gruyeresuisse

15/06/2014

Isabelle Ménéan et les oiseaux de sang

 

 

Menean.jpgIsabelle Ménéan Galerie FORMA, Lausanne.

 

Entre les oiseaux et le cœur ulcéré il n'y a qu'un pas. Isabelle Menéan parfois le franchit. Ses tendres volatiles ont quitté les clochers, les poteaux électriques et les branches. Ils témoignent de la vie et de sa douleur dans leur rouge sombre dont témoigne leur chair vivant. Elle devient cri - plus que chant - de présences innocentes mais presque calcinées. Une certaine brûlure reste sous-jacente là où les oiseaux semblent à la fois dans et hors du temps.

 

Chaque aquarelle est une sentinelle vive, immobile, égarée ou en fuite. Symboles de l'intimité déchirée ses oiseaux deviennent des cœurs bafoués aux larmes retenues et métamorphosées au sein de paysages incertains et à peine esquissés. Tout bascule ou monte là où les volatiles - par delà  ce qui grésillent en eux de noir et de rouge  - attendent une résurrection ou  que la vie résiste au temps  - malgré eux ?


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Ils permettent à la créatrice de toucher aux racines de l'être et à son existence dévastée, reconstruite entre l'extase et l'anéantissement, entre l'ici et l'ailleurs. Il ne faut chercher de salut, un dernier refuge mais le savoir ultime. L’aquarelle sombre devient le tourment charnel qui désosse ou déplume mais ne se dérobe jamais.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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13/06/2014

Les fleurs insurgées de Barbara Ellmerer

 

Barbara Ellmerer, Journal fur Kunst, Sex une Mathematik

 

 

Ellmerer.jpg



















Saisie par la vie  Barbara Ellmerer

 

Retrouve la genèse originelle.

 

En une constellation d’éléments en gestation

 

Le temps est  possédé par son propre désir.

 

Les femmes fleurs jaillissent des steppes

 

Pupilles hautes sous la fente d’un sexe qui sourit

 

Les hommes phallus renvoient en abîme

 

Le rire de leurs lèvres.

 

On les dirait toutes et tous

 

Sortis des charriots de l’Histoire

 

Des pistes tracées à coup de lune

 

Dans des poches sombres

 

Où les étoiles sont réduites en poudre.

 

Sous un fuseau de soie

 

Les jambes des filles d’aujourd’hui

 

Sautillent sur l’eau en une course d’oiseaux.

 

Surgissent l’amour et ses échos

 

Chaque présence vient s’ancrer comme un symbole dans le végétal

 

Mais aussi comme la résonance d’un ailleurs

 

Elle s’insurge contre l’oubli,

 

Défie le temps et renaît.

 

Ciel et puits respirent

 

Tout est simple et double,

 

S’ouvre et monte - rien ne s’écarte

 

Le souffle tient dans un cercle

 

Et fabrique un pain au levain.

  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/06/2014

Philippe Queloz : le diable aux trousses

 

 

 

queloz.pngA mesure que l’œuvre de Philippe Queloz avance elle disparaît tout en sautant aux yeux par différents jeux d’intermittences et de sérialités. La grammaire plastique des formes et des couleurs est reprise à la fois pour offrir une dimension métaphysique à la peinture mais aussi pour rappeler l’interaction entre formes et couleurs. .A partir de matériaux bruts et de formes simples l’artiste renouvelle l’énergie de la peinture et de ses signes. Tout avance par modulations et sensations dans les vidéos, installations et peintures. Elles peuvent perdre le regardeur happé dans ce qu’il peut prendre en un premier temps pour la futilité d’un jeu. Or il n’en est rien. Queloz casse tout savoir acquis. Un temps il l’a proposé à coup de reliques et de vestiges de matériaux triviaux scénarisés (poutres marinées, planches à fumier). Mais retournant au geste pictural il oblige le regard à des mouvements auxquels il n’est pas habitué.

 

queloz 2.pngLoin d’une perspective duchampienne où tant d’artiste ont sombré et sombrent encore l’artiste jurassien aborde l’image comme « outil » capable d’activer une pensée des profondeurs et qu’on peut qualifier de subconsciente. Dans tous les cycles de l’oeuvre surgit le souci constant d’une expérimentation soit macro soit microscopique. La peinture comme les vidéos n’offrent aucune narration sinon celle de son « en-soi ». Le diable du réel est à nos trousses mais il est pris - comme est pris l'artiste - dans un univers formel à la recherche de l'algorithme « parfait ». Il permet à l’œil de sortir de ses maisons de verre. Philippe Queloz marque donc une étape décisive dans la manière de montrer avec audace mais sans la violente gratuité de l'évidence. Il organise une stratégie plus opérationnelle. Sa démarche au delà de la provocation ou d'une expression factice, projette une lumière crue sur des lieux. Ils affirment - en leur dualité - une liberté de l'imaginaire. Ne se contentant jamais d'exploiter des images sur laquelle il pourrait s'appuyer, le créateur développe un univers aussi mental que physique au-delà de ce qui encastre le monde du quotidien comme du symbolique (cette commodité de l’art).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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