gruyeresuisse

09/07/2014

Delphine Schacher la belle enquiquineuse des évidences

 

 

 

 

 

Schacher1.jpgDelphine Schacher fait éclater le réel en feignant de ne rien bousculer. Dans « Petite robe de fête » il est question de regards d’attente de jeunes filles en fleurs. Réalisés en Transylvanie ces portraits se mélangent aux images d’un univers qui pour une occidental peut sembler mélancolique et suranné. Ramuz n’est pas loin. Preuve que la Roumanie d’aujourd’hui ramène à une poésie d’un passé qu’il est assez étonnant de retrouver chez une jeune artiste capable de saisir des instants sublimés par le goût de la vie et sa fragilité.

 

Schacher portrait.jpgPeu sensible à la religion du progrès la photographe enveloppe ses prises d’un pollen de lumière et d’un cristal argenté. Se cache là une idée de derrière la lune. La blondeur des femmes les rend pétillantes comme du champagne même si plutôt que la légèreté une certaine gravité est au rendez-vous. La convulsion charnelle reste esquissée dans une photographie de sensibilité pure qui scintille d’un érotisme larvé. Dance cet ensorcellement entre visible et invisible le parfum de femme caresse le regard afin qu’il largue les amarres en un été roumain.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les après-midi de chien selon Sophie Brasey

 

 

 

Brasey.jpgNon sans une pointe de forfanterie et de provocation Sophie Brasey fait de la photographie le plus singulier des passe-temps propre à traduire un monde oisif et plein d’ennui.  L’humour est toujours présent et râpe les apparences pour en perturber l’agencement. Sous forme de procès-verbaux du quotidien l’artiste s’amuse à enlever à l’eau tout caractère de fluidité et à rendre l’air solide comme un minéral. Le temps semble se bloquer au milieu des montagnes valaisannes ou sur d’exotiques plages.  Nulle agitation dans de tels territoires. Tout semble coiffé dans le vieux peigne de l’ennui. L’artiste ne cherche pas à saisir des temps forts mais ceux où rien ne se passe. Il ne faut par pour autant penser qu’une telle propension traduit une passion pour l’hindouisme. Contemplant ce qui dans le réel est en ordre mais devient de bric et de broc c’est une façon de mettre de la noix de muscade dan le saindoux de la réalité. Sophie Brasey la prend en otage et fait remonter d’étranges oiseaux des heures creuses. De leur chapeau d’amnésie et de chloroforme elle saisit la fragrance  sans qu’aucune grille de lecture ne soit offerte. Restent des vertiges, des lisières, des portraits : une adolescente vaguement S-M exhibe un toutou plus ou moins snob. Il est confident de cette fleur dont les habits de latex semblent une machine à étouffer toute vitalité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/07/2014

Swiss’ Delirium de Maya Rochat la néo-grunge

 

 

 

 

 

Rochat  3.jpgMaya Rochat aime compliquer les ombres pour rendre encore plus dangereuse la contreculture dont son œuvre est la complice. Loin des jeunes filles en fleurs qui dans leurs appartements  que le soleil safrane plissent des papiers de soie, Maya Rochat les déchirent pour communiquer avec les espaces sidéraux par de telles étranges lucarnes improvisées. Pire : refusant le bronzage sur des plages encombrées de férus d’essaimages l’artiste parachève de sa main ses prises du réel pour les faire mousser de miaulements optiques très particuliers et drôles.

 

 

 

Rochat 2.jpgLes photographies séduisent par leur pelage gris sales avec des mouchetures plus sombres. Cela fait penser à la brume de quelque château gothique, à une boissellerie couverte d’étranges paillettes qui ne cherchent pas forcément le captieux mais se plaisent à montrer les êtres et les choses plus vieux que leur âge. Maugréeuse à l’occasion, sourde comme des soubassements, laissant radoter pour eux tout seuls des oiseaux punks (car à aigrettes) l’œuvre prouve que qui dit poules ne dit pas forcément plumes. Agrémentés de bandages herniaires les photographies ne cherchent jamais la couleur locale mais le bizarre. Il s’agit de remonter des horloges de sable ou des clepsydres pisseuses d’eau afin de permettre aux amateurs voyeurs de jouir d’une liberté de vue au sein d’un swiss’ delirium parfois en miettes sur carrelage jonché des déchets. L’impertinente Mélusine y secoue ses poupons polychromes. Ils sentent l’abricot, le chocolat refroidi et l’acide phénique. L’artiste y apparaît parfois telle une femme au déshabillé compliqué de tractions filiformes, une écorcheuse de nerfs ou telle une minette qui amidonne les cols marins de futurs tueurs de mouettes et de geais d’eau (mais uniquement à Genève).

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Maya Rochat, "Crystal Clear", Editions Patrick Frey, 2014