in Switzerland demeure une suite de discontinuités, d’éboulis, d’interférences L’exposition permet d’en reprécise les codes et en monte les codex. Elle prouve que sous ce mot demeurent des corpus à voir autrement qu’à l’état de simples reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret