gruyeresuisse

26/06/2014

Le Président est un garnement

vertut 4.jpgPrésident Vertut, "Poor papers", Must Gallery, Lugano, TMfair 14 , The International , Young Art Fair , TMproject, Genève, "GVA-BOG", Espacio Odeón,  Bogota Colombia

 

 

 

Vertut 3.jpgPrésident Vertut n’est pas un modèle du concept dont son nom est le quasi synonyme. Il ne cherche pas à fabriquer des chefs-d’œuvres et il y a belle lurette que – comme une de ses séries l’indique – il en a fini « avec le cul ». Ne rêvant pour ses travaux  ni de bronze ni d’éditions de luxe il sait entre autre que l’art ne saurait arrondir les têtes que l’accoucheuse a laissées carrées. Sachant que depuis  Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes il évite les cimetières de l’art. Né libre il a trouvé en Suisse une terre idéale dégagée des maîtres à penser de l’esthétique officielle. Depuis, il marche donc au bord du Léman comme sur l’auvent du Cosmos.

 

vertut 2.jpgSon travail ne prétend pas résoudre les  problèmes du temps mais fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue. Afin de réussir le Président  utilise autant par une iconographie B.D. que des approches conceptuelles et minimalistes. Ne figeant rien et avec humour il se met parfois en scène. Autoproclamé Président à vie, Vertut ne se revendique pas empereur (d’autant que le bicorne lui sied mal). Ses œuvres restent habilement anodines ou déceptives. Ne se prétendant pas des oracles elles ne se veulent pas pour autant des gravats. Grâce à elles le président démocrate ouvre  des frontières sans s’attendre à la moindre plébiscite. Et si la reconnaissance peut stimuler son talent, la paranoïa n’est pas de son fait. A l’Homère classique il préfère celui des Simpson : c’est là le plus clair de ses convictions politiques. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinence du président de cire  et de circonstance met à mal la dictature de la raison et rend non comestibles les pâtes idéologiques dont est confit le monde

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

25/06/2014

Cher Père Si Flottant,

 

 

 

Vertut.jpgC'est en fils (même si vu mon âge vous pourriez être le mien) indigné plus qu'indigne que je lis votre blog. Je suis sensible à votre humour de bûcheron : à savoir de derrière les fagots.  Vous êtes le défenseur d'une certaine esthétique forestière pour laquelle là où il n'y pas de mélèze il n'y a pas de plaisir. Vous resterez donc pour beaucoup un parangon de vertu. Je dis bien vertu et non Vertut : artiste suisse dont je ne résiste pas à vous joindre une œuvre pour accentuer votre ire…

 

Sachez pourtant que vous êtes victime d'une erreur cardinale. L'art n'est pas une affaire de sens. Il n'est pas pour autant affaire de non sens. L'un ou l'autre se découvre en avançant dans un travail qui  tord les images admises. Je reconnais avec vous qu'en un siècle et sous l'effet-mère (trop durable) de Duchamp l'art s'est perdu parfois dans un système répétitif de "coups". Néanmoins beaucoup d'artistes prennent des risques afin que nos visions changent.


A compter sur vos doigts les iconoclastes, l'art helvétique ressemblerait à une peau de chagrin. Pourtant de Dada à Godard (pour ne parler que des anciens) la Suisse s'honore de bien des irréguliers iconoclastes. Je n'ai  pas (et vous me le reprochez)  une idée de l'art. Mais c'est à dessein et afin de ne pas transformer l'art en idée. Je me laisse simplement emporter par l'émotion que le travail des artistes que je défends provoque à travers des images vivantes, naïves et sourdes à votre goût.

 

"Le beau(f) est toujours bizarre" (disait ou presque Baudelaire) c'est pourquoi celui-là préfèrera en peinture les couchers de soleil sur le Léman et les vaches dans les prés du Haut Rhône. Grand bien lui fasse. Je reste plus sensible aux artistes  émondeurs. Ils  escaladent les abîmes, font migrer les appâts rances. Sachez qu'accompagner l'art pompier n'empêche pas les incendies prometteurs de se propager.

 

Mon "goût" possède sans doute à vos yeux un côté basse cour et un côté fond de jardin mais je préfère me tromper que mourir dans un cimetière. Vous jugerez que seules des œuvres maigres comme un clou me rendent marteau. Mais je l'assume et revendique un art dont les  dessous comme les dessus inquiètent. Sachez le cher Père sifflotant : le clair obscur convenu rend dubitatif l'Œdipe qui vous parle.  Sur son échafaud d'âge il a appris que les règles doivent être bouleversées afin de découvrir ce qu'elles cachent.


Dès lors, que celles et ceux que vous prenez pour des rats d'eau nous médusent toujours plus. Grâce à eux  surgissent bien des  manteaux de vision. Certes - et c'est votre droit - vous garderez un faible pour les horloges artistiques qui ne marchent pas : arrêtant le temps  elles clament selon vous  l’absolu. Ce n'est pas mon cas. Continuez néanmoins à me chercher des poux : ils me détestent car avec l'âge je deviens chauve. Restez enfin le cyclope louche. J'ai toujours du plaisir à dialoguer avec vous dans une confrontation que j'espère communicante.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:06 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)

Angela Marzullo à hue et a dia

 

 

Marzullo 3.jpgAngela Marzullo : Makita Sisters, Espace Noir, St.Imier, 2014 We’ve got five years stuck on my eyes, TM Project, Genève.

 

 

 

Angela Marzullo est une sorcière. Ou si l’on veut rester conforme à son prénom : un ange noir. On sait d’ailleurs ce qu’il en est du sexe des anges : l’artiste en joue. Mais ne s’arrête pas là. Elle polémique avec la mort en prouvant que la peinture comme le cercueil sont des couches bien minces entre le temps et l’éternité. Dès lors si à travers les nécrologues on pourrait écrire une histoire picturale divine, les voyages plastiques de la genevoise changent la donne. Une promenade avec l’artiste méphistophélique reste donc la plus utile leçon de philosophie sarcastique et  le parfait  vaccin anti-sottise.

 

Marzullo.jpgAngela Marzullo devient au besoin araignée pour tisser la grande corde le long de laquelle nous pourrions grimper, afin de quitter nos abîmes. Ses installations deviennent  autant de baisers de Judas sur le masque de la réalité. Mais après tout un baiser est toujours bon à prendre. Et qu’importe si avec son corps amoureux l’artiste ne dessinent pas sur les murs de  beaux poèmes plastiques mais préfère les mâchurer de tachisme sanguin. L’artiste ne cherche en rien les honneurs et ne gagne pas ses fleurs par des appâts rances des standards de la  « beauté féminine ». Et si Angela Marzullo si porte une croix c’est une croix  bien à elle  distanciée et en rien suicidaire. Il y a belle lurette que la genevoise s’est tirée d’un péché (originel ou non) et qu’elle cultive une élégance particulière : ce qu’elle trouve séduisant ne réjouit pas forcément le gogo rêveur de l’acupuncture aux flèches de Cupidon.

Marzullo 2.jpg

Son œuvre déclenche des soupirs particuliers : ils n’ont rien de ceux que font surgir des madrigaux. Mais c’est une manière de cultiver l’altruisme jusque dans l’amour où elle verse un peu de désespoir tel un clou enfoncé dans la côte de notre périssabilité. Preuve que « Quasimoda » reste  une Princesse Charmante. Sachant que faute de mors pour freiner leurs plaisirs les hommes se muent en bourreaux et bourrins elle s’arrange pour qu’ils n’estiment plus jamais ça beau.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret