gruyeresuisse

14/06/2016

Apostilles pour le monde : Christopher Morris


Christopher Morris 2.jpgLes photos de Christopher Morris sont comme des notes en marge du monde. Nous pouvons d’après celles-ci déduire ce qu’il en est de son non sens, de sa beauté ou de sa cruauté. Ce qui est sûr : il ne reste jamais de doute sur sa cruauté dès qu’on sort du champ de l’art pour celui du réel.

Christopher Morris 3.jpgL’œuvre devient l’image double où se raconte l’histoire du temps. Les différents portraits (soldats, présidents américains, artistes) proposent un inventaire hétéroclite du réel et de ses « boutiques » obscures. Et si parfois Christopher Morris tourne le dos à la désinvolture (là où des déesses règnent) soudain des assauts visuels soulèvent la violence sourde ou évidente. Passant d’un « Eyes Wide Shut » à « Orange Mécanique » la réalité surgit dans sa diversité.

Jean-Paul Gavard-Perret

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11/06/2016

L’arbre de vie et ses fruits verts



arbre.pngJochen Raiss, « Frauen auf Bäumen / Women in Trees », Haje Cantz, Berlin, 2016, 112 p., 15 E., 20 CHF.

 

« Je ne sais qui ne pourrait pas être heureux à la vue d’un arbre » affirme l’Idiot de Dostoïevski. C’est dire le sentiment qui peut s’emparer du lecteur/promeneur lorsque, sur les arbres, poussent des fruits à cueillir verts plus que mûrs…

arbre2.pngDans les années 50 ce genre de prise connu beaucoup de succès en Allemagne et en Suisse. Jochen Raiss s’en est aperçu lors de ses ballades dans les marchés aux puces. Il y découvrit dans des bacs un grand nombre de photographies en noir et blanc sur ce thème. Il y consacra sa quête pendant vint cinq ans.

On se gardera d’explications justificatives psychanalytiques d’un tel thème. Les femmes jouent du double et du séparé. Mais sans le savoir : d’autant qu’elles furent sans doute scénarisées par des hommes en une sorte de retour du refoulé où l’arbre devient un substitut métaphorique.

arbre3.pngIl suffira, comme ces belles inconnues, ces Jane de Tarzan voyeurs, de s’accrocher aux branches pour en savourer le charme discrètement et innocemment érotique. De telles poses étaient annonciatrices moins d’exploits athlétiques que de l’exploitation (d’abord forestière) du corps féminin.

La photographie populaire prouve que n'est profond que ce qu'on tait mais qui se montre loin de la corvée de l’argumentation. Surgit le renoncement à une forme de sagesse au profit d’un paradoxal dérèglement des sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Erhard Walther : les sensations avortées


Walther bon 2.jpgFranz Erhard Walther, Manifesta11, Zurich, Skopia, 11 juin – 18 septembre 2016.


Franz Erhard Walther prouve comment il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin l’image. A savoir selon des paradigmes complexes et ludiques. Le masque et un ensemble de parties non montées en sont parties prenantes. Le plasticien se plait à considérer l’art comme une expérience métaphysique avortée. Le créateur se doit d’être blasé afin de prouver que l'être et le non être sont les deux faces d’un même Janus.


Walther bon.jpgIl prouve aussi que l'ignorance est le fondement de tout : elle permet de rendre réel ce qui ne l'est pas. Le savoir est une gigantesque méprise qui sert de socle à tous mensonges : l’art doit en guérir. Seul il évite à la réflexion de ne pas se limiter à une flexion et à l’artiste de ne pas finir par ressembler à ceux qu'il méprise.

Jean-Paul Gavard-Perret

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