gruyeresuisse

15/11/2020

Les étendues d'Olivia Milani

Milani 1.jpgA la recherche d'un sentiment d'appartenance, Olivia Milani ne cesse de traverser les frontières géographiques et temporelles. Ses images "font" ce que les mots ne peuvent dire. A savoir comment les temps se superposent dans ses narrations subtiles et poétiques pleines de finesse.

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Olivia Milani mène divers projets qui se développent à l'épreuve du temps. Et le voyage devient chez elle une source d'inspiration. Quittant sa Suisse pour l'Angleterre puis les USA la photographe se sent partout chez elle. Loin de devenir des signaux exoitiques, les paysages rencontrés sont transformés en visions intérieures pour décrire l'état et la fluidité des émotions.

 

 

Milani 3.jpgElle trouve dans les nouveaux lieux une manière de construire sa propre mythologie "portative" en un dialogue entre le dehors et le dedans et avec le sens d'une expansion de l'un comme de l'autre. Chaque image est donc une introspection et une activation de l'imaginaire. C'est la marque d'une vie invisible mais soudain perceptible comme si la créatrice touchait à l'essence du paysage et du portrait par un travail de conquête d'une vérité intérieure.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.oliviamilani.net/

13/11/2020

Triangulation des hallucinations : Audrey Piguet

Piguet.jpgLes photographies d'Audrey Piguet sont des empreintes qui changent l’œil en signal. Le regard glisse à travers les interstices, les épaisseurs par la magie de la lumière dans un univers de science-fiction parfois délétère mais le plus souvent grandiose. Car si certains personnages tirés de l'imagerie populaire des super héro(ïne)s sont fatigués, les monstresses et monstres que créent l'artiste triomphent.

Piguet 2.jpgIls peuvent souligner la marque du manque, mais face à l'horizon ils témoignent de leur gloire. La présence - transformée en artifice - est là pour séduire, capter et déjouer l'imaginaire du regardeur. Il devient le témoin inquiet d’un mystère. Le tout par des postures où l’artifice est incarné. La créatrice transforme l’illusion en extase. Elle ouvre les yeux du voyeur qui, croyant rêver se réveille. Si bien que le luxe de la parure des femmes se prête au prélude d'une prolifération de métaphores voire de fantasmes.

Piguet 3.jpgLa photographe invente l’illusion d’une obscénité de l’incroyable selon une fantasmagorie parfois ironique. L’image n’est plus créée par les hommes et pour eux mais par une femme et pour elles. Audrey Piguet donne une forme de calme au plaisir et une beauté aux tempêtes par le don de la chair de diverses natures en clandestinité à ciel ouvert. Elle projette la posture de clarté sur l’intouchable, invente la parure d’innocence d’un tabou. L’extase de l’apparition à l’intérieur le jeu de l’artiste avance masquée. Et c’est bien là toute la poésie de telles présences. Elles vaquent entre errance et redémption.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/11/2020

Patrick Lichfield : exacerbation des poncifs

Lich 2.jpgPatrick Lichfield permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est de la féminité là où comme à la limite de la mer un visage de sable apparaît. Son style reste très personnel. Une sorte de simplicité préside à la sophistication portée à un paroxysme non parfois sans humour.

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Subtilement provocateur l'artiste sacralise le corps féminin. Le glamour devient ici le désir d’approcher, par delà le vêtement, la peau au plus près. Et si les "Héroïnes" ont souvent perdu leurs robes de luxe, c’est pour mieux saisir leur beauté et un peu de leur intimité au seins le lieux historiques et publiques.

 

 

Lich 3.jpgEn repassant de formes dites savantes ou purement discursives à des formes "simples" le photographe ne se contente pas de simples variations. Supplément de réalité charnelle d'un côté, supplément de fiction de l'autre : il s'agit d'une appropriation de la thématique du nu là où les marques du débordement, du franchissement prouvent que les photographies ne sont pas là pour décliner du réel mais le métamorphoser. Aux marges de l’érotisme Lichfield poursuit une quête paradoxale puisque par l’apparat des êtres-icônes il exacerbe autant qu'il détourne le cliché du genre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lichfield, The Little Black Gallery, Novembre 2020.