gruyeresuisse

13/01/2015

Le géométrisme lyrique de Fabienne Wyler

 

 Wyler.jpgFabienne Wyler, « Hiver 2015 », La place suisse des arts, Lausanne du 22 janvier au 7 février 2015.

Les œuvres de Fabienne Wyler créent divers types de mises en abyme et de trompes l’œil avec une rigueur pleine de faconde et d’astuce.  Chaque œuvre est attractive par sa perte d’attraction terrestre. Plutôt que de « tomber » les formes s’envolent vers un univers sinon de science-fiction du moins virtuel et aux hypothèses floues. Dans le flottement dégagé de toute polarisation la poésie des formes saisit le regard. Découpées les éléments en dentelles verticales échappent au support. Ils ne le recouvrent plus totalement. Le camaïeu des couleurs et la chorégraphie des volumes imposent un bouleversement. Le géométrisme perd toute rigidité au profit de l’ivresse. Convexe et concave deviennent des notions qui perdent leur sens. Wuttrich et surtout Escher ne sont pas loin. Fabienne Wyler est la plus digne des héritières de ce dernier. Contenant et contenu se mêlent et s’agencent en des tableaux-poèmes afin que « les grisons grivelés et les échinodermes » chers à Max Ernst dressent l’échine pour quêter les caresses de l’air en sa diaphanéité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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Gilles Berquet et la pensée-corps

 

 

 

Berquet.jpgGilles Berquet, « Pickpocket », Editions Derrière la Salle de Bain, Rouen, « Blow-up Sessions », Editions Chez Higgins, Paris.

 

 

 

La photographie permet de postuler une certaine vérité du corps loin du pur divertissement de regard ou de l’utilité pratique. Dans l’instant de la prise Gilles Berquet se tient dans le plus grand recueillement possible. Il pressent ce que la « venue » lui offre et qu’il ne veut pas trahir. Car il ne traite jamais la femme comme l’objet mais le sujet de ses photographies qui ne pourront jamais venir à bout du noyau du secret, de l’ombre natale dont l’être - féminin ou non - ne se déprend jamais.

 

 

 

Berquet 2.jpgLes égéries captées échappent au temps et à l’espace du quotidien. Chaque photo introduit une distance avec elle-même comme entre le regardeur et lui-même. Une aventure intérieure, solitaire d’un moment de rencontre échappe à toute propension à l’onanisme. Existe dans chaque photo par effets de scénographies une présence critique qui éloigne autant la conscience morale que l’âme pécheresse. Toutefois l’œuvre n’est en rien un désaveu d’éros. Bien au contraire. Mais il rentre en résistance avec ce qu’il a de plus immédiat pour créer une pression sur la part de lui-même que le regardeur ne parvient pas à identifier.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/01/2015

Bertold Stallmach : exposition-méthode

 

stallmach 3.jpgBertold Stallmach, « CARAVAN 1/2015 », Aargauer Kunsthaus, Aarau, février-avril 2015

Bertold Stallmach est un jeune créateur multimédia et multimatière capable d’inventer des constructions et des territoires impressionnants en réformes et reformations permanentes. Le réel se manifeste et  force l’attention visuelle en se chargeant de fragments inconscients de mémoire.  Par un geste d’étalement d’objets en mouvement (ou non) dans l’espace et au moyen de sculptures hybrides se créent divers types d’histoires. Elles sont tout autant des actions dans le visible. Le corps du regardeur est impliqué, engagé dans un monde de fissures. On dirait même que le vide en possède.

stallmach.jpgDans une telle approche l’ombre n’est plus créé par les éléments eux-mêmes mais les interrogations qu’ils suscitent entre abandon et tension, vol, chute, reprise. De facture « mécaniste » le travail de Stallmach est à la recherche d'une prise globale sur le lieu qu’il investit. Un corpus de définitions/méthodes décrit les modalités de réalisation des œuvres et de leurs mises en place. Cette stratégie fait que d'une série à l'autre l'œuvre semble parfois méconnaissable tout en étant parfaitement identifiable. Programmation et pratique y restent insécables. Il existe à la fois une forme d’interchangeable généralisé mais aussi une spécificité inhérente à chaque lieu. L’artiste en allant comme d’autres jeunes créateurs vers des « exposition/méthodes » en modifie la règle.

Stalmach.jpgChez lui  et contrairement à d’autres - Rutault par exemple - elle est toujours différente.   Dans des combinaisons variées l’artiste zurichois explore les enjeux de la diffusion d'un travail dont chaque partie s'attache à définir sa logique d’exposition. Ce déploiement d'activités s'oppose autant à l'idée d'autonomie de l'œuvre qu'aux attitudes contemplatives de celui qu’on nomme  parfois un "collectionneur légume".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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