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14/03/2019

Pierre Gattoni : Avanti !

gattoni bon.jpgPierre Gattoni, "o p u s # 4 4 - 44 ans de peinture abstraite", Espace Nicolas Schilling et Galerie Faubourg de l'Hôpital, Neuchâtel, du 19 janvier au 10 mars 2019.

 

 

La peinture de Pierrre Gattoni navigue entre le radicalisme et le brutalisme sans pour autant cultiver la violence ou le provocation. L'artiste se "contente" d'extraire de l'art tout ce qui demeure en lui de supplétif.

 

Gattoni 3.png

Refusant la donnée d'inspiration  romantique ou farcesque , niant tout effet de style symboliste ou fait de contrastes, Gattoni crée un art des plus incisifs. Il cherche une corporalité de la matière et des formes mises en tensions ou en découpages pour créer un jaillissement lumineux.

 

 

Gattoni 2.pngPeu à peu dans l'oeuvre le jeu se complique mais les fondamentaux demeurent. Rien n'a lieu que des mises en rapports autant inédits qu'improbables parfois de manière subtilement insensibles. La technique possède chez lui des contraintes d'efficacité en créant des recherches de couleurs qui donnent à la peinture jeunesse, vigueur, intempérance (mesurée)  et une sorte de faux nihilisme comme suprême ironie.

Jean-Paul Gavard-Perret

20:14 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2019

La religion de l'apparence : Giancarlo Botti

Botti.jpgGiancarlo Botti (1931 - 2008) a su photographier celles et ceux qu'on nomme désormais « people ». Il a saisi la vie privée (ou presque) des stars des années 60-70 : Romy Schneider, Bardot, Jeanne Moreau, Gainsbourg et bien d'autres. Maître des narrations photographiques léchées il remplaça le réel par un songe.

Chaque acteur et actrice deviennent des matières des rêves du regardeur. Chaque photo est un ex-votos capable d’édulcorer la crasse du réel.

 

 

Botti 2.jpgTrop vraie pour être prise comme argent comptant une féerie fait racine en des scénographies plus ou moins paradisiaques.

L'artiste cherchait moins une vérité qu'une manière de répondre, par l'apparence, à l'attente du voyeur qui se pollinise à de telles visions. Entre autres lorsque les Eve du star-système se dépouillent de leur "feuille". Elles deviennent des médaillons en fleurs ou des cierges d'un genre érotique qui nous sortaient pour un moment de la médiocrité du réel. Y prendre plaisir ne mangeait pas de pain. Ou si peu. Et apaisait des peines.

Jean-Paul Gavard-Perret

Chronique d'un silence : Jean-Claude Bélégou

Bélégou.jpgLe photographe Jean-Claude Bélégou oppose à juste titre les eaux dormantes et courantes. Au flux des secondes et "leur large respiration de lumière qui traverse et irradie le paysage tout alentour" s'opposent les premières, tapies "dans des dépressions, souvent clos d'arbres et buissons, envahis d'herbes, feuilles mortes, joncs". C'est pourtant un lieu de gestation et d'existence sourde car si elles appellent "les noyades silencieuses que l'on raconte aux soirs d'hivers" en jaillit une lumière là où la passivité apparente fait le jeu du songe et de la paix. Elle commence à couler dans les pensées.

Bélégou 3.jpgCertes de telles mares obscures sont sources de mélancolie mais elles confèrent une sagesse propre à un espace fait pour les moments où la solitude et le silence confèrent une paix. Le miroir stagnant devient une fenêtre sombre de l'âme en souvenir du passé.

 

Apparemment rien ne change, tout s'enfonce. Sur les rives indécises le temps s'arrête. Les arbres et buissons confèrent des couleurs profondes à l'espace "du dedans". Les rêves n'ont pas besoin d'autres lieux. Au "fleuve d'oubli" de Baudelaire répond l'écran placide de la présence. Bélégou en soliste s'y fait virtuose des cloîtres de la nature. Ils répondent aux champs des questions,  trouvent des réponses. Elles ne font pas de vagues mais sont à la limite immédiate du mystère dont le fond reste inconnu. Il ne faut pas y jeter des pierres : elles rideraient son évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Claude Bélégou, "Le silence des eaux dormantes". Voir le site du photographe