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12/06/2015

Brian Bowen Smith : Le festin nu

 

 

 

 Bowen Smith Brian.jpg

 

Brian Bowen Smith, « BLUE NUDES » ,  28 mai – 27 juin, De Re Gallery, Los Angeles.

 


 

Brian Bowen Smith par ses photographies rend le corps plus vivant. Plus vaste et mouvant d’instants en instants. L’éclair de l’orgasme est ébauché à travers  la marée de la présence d’étoiles de mer et de ciel. Nul ne sait alors la couleur que prendra la lumière.  Le corps s’étire, s’agite mollement en une suite de strip-teases qui sont autant de poèmes de moments délicieux. L’horloge féminine se fait sidérante et lunaire. Voire quelque peu et paradoxalement christique. Il devient donc un autel.  Une longue silhouette monte et descend entre les coupes claires ou sombres des photographies. Le ciel s’ouvre, la Terre se fend. Des secousses arrivent sur les lèvres. A travers le ventre, elles semblent parvenir du fond des temps ou des profondeurs d’abîme. Néanmoins le voyeur est à nouveau devant une vénus de Botticelli afin d’ajouter à sa fable celle des transgressions du photographe.  Sortie du désert du réel chacune de ses égeries est sur un piédestal. Elle accorde ses grâces selon les Assomptions que Brian Bowen Smith organise pour elle. Chacune est plus vénéneuse que naïve et sa nudité devient l’élégance  platonique suprême.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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De la couleur avant toute chose - Gilles Porret

 

 

 

Porret.jpgThe Solo Project - Basel, Gilles Porret - Selected works, Tmproject Boulevard d'Yvoy, Genève.

 

Tout le travail de Gilles Porret s’articule sur la saisie de monde par la couleur à travers différents médiums : installations, objets, vidéos, performances, photographies. Se revendiquant comme peintre le créateur proche d’un art conceptuel interroge  méthodes et règles du jeu de l’art. Au passage et pour que la peinture parle il s’est intéressé aussi à des termes où la couleur sert de figure de style pris au pied de la lettre pour imager le réel : Noir de monde, White Spirit, Peinture bidon, Bleu de travail, etc. « Picture Disc » est à ce jour une de ses séries les plus célèbres  de l’artiste. Elle repose comme souvent chez lui sur des collections d'objets. Il a aussi pour ce projet collationné des chansons dont le titre  contient un nom de couleur : «Yellow Submarine». «Paint Is Black».

 

Porret 2.jpgGilles Porret s’intéresse aujourd’hui à d’autres « Plates-Formes » : des palettes industrielles passent du côté de l’art. L’objet détourné est encore plus radical que le vinyl ( il pouvait être interprété dans un registre plus large et a priori plus artistique). La couleur règne en maître dans le monochrome et ses dégradé tant le support est banal. Des lés de bois peints deviennent les parfaits exemples de déconstruction du tableau. Les « loques » interloquent. Elles sont là pour  travailler l’imagination puisque le visiteur est confronté à du proche et de l’étrange dans ce qui provient directement de la matière. De sa plasticité surgissent des bastringues d’états, des tropismes de couleurs. Ils accordent à l’art une identité clocharde que Porret ne cesse de travailler.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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09/06/2015

L'oeuvre ouverte de Franz Erhard Walther

 

 

 

Walther BON.jpgFranz Erhard Walther, Art unlimited 2015, SKOPIA Art contemporain, Rue des Vieux-Grenadiers 9, Genève, 15-16 juin 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de F. E. Walther la rigueur d’une savante géométrie n’est pas absente mais elle se dissipe pour un autre tressage. Aux œuvres planes, pleines de l’art traditionnel, succèdent des étincelles, des vrilles d’opérations insolites. La surface s’allège et s’étire en un jeu de lignes qui s’enroulent sur elles-mêmes, s’unissent et se séparent, se croisent et se dédoublent là où le spectateur doit être mis à contribution. Il répond de l’œuvre car, écrit le créateur, « il ne peut être impliqué seulement dans sa qualité de regardeur : son corps entier est engagé. »  Cette dimension physique (que le travail de l’artiste contient)  produit un système de formes qui ne sont plus fermées : tout demeure ouvert puisqu’il ne s’agit plus seulement de contempler.

 

Walther 2.jpgL’artiste produit des vecteurs d’impulsion faits parfois et par exemple en tissu ou en textures malléables pliées, dépliées en une série de partiels habillages. Chaque spectateur les annexe à sa main, « réinvente » les propositions plastiques créées par ces objets sculpturaux.  L’œuvre permet ce que Walther nomme le « retour au point de départ, où rien n’a de forme et où tout recommence à se former ». Le processus d’apparition est donc complexe puisqu’il n’est qu’une potentialité que le spectateur doit saisir avec non seulement son regard mais son corps. L’art ne répond plus de l’esprit platonicien et de la cosa mentale. Le spectateur n’est plus un œil sans corps, il se réincarne là où la dimension tactile garde son importance là où la   forme n’est plus  définitivement fixe.

 

Jean-Paul Gavard-Perret