gruyeresuisse

10/10/2014

Caroline Mesquita : Chapeau !

 

mesquita.jpgCaroline Mesquita, « Casquettes », éditions de la Galerie 1m3, Lausanne

 

 

 

Résolument postmoderne Caroline Mesquita tourne le dos aux utopies à travers des œuvres conceptuelles propices à des narrations très particulières. S’y repensent le statut de l’image comme celui de l'œuvre d'art et son contexte de production. L’œuvre en ce sens contraste avec le minimalisme formel souvent rattaché au concept. A travers carcasses bruts de fer soudées, dessin ou photographies faussement ludiques l’artiste rend siens les mots de Sol Lewitt “l’idée est la machine qui fait l’art” mais ici  une sublimation dérisoire et critique. Oblitérant la subjectivité Caroline Mesquita se moque de voir son travail taxé d’impersonnel.

Mesquita 2.jpg Sous des caractéristiques formelles apparemment privées de sens humaniste le primat du concept n’est pas tout : le résultat reste prépondérant et drôle comme le prouve sa série de « casquettes ». Décontextualisées de leur statut de couvre-chef elles sont la preuve d’une créativité libre qui se moque de la propension "décoratives" de l’œuvre d’art. Il n'a plus rien d'étriqué, de normatif ou encore de purement féministe. Par des techniques et des médiums variés demeure avant tout la question des formes et des couleurs. Des moiteurs mates sont mises à nu entre des lames d'abîme tapi dans la cage d’une simple casquette, d’une sorte de cercueil, d’un barbecue grossier, des barres d’acier en  torsion ou du dessin rapide d’un radiateur. La disjonction de l’objet et de son rôle n'est là que pour une unité à venir, voire à réinventer loin des habitudes domestiques.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/10/2014

L’hyperréalisme selon Franz Gertsch

 

 

 

 Gertsch Portrait de l'ar..jpgFranz Gertsch, « Ouvres », Skopia – Ph. Jaccaud, Genève du 8 novembre - 20 décembre 2014.

 

Franz Gertsch est né en 1930 à Morigen (Suisse), il vit et travaille à Rüschegg-Heubach. Bien en avance sur les artistes de sa génération il fait de belles impasses sur les classiques de son époque, oublie le jazz et l’abstraction. Il est happé par la radicalité d’un réalisme violent et la rock culture. L’artiste cultive en ses toiles l’illusion revendiquée de ce qu’on nomme le photoréalisme. Mais de fait son travail pictural (parfois incompris ou trop relativisé) pousse plus loin les limites du réel que l'appareil photographique saisit.

 
Gertsch bon.jpgLa galerie Simmen présente en 1949 la première exposition personnelle de l’ancien élève l'école de peinture de Max Von Mühlenen (Berne).  Mais c’est vingt ans plus tard que le langage spécifique du créateur prend vraiment place. Et ce de manière intempestive : sa première peinture réaliste : « Huaa ...! » en 1969 (cavalier au galop) devient une double page du périodique « yéyé » « Salut les copains »...  L’année suivante - mode aidant par réaction à l’abstraction -  ses scènes de famille, de groupes, ses portraits in situ du milieu de l’art font reconnaître l’artiste qui participe   à la Documenta 5 de Kassel. Cette première période est magnifiée par  son  « Patty Smith ».

 

Gertsch bon 2.jpgPour la Biennale de Venise de 1978 Gertsch a exposé dans le cadre de « Dalla natura all'arte. Dall'arte alla natura ».  Cette période marque une évolution. L’artiste se focalise sur le portait (dont le fameux « Johanna II ») puis il se dirige vers la gravure sur bois par piquage avant de retourner à la peinture qui, sortant de la figuration, glisse vers une forme d’abstraction extrême-orientaliste en une réflexion sur la couleur, les éléments  premiers et le végétal. Puis il revient aux portraits de très grands formats. Ils sont devenus des icônes de l’art et se retrouvent dans les grands musées du monde.

 

En Suisse le musée qui porte son nom a été façonné à la mesure de son œuvre. Et au Quartier des Bains de Genève la galerie Skopia - Ph. Jaccaud propose les œuvres récentes de l’artiste. Il renoue avec certains invariants (revisités) de son œuvre. Son univers est rempli de lumières, de couleurs mais aussi peut jouer de la monochromie et du sombre. L’artiste prouve qu’en dépit de l’âge il sait évoluer et ne vit jamais sur des « avantages » acquis. Par effet de réel ou de sa recomposition celui-là prend toujours  un aspect mystique. L’instance de la peinture crée  un écart afin d’ouvrir la réalité sous-jacente pour la faire respirer et la soustraire à la simple apparence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/10/2014

“Helvet Underground” : coucou roux coucou

 

CLEDAT.jpg

 

Yves Clédat et Coco Petitpierre - entre sculpture et performance -pratiquent un burlesque dégingandé à travers une déclinaison d’histoires de couples. Néanmoins aucune approche psychologique ne préside à de dérisoires ballets. Une de leurs œuvres les plus connues est celle de deux santons suisses hétérosexuels qui semblent sortis d’un coucou.  Privé de visage mais habillé de costumes typiques ils entament une valse à quatre temps avant de s’affaler sur le sol. Il n’existe là aucun ostracisme envers la Suisse mais plutôt via deux figures de son folklore le moyen de scénariser sous la forme de la parodie le mécanisme amoureux de corps devenus automates.

 

CLEDAT 2.jpgLa mise en branle des deux marionnettes est fonction des costumes des personnages qui s’animent au son de la valse. Son rythme s’accélérant la force centripète  fait culbuter des personnages. La chute renforce le caractère aussi drôle qu’insignifiant des personnages et souligne l’idée que les êtres sont dénués de vie intérieure, de « mer interne ». Qu’on se rassure toutefois : les deux figurines suisses ne sont que les épigones de bien d’autres pantins : bêtes humaines poilues, bonshommes de neige, etc.. Dans une narration réduite à minima l’interaction des corps se résume ici à une allégorie de l’amour. Réduite à sa plus simple expression elle déplace le sentiment à une simple mécanique géométrique. Les deux fantômes demeurent étrangers à qui ils sont sinon à leurs tibias. Ils leur permettent un temps d’effectuer leur chorégraphie (existentielle ?) avant le renversement final.

 

Jean- Paul Gavard-Perret.