gruyeresuisse

13/06/2014

Les fleurs insurgées de Barbara Ellmerer

 

Barbara Ellmerer, Journal fur Kunst, Sex une Mathematik

 

 

Ellmerer.jpg



















Saisie par la vie  Barbara Ellmerer

 

Retrouve la genèse originelle.

 

En une constellation d’éléments en gestation

 

Le temps est  possédé par son propre désir.

 

Les femmes fleurs jaillissent des steppes

 

Pupilles hautes sous la fente d’un sexe qui sourit

 

Les hommes phallus renvoient en abîme

 

Le rire de leurs lèvres.

 

On les dirait toutes et tous

 

Sortis des charriots de l’Histoire

 

Des pistes tracées à coup de lune

 

Dans des poches sombres

 

Où les étoiles sont réduites en poudre.

 

Sous un fuseau de soie

 

Les jambes des filles d’aujourd’hui

 

Sautillent sur l’eau en une course d’oiseaux.

 

Surgissent l’amour et ses échos

 

Chaque présence vient s’ancrer comme un symbole dans le végétal

 

Mais aussi comme la résonance d’un ailleurs

 

Elle s’insurge contre l’oubli,

 

Défie le temps et renaît.

 

Ciel et puits respirent

 

Tout est simple et double,

 

S’ouvre et monte - rien ne s’écarte

 

Le souffle tient dans un cercle

 

Et fabrique un pain au levain.

  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/06/2014

Philippe Queloz : le diable aux trousses

 

 

 

queloz.pngA mesure que l’œuvre de Philippe Queloz avance elle disparaît tout en sautant aux yeux par différents jeux d’intermittences et de sérialités. La grammaire plastique des formes et des couleurs est reprise à la fois pour offrir une dimension métaphysique à la peinture mais aussi pour rappeler l’interaction entre formes et couleurs. .A partir de matériaux bruts et de formes simples l’artiste renouvelle l’énergie de la peinture et de ses signes. Tout avance par modulations et sensations dans les vidéos, installations et peintures. Elles peuvent perdre le regardeur happé dans ce qu’il peut prendre en un premier temps pour la futilité d’un jeu. Or il n’en est rien. Queloz casse tout savoir acquis. Un temps il l’a proposé à coup de reliques et de vestiges de matériaux triviaux scénarisés (poutres marinées, planches à fumier). Mais retournant au geste pictural il oblige le regard à des mouvements auxquels il n’est pas habitué.

 

queloz 2.pngLoin d’une perspective duchampienne où tant d’artiste ont sombré et sombrent encore l’artiste jurassien aborde l’image comme « outil » capable d’activer une pensée des profondeurs et qu’on peut qualifier de subconsciente. Dans tous les cycles de l’oeuvre surgit le souci constant d’une expérimentation soit macro soit microscopique. La peinture comme les vidéos n’offrent aucune narration sinon celle de son « en-soi ». Le diable du réel est à nos trousses mais il est pris - comme est pris l'artiste - dans un univers formel à la recherche de l'algorithme « parfait ». Il permet à l’œil de sortir de ses maisons de verre. Philippe Queloz marque donc une étape décisive dans la manière de montrer avec audace mais sans la violente gratuité de l'évidence. Il organise une stratégie plus opérationnelle. Sa démarche au delà de la provocation ou d'une expression factice, projette une lumière crue sur des lieux. Ils affirment - en leur dualité - une liberté de l'imaginaire. Ne se contentant jamais d'exploiter des images sur laquelle il pourrait s'appuyer, le créateur développe un univers aussi mental que physique au-delà de ce qui encastre le monde du quotidien comme du symbolique (cette commodité de l’art).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:24 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

11/06/2014

Les bouquets piégés de Florence Aellen

 

 

 

Aellen 2.jpgFlorence Aellen, Galerie Forma, Lausanne

 

 

 

L’œuvre de Florence Aellen pourrait sembler un art apollinien de la discrétion si ne surgissait pas ce qui demeure sinon caché du moins enveloppé dans le gracile de symétries. L’évidence aérienne et florale ne cesse d’être contrariée de présences intempestives et macabres. Si l’œuvre se couture de motifs poétiques sa créatrice les habille d’autres réalités qui viennent les troubler et les éloigner de l’effet premier et attendu. La créatrice déjoue les simulacres. Sous leur dépouillement  classique d’une peinture de genre « à l’anglaise » elle bouleverse la beauté du motif tout en lui conservent sa séduction. Elle oblige la rigidité du motif à se plier vers de nouvelles perspectives. Le regardeur pense s’émerveiller là où le réel et le rêve pourraient s’accorder dans un face à face ou plutôt un accord. Mais l’artiste provoque une mise à jour sous un angle sensoriel inédit : thanatos se rappelle à l’existence en se faisant presque ellipse et vanité. Il s’ancre en morceau de squelette comme symbole et résonnance d’un ailleurs qui s’insurge contre les sources perdues de la mémoire et du rêve.


Aellen portrait.jpgExiste soudain une terrible évidence du dessin. Derrière la constellation d’éléments en attente mais sereins l’instant semblait possédé par son propre désir. Mais les éléments osseux le renvoient à l’abîme. Les diamants sertis des fleurs et insectes en ordre parfait face aux laideurs du monde ne sont plus éternels : ils deviennent le fard des illusions prêtes à trahir au moindre courant d’air. Sans y toucher la poésie florale de Florence Aellen est donc le plus subtil et pertinent exercice de lucidité devant l’hémorragie existentielle. Ronsard lui-même peut aller se rhabiller.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14:39 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)