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06/09/2018

Fabian Marti : entropies et espaces offusqués

Marti.pngFabian Marti, « Oeuvres récentes », Art Bärtschi & Cie, Genève du 13 septembre au 9 novembre 2018.

Le Fribourgeois Fabien Marti vit à Zurich et à Los Angeles. Après ses études à la Haute Ecole des Arts et du Design de Zurich (département photographie) il poursuit un travail et des expériences protéiformes à partir des procédés photographiques mais il intègre aussi une approche du bois, de la céramique et de l’installation en se préoccupant comme créateur ou curateur du design de chaque exposition.

Marti 4.jpgQu’elles soient analogiques ou numériques, les images qu’il crée sont retouchées selon divers opérations dont les traces restent visibles. Sujets ou motifs viennent de l’histoire de l’art officiel, des civilisations, de l’art populaire. Mais Marti va chercher tout autant les « états » qu’il propose auprès des avant-gardes pour leur capacité à explorer sciences, littérature, psychologie, perception des phénomènes mentaux et subconscients.

 

Marti bon.jpgL’artiste joue de l'ordre et du désordre. Il crée des déploiements où l’espace semble souverain indépendamment des "objets" qui s'y trouvent. Ils s'effacent : ne restent que contours, volumes, formes à la tactilité feinte. Elles ont comme fonction de combattre le vide sans pour autant que puisse se distinguer de veritables objets mais juste quelques indices plus ou moins évidents d'une certaine présence.

 

 



Marti 2.jpgDes formes surgissent et agissent en une sorte de demi-jour où tout est à la fois épaissi et allégé. Reste l'interception de la lumière par des corps opaques et denses dont l’ombre est dans le même temps que l'"objet". Elle lui confère son existence problématique tout en lui assignant néanmoins un franchissement de ses limites. Devenant orphique l’œuvre par ce qui semble récessif prend une dimension inédite.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/09/2018

Victor Man et le C.E.C. de Genève au M.A.D. de la Monnaie de Paris

MAD victor Man.jpgLes œuvres de Victor Man créent souvent des bribes d’histoires inachevées ou désaccordées mais toujours susceptibles de susciter chez le spectateur/lecteur des associations libres et une certaine désorientation. Son livre présenté au MAD (évènement et concours orchestrée par Sylvie Boulanger et Michel Woolworth à la Monnaie de Paris) le prouve. Celui qui comme il l’écrit « évite de donner un statut définitif à mes œuvres. J’aime l’idée de pénétrer doucement les choses et de conserver une certaine distance. Si les choses deviennent trop explicites, j’ajoute un autre élément qui en perturbe la cohérence » cultive une nouvelle fois l’ambiguïté dans ce livre « mixé ».

MAD.jpgCe livre d’artiste est la reproduction de carnets de dessins De Victor Man lorsqu’il était enfant en Roumanie communiste. Les bandes dessinées révèlent sa fascination pour les héros occidentaux interdis dans son pays. Le livre s'ouvre sur une lettre de Victor Man à la petite Rózsa à qui l'ouvrage est dédié. De tels comics réinventent les héros. Dessins et ses historiettes portent la naïveté de l'enfance mais aussi les fantasmes que provoque cet univers mystérieux et inaccessible. L’ensemble fait dériver un sens initial pour acquérir d’autres niveaux de signification, plus souterrains. L’artiste en augmente le potentiel représentatif. La culture première et populaire trouve un sens divergent comme l’artiste l’avait déjà proposé avec des artistes ou auteurs confirmés : Pierre Molinier ("Shaman", 2008), Samuel Beckett ("Untitled (Memorable Equinox)", 2009) par exemple.

Mad 3.pngMan joue de l'espace livresque comme un lieu de désirs et de dérive. Existe une expérience qui vise à une vision expressionniste et transformiste des « comics» soumis à d’étranges reliefs. Tout ressemble à un chantier où l’artiste remue les héros codés selon des mouvements et des renversements qui ne déplacent pas seulement les lignes. L'explication que peut en donner l’artiste n'est jamais suffisante. Il appartient à l'observateur le « droit » d'établir les règles qui régissent sa bonne compréhension. Comme il lui revient aussi celui de s'égarer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Victor Man, « Chilhood Drawings fot Rozsa », C.E.C. Genèvre, Multiple Art Days, Monnaie de Paris, 14-16 septembtre 2018.

04/09/2018

Robert Montgomery : burn out

montgomery.pngRobert Montgomery, “And the screens that circle you like butterflies now”, Analix Forever, Genève. A partir du 13 septembre 2018.

Robert Montgomery expose chez Analix Forever ses plus récents travaux .La peinture y est considérée comme un palimpseste. Celui qui a commencé sa carrière comme peintre plus « classique » (exposé entre autres au Museum of Fine Arts de Houston), pour ses nouvelles peintures Montgomery retravaille les compositions de Malevitch (ce qu’il pratique depuis longtemps). Il y superpose des inserts poétiques actifs.

montgomery 2.pngPour le peintre américain le « Modernisme » de Malevitch n’est pas un style mais une morale à laquelle il ajoute ses propres utopies inhérentes à notre époque de crise sociale et écologique. Il revendique la poésie visuelle contre le consumérisme, la douceur face à la peur et la haine afin que son néo-« Modernisme » s’élève contre le « trumpisme ». Par ses photographies et ses panneaux de « poésies de feu », l’artiste trouve dans un dispositif de communication directe avec ceux et celles qui lisent ses textes en ignorant éventuellement tout de l'art.

montgomerry.jpgPour parvenir à ses textes terminaux l’artiste « écrit comme un fou » puis trie. Il ne garde que ses « manifestes idéalistes » capables de faire réagir ceux qui sont désolés ou révoltés par l’état du monde. L’artiste trouve ainsi un ton, une voix pour ce qui engage à une « conversation inconsciente collective ». Pour la survie de l’existence humaine, l’artiste pratique la créativité́, l’amour afin que disparaissent le marais des politiques et des technologies et celui des jeux de pouvoir parsemé́ de feux follets. Bref Montgomery ne s’accommode pas du monde tel qu’il est : il le fustige.

Jean-Paul Gavard-Perret