gruyeresuisse

30/11/2016

Les écrins à hantises d'Anfisa Dym


anfisa 1.pngPour Anfisa Dym la photographie devient le moyen de faire glisser la femme de l'ombre à la lumière. Elle approfondit le concept de féminité hors du charmant, du décoratif par des jeux formels de détournements. Ils donnent à la femme tout l’espace en faisant le vide autour d'elle.

Anfisa bon.jpgLe genre apparemment cadré du portrait est transformé en sauts, décalages et morcellements. Les femmes y « involuent », s’amusent, bottent le zig dans le zag. Mais rien ne sera totalement « donné » à l’image. Et cela au nom d’une saisie qui coupe la chique à un réalisme trop tenace.
anfisa 3.jpgLa femme semble vivre libre dans un temps pur. Elle est sauvée des eaux saumâtres de certains photographes et du regard ambigu qu’ils portant sur la féminité. Le corps parle soudain une langue libre, poétique parfois et parfois ironique. Reste l'existence dépouillée, l’éloge de son secret. Il permet l'espérance ou plutôt la présence afin d’entrer en résistance face à une image souvent instrumentalisée du corps féminin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition Anfisa Dym, Corridor Elephant, Paris, novembre-décembre 2016.

29/11/2016

Daniel Templon : de l'importance d'être constant

 

Templon bon.jpgPrivilégiant la qualité aux prurits saisonniers, indifférent aux étiquettes et classification Daniel Templon continue à proposer ce que l'art du temps possède de plus probant. L'immense corpus des "50 Years" fait le point sur un galeriste devenu complice des artistes qu'il soutient. Son travail de diffusion garde un caractère expérimental. Images, sculptures, objets matérialisent des surfaces et volumes "réfléchissants" le monde et l'époque. Et chaque année Daniel Templon ouvre le regard à de nouvelles approches. Citons par exemple le tournant des années 10. Il expose pour la première fois en Europe: Anju Dodiya dont le travail est un acte de rébellion et d'exorcisme. Elle frappe par la violence de ses thématiques et la subtilité de leur traitement et leur chorégraphie.

Casebere.jpgLa même année il expose à nouveau James Casebere, photographe des architectures minimalistes et des lieux étrangement vides et ambigus. S’appuyant sur un goût de l’architecture et des sources cinématographiques, l’artiste est revenu au mouvement « staged photography » qui fut une source de l’avant garde et dont il fit partie aux côtés de Jeff Wall et Gregory Crewdson. Citons encore le peintre américain Will Cotton qui joue à la fois sur l’assouvissement et la frustration du désir en réinterprétant les références à la peinture française du XVIIIème siècle (Fragonard et Boucher). Ses toiles sont comme des utopies et des songes où se revisite une forme de baroque avec une touche de classicisme en des paysages éthérés et des créatures féeriques parées de diadèmes de biscuit. Sous l’aspect de friandises bien des effets-mères et des pertes de re-pères jouent à fond

Templon.jpgCes trois exemples montrent l’importance d’être constant au sein d’une quasi morale esthétique. Daniel Templon peut la revendiquer avec fierté. « 50 Years » sera une référence. S’y découvrent des œuvres majeures. Et qu’importe si le lecteur a peur de ne pas toujours saisir leurs tenants et leurs aboutissements. Les corpus critiques comme l’interview préface du galeriste précisent ce qui se tisse en des images où cachent nos desseins.Templon 3.jpg Preuve que l’art lorsqu’il est probant suit l'histoire des êtres et de leur connaissance. Suit comment la masse du monde prend forme chez les artistes conséquents. Ceux qui ne se limitent pas à savoir ce que deviennent les formes mais comment et pourquoi elles deviennent formes. Et comment,en se redistribuant sans cesse, elle transforme le regard.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerie Templon, « 50 Years », Editions Templon, 960 p., 37 E., 2016.

00:28 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

28/11/2016

Andreas Hochuli et Tristan Lavoyer : l’amour absolu ment ?

 

Hochuli.jpgAndreas Hochuli et Tristan Lavoyer, « Et Maman m’a dit », Circuit, Lausanne, 3 décembre 2016 au 28 janvier 2017.

Existe-t-il d'autres passages que le texte et ses images afin que l’éros glisse de l’individuel au collectif, du plaisir au politique ? La mélancolie du monde s’en trouve modifiée voire effacée. Le texte joue, sur ou contre les images (tout contre). L’éros fait merveille quoique puisse affirmer les mamans. Elles-mêmes y ont succombé afin que notre présence soit.

Hochuli 2.jpgHochuli et Lavoyer leur entament le pas tout en élargissant le propos, les messages. Un flot élémentaire emporte pour rétablir une unité. Qu'importe alors si le centre de l’amour ne coïncide pas toujours avec celui de la vie. Quand le coeur de l’être cherche asile il ne se réfugie plus en lui mais en son double. Il devient nu, purement matériel. Et dans le cas contraire la fiction et l’image comblent les vides du côté de l’insaisissable.

Hochuli 4.jpgLa sexualité est donc et à la fois faite d’ombres et de leur contraire. Son évanescence se désagrège parfois dans l'hypothèse du réel comme une promesse non tenue. Mais Hochuli et Lavoyer prouvent que tout jaillit d’une même « pierre » ou mère - philosophale ou non. Chaude, elle parvient à modérer le froid de la glaciation du monde sur l’île perdue du corps avant qu'il se change en poussière. Il devient alors « re-père ».

 

 

 

Hochuli 3.jpgLa critique du réel ne résiste pas (totalement du moins) au plaisir. Lui seul répond à sa violence comme à sa désexualisation programmée sous des apparences trompeuses. La seule certitude de l’art reste de changer le monde et que l’âme du corps social (du moins ce qui en reste) sombre dans la vie des corps. Il faut qu’ils retrouvent leur usage.. L’art désire le tu de l’amour absolu, organique pour faire abdiquer la violence organisée du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret