gruyeresuisse

20/06/2014

C’est du Joly

 

 

Yves Joly.gifLuc Joly, Dubner Modern, Lausanne

 

 

 

La réintroduction de l’humour dans l’art est chez Luc Joly tout sauf caricatural et simpliste. Le Genevois fait surgir l’absurde selon des procédures où l’ironie est moins dans la narration que par les stratégies plastiques et leurs célébrations intempestives et décalées. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde (que le dessin décale) et la perception du spectateur. Partant de la problématique de Marie-José Mondzain sur la conscience imageante il montre comment se construit à notre propre insu la lecture du réel et combien - comme le disait déjà Pascal - la perception est « maîtresse de fausseté ». Proche du concept mais ne s’y limitant absolument pas l’œuvre remodèle le corps et le monde.

 

 

 

Yves Joly 2.gifAu rigide Luc Joly préfère le déphasage. Il « pourrit » le pestilentiel du réel afin de laisser place à une un oeuvre « pistil en ciel ». Le soleil y tape dur comme un boxeur même s’il n’est pas directement présent. Une force juvénile et démystificatrice fonctionne parfaitement. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhône pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.  Nous entrons dans le non stratifié à la jonction de divers mouvements iconoclastes. A l'image se mêle au besoin le visible du texte. L’art devient par excellence le lieu de sa mutation farcesque. Les questions qu'elle pose sont les questions essentielles en des zones d’épissure ou d’hallucinations.

 

 

J-Paul Gavard-Perret

 

19/06/2014

Tika à la renverse ou les dédoublements

 

 

Tika.jpgTika (Maja Hürst) fait de ses déplacements ses racines. La Zurichoise vit à Berlin, Zürich, Rio de Janeiro, au Caire, à Mexico City., New York et bien d’autres villes encore. Elle a néanmoins découvert dans son pays natal son langage plastique fait de peintures (murales ou de dimension plus petites), gravures sur bois, papiers découpés. Il essaime sous formes de geishas, aztèques, indiens, sirènes, pharaons et personnages intimes (dont sa mère). Surgit aussi toute une animalerie : tigres, paons, hiboux, colibris, renards et poissons. L’artiste aime surdimensionner certains membres

Tika 2.png

de ses personnages donnant ainsi libre cours à une ivresse vitale et énergique. Il y a des arrêts, des écarts. Ils interrogent par les métamorphoses des êtres l'espace et le temps là où une pointe dresse son pal,  une forme pend.

 

 

 

Tika 3.jpgUn tel travail s'attache au corps, en est le lieu. Le lieu intermédiaire. Le lieu de change. Notre corps est soudain lié à un monde que nous ignorons : rien de plus urgent que d'en tenter l'anatomie. Ajoutons que ce que l'artiste crée comporte un plaisir particulier : celui d’une douleur déplacée donc d’une délivrance. Le trajet de la langue plastique va du réel au virtuel mais c'est, à la base, un trajet physique, un trajet dans le corps. La difficulté d'en parler tient à ce réel et ce virtuel. Les deux mots sont d'ailleurs approximatifs.  Le problème est la sortie vers l'extérieur à travers l'émission des formes et des couleurs qui traduisent et détournent un état physique à travers l'imaginaire débridé et multi culturels de Tika. Elle prouve  que ce qui "va de soi" nous masque ce qui est. Il faut toujours aller plus profond. Déplacer. Et le déplacer incite au complet dépassement. Il fait surgir l'autre, notre double. Celui qui ne nous dédouble pas (ce serait l'aliénation) mais nous rend plus plein.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

D’à côté : S.S.(NCF) et vilain dégob

 

 

 

Morel.jpgLes Français ont facilement la dent dure pour leurs voisins. La presse hexagonale traita la votation suisse sur l’immigration avec un dilettantisme narquois. Le pays voit facilement la paille dans l’œil de son voisin mais jamais la poutre dans le sien (cf. victoire de Marine Le Pen aux Européennes). La France se plait à renier son slogan « liberté, égalité, fraternité ». S’il y a belle lurettes que les deux premiers concepts sont une vue de l’esprit : le troisième laissait encore espérer quelques considérations. C’est trop demander aux grenouilles qui n’admirent que les bœufs. Il suffit d’une poignée de conducteurs de trains néo maoïstes (travaillant 24 h effectives par semaine et partant à la retraite à 52 ans) pour bloquer le pays avec l’assentiment de l’extrême droite et de l’extrême gauche... Chacun y va de ses prérogatives quitte à entraîner le pays à sa perte au non d’un fascisme rampant sous oripeaux libertaires.

 

Ce n’est guère mieux de côté de l’art. Vouloir faire passer pour censure le refus d’exposition d’une „œuvre” de Marie Morel est une farce. Ceux qui ont refusé cette „croûte” ne se sont pas posés de question éthique. Ils ont simplement „osé” se limiter à un critère esthétique  et effectuer ce qui ne se fait plus en art : retirer d’un accrochage une pièce parce qu’il s’agit non d’une œuvre pornographique mais d’une immonde  bouse. Saluons-les. Ils osent affirmer un certain goût esthétique dans une période où le nivellement par le bas fait prendre des vessies pour des lanternes et une approximation (qui fait dans le sous conceptuel, le sous art pauvre comme elle fait sous elle) pour le parangon de l’art. Avec une telle litière ce dernier déraille. Quant aux trains ils restent à quais. Preuve que la bêtise comme l’arrogance aiment à se faire savoir. Dans de telles situations de domination ceux qui en jouissent ne comptent que sur la lâcheté des autres. Jusqu’à quand ?  Chacun étant doté d’une cervelle et d’une émotion certains risquent d’en retrouver le mode d’emploi.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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