gruyeresuisse

10/10/2020

L'image dans l'image : Cristina Rizzi Guelfi

guelfi 3.jpgSelon la suissesse Cristina Rizzi Guelfi "nous avons besoin d’un visage " pour assurer notre psyché selon un processus de reprise égocentrée ainsi réassuré. D'où le succès des selfies. Ils deviennent le système de narration et de petite comédie d'une auto-starification du pauvre particulièrement dans une époque où les réseaux sociaux tiennent lieu de communication aussi frénétique qu'illusoire.

guelfi 2.jpgMais toutefois Cristina Rizzi Guelfi détourne le selfie en illustrant à la fois son importance, son leurre, et comment ce dernier peut fonctionner. L'artiste en revéle les possibilités de tricherie de manière volontairement visible et tout autant enjouée. Elle prouve combien ce leurre est non seulement un attrape nigauds mais un attrape-toi toi toi-même. La  serie «nous avons besoin d’un visage [?]» est donc là pour se moquer d'une pratique obsessionnelle et  réparatrice.

guelfi.jpgLa créatrice, en remplaçant les visages par des photographies achetées à une banque d’images d'archives américaines des années 1950 et 1960, montre à la fois que le visage peut devenir ce qu'il est - à savoir un mensonge - et qu'une société mondialisée fondée sur l’apparence et l’image de soi, oblige à une convulsion médiatique liée à une sorte de blessure narcissique. La représentation d'une apparence physique tente de la colmater  au moment où le visage étant celui d'un autre reste néanmoins et par procuration le monograme d'une psyché ironiquement sauvée par la démonstration de la créatrice.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cristina Rizzi Guelfi ,«nous avons besoin d’un visage [?]», https://www.instagram.com/cristinarizziguelfi/?hl=it

 

 

 

 

09/10/2020

François Ristori l'abstractionniste

Ristori.jpgFrançois Ristori, "Traces-Formes", Joy de Rouvre, Genève, 31 octobre au 12 décembre 2020

Héritier de Support-Surface mais à sa manière, comme de l'abstractionnisme zurichois François Ristori a créé un monde-puzzle fait d'agencementts programmés. À l'époque du groupe BMPT (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier, Niele toroni) il s'en rapproche et contribue, par ses recherches personnelles, au questionnement radical sur la peinture avec la mise au point d'une méthode de travail qui fonda sa doxa esthétique.

Ristori 2.jpgDès son premier texte-manifeste "Peinture possible" de 1971 il évoque ses "Traces-/formes" souvent hexagonales et qui s'engendent les unes les autres d'abord en bleu, en rouge, en blanc, jusqu'à occuper la totalité d'une surface, par reprises d'un modèle préalablement établi et selon une méthode qui revient à réitérer un acte-tracé selon un même processus .

Ristori 3.jpgLe système comporte des combinaisons permettant à ces "traces-/formes" de se montrer à travers des répliques différentielles. Néanmoins l'artiste au fil du temps y opère des variations qui casseront en partie son  "post-automatisme" par la recherche de grandes taches couvrant toute la surface de la toile. Mais elle mettent cependant tout autant à distance toute subjectivité.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/10/2020

Anne Voeffray : ce qui échappe

Voeffray bon 1.pngLes photographies d'Anne Voeffray annoncent la nuit. Mais une nuit aux écailles lumineuses là où le corps reste souvent érotisé dès que l'artiste quitte le portrait "classique" et identitaire (dont elle poursuit la quête) pour laisser pointer un cou offert, un front que couvre des cheveux là où ce qui chute s'élève en rudesse ou douceur pour enlacer les lieux ou les êtres dans leur complexité secrète.

Voeffray bon.jpgLa beauté n'est jamais marmoréenne mais fractale ou à l'inverse suggérée. Quant aux "paysages" eux aussi il perdent une lisibilité réaliste pour se nimber de mystère parfois phosphorescent. L'interrogation vitale est lancinante en passant par ce noir et blanc qui fixe ou tremble mais toujours interroge un moment où le présent n'est plus inaltérable.

Voeffray bon 3.pngMais loin d'être un théâtre d'ombres ou d'illusions, le monde d'Anne Voeffray recouvre une langueur paradoxale. Le moi comme le réel laisse la place à un émoi particulier là où par de telles prises le premier renouvelle ses limites tandis que les êtres - parfois dans leur nudité - offrent leur aura. L'artiste crée dans ce but des transfusions de multiples impressions. Elle laisse au regardeur.euse une liberté d'interprétation là où tout est silence et où la poésie sublime la pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret