gruyeresuisse

04/02/2016

Monstrueux cétacés et sauteuses chauffées à blanc – Alva Bernadine

 

AlvaBernadine10.jpgAlva Bernadine aime à jouer avec ses modèles pour les grimer en vierge fatales, folles, liliales et libidinales. C’est pour elle et selon des angles renversants ou renversés le moyen de réveiller le précipité de vieilles concupiscences qui croupit dans l’inconscient du voyeur et, en inconséquence, lui inoculer des spasmes d’imagination.

 

Alva Bernadine 2.jpgCadrant le réel, la photographe renvoie néanmoins à un certain invisible : courbes et creux des corps sont aussi chaloupés qu’inédits. Et quand et où un papillon se pose sur le bord d’un verre de champagne ou joue les cache-sexes il rend les différents élixirs fixes et éternels.

 

Bernadine.jpgNe restent que des silhouettes incongrues et limites. Elles entament une dérive chorégraphique entre la pornographie et la métaphysique. Au besoin l’artiste invente des monstres ou d’étranges rosières qui n’existent pas : néanmoins avant de se faner chacune propose son tour de passe-passe.

 

Bernadine 2.jpgTout devient ébullition et écume. Epines plantées dans l’iconographie d’usage. A l’angle du corps des femmes l’insomnie est de mise. Chaque image est moins du Hitchcock que du Rachmaninov. Elle devient aussi surréaliste que charnelle. La tête y court plus vite que les fantasmes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

17:05 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

01/02/2016

L’espace et ses équilibres instables : Katharina Anna Wieser

 

Wieser bon.jpgKatharina Anna Wieser, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 janvier au 10 avril 2015.

 

Le cycle « Caravan » permet la rencontre avec la jeune artiste Katharina Wieser. Née en 1980 à Zurich et vivant à Bâle, elle a déjà participé à de nombreuses expositions collectives en Suisse. Elle a été sélectionnée pour réaliser un vaste ensemble d’œuvres pour le Kunsthaus Baselland. L’artiste par ses propositions ambitieuses dialogue avec le bâtiment et les autres propositions du musée. Des installations de l’artiste émane une mélopée visuelle faite de solitude et d’exploration. L’artiste se penche sur les qualités de situations spatiales et développe une œuvre qui présente aux visiteurs des perspectives inédites.

Wieser.jpgSurgit une « mystique » des formes par la force des matières. L’artiste fait preuve d’une belle maturité. Le chaos est organisé en ordre de marche et fait la place à l’inconnu. Chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en des « portances » et des assemblages qui impliquent une certaine distance avec ce qu’elles suggèrent. L’œuvre possède jusque dans sa matérialité un caractère hiératique. Il repose sur la délicatesse des structures, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste des installations aussi lourdes qu’éthérées. Un tel travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque. Ses figures « imposées » sont des mouvements.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/01/2016

Le Corbusier visionnaire

 

Corbusier.pngLe Corbusier, «Poésie sur Alger», Hatje Cantz, Ostfildern, 2016.

 

 

Ecrit en 1942 « Poésie sur Alger » fut publié pour la première fois par les éditions Falaize en 1950. L’architecte fait retour sur les projets d’urbanisme qu’il proposa au préfet d’Alger et qui furent refusés par le conseil municipal de la ville. Le texte n’est pas une simple présentation théorique. La poésie du texte tient au rapport que Le Corbusier entretien avec ses idées sur l’urbanisme de la cité et le topos géographique et historique du lieu.

 

Corbusier 3.jpgL’auteur évoque le patrimoine culturel de la ville et son potentiel inexploité : «Nous sommes en Afrique. Ce soleil, cet espace d’azur et d’eau, ces verdures ont entouré les restes de Salambô, les actes de Scipion et d’Annibal comme de Kheir-ed-dinn le Barbaresque. La mer, la chaîne d’Atlas et les monts de Kabylie déploient leurs fastes bleus. La terre est rouge. Les végétations sont de palmiers…».

 

Corbusier 3.jpgLa réédition met non seulement en valeur la qualité poétique du texte mais son graphisme en 17 planches enrichies de plusieurs plans réalisés par le pionnier de l’architecture dès son premier voyage en 1931. Elles montrent comment le brutalisme empêcha l’architecture d’être comparée à un miroir réfléchissant. Le Corbusier accorda à celui-ci un sens bien différent : son seul miroir était celui qui permet de traverser les lieux que l’architecte inventa et mit en jeu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)