gruyeresuisse

25/03/2017

Clive Arrowsmith : caprices, clins d’oeil et volupté

Arrowsmith 1.jpgCArrowsmith.jpglive Arrowsmith invente entre cérémonial et jeu, gravité et innocence des images ironique et formellement parfaites là où pourtant tout se fabrique à la demande. L’artiste est devenu photographe de mode lorsqu’il était graphiste à la télévision. Il a travaillé très vite pour de grands magazines de mode (Vogue Harper’s Bazaar, Vanity Fair, Esquire). Il est célèbre aussi pour ses portraits de stars (de David Bowie à Def Leppard en passant par le prince Charles). Tel un Penn ou un Avedon mais avec plus de décontraction il ne refuse jamais les grosses campagnes publicitaires : elles lui permettent d’avoir à sa disposition des moyens importants et de développer l’aspect graphique et pictural de ses prises.

A l’ombre des jeunes mannequins en fleurs, l’univers est insidieusement et volontairement transformé en présences énigmatiques et dans un érotisme larvé. L’artiste ne joue pourtant pas de la confusion propre à l’adolescence des modèles. Il s’intéresse à la lumière et l’ombre en des poses d’une théâtralité programmée. L’œuvre est souvent un chant de la féminité. Indifférent à la narrativité psychologique l’artiste défait la présence ou la met en floculation. La vie danse là où les corps rayonnent. Jaillit un rapport dynamique entre les modèles et le photographe : celui là devient le moteur de l'œuvre comme de l’existence du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Clive Arrowsmith, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride, USA.

08:59 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2017

Ego énergumène : Ben

Ben.jpgA 81 printemps Ben regrette les vernissages d’antan où il y avait du vin à boire, où les toilettes étaient fléchées et les œuvres d’art ne se confondaient pas avec les portes d’entrée. Ce qui ne veut pas dire que, dans ce qui est proposé aujourd’hui au sein des les expositions et salades niçoises, le laid tue.

 

Ben 2.pngBen reste le théoricien de l’invraisemblable, l’amoureux d’Emmaüs où s’achète pour 2 euros ce qui ailleurs coûte 20 fois plus. Grâce à ses petits livres ''tous ego'' l’artiste gratte ses prurits saisonniers et entretient ses insomnies. Il touille à sa main ses mayonnaises culturelles, l’amour d’Annie sa femme et l’envie de la tuer lorsqu’elle se plaint au lieu d’écouter geindre son vieux mari.

Ben 3.pngIl cultive aussi certains fantasmes qui électrisent son réseau des synapses afin de vérifier si son régime à base de noix permet certains exploits du corps. En cas de panne il dessine des femmes nues avec un épiscope afin de ne pas faire d’erreur sur leurs mesures. Il rêve d’écrire tel un Bukowski moins dépressif et cultive le vrai et le faux en perdant le lien qui les sépare. Il affirme que l’art ne sert à rien tout en le cultivant de manière addictive sans pour autant obéir à sa mère. Elle voulait le voir peindre comme Vlaminck. Pas question pour autant de le mettre au coin - avec un bonnet d’Annie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Tous égos », voir le site de l’artiste.

23/03/2017

Les unes et les autres : Cendres Lavy

 

Lavy BON.pngPour Cendres Lavy il n'existe guère ou plus de réalité en acte que de réalité en l’être. Face à cet état des « choses » l’artiste tord l'amorphie et l'inanité. Les êtres semblent habiter au sein d’un monde qui ne se rassemblera plus. L'énergie demeure mais selon d’autres fondamentaux. Dessins érotiques, images poétiques ou bestiales oblitèrent les frontières humaines, libèrent un inconscient où la gargouille comme le graffiti n’est jamais loin.

 

 

Lavy 2.jpgDerrière le fond littéraire ou esthétique des thèmes s’inscrit une littéralité brute de décoffrage non sans portée burlesque, fantastique et bien sûr érotique. Les catégories habituelles perdent leur sens et le genre lui-même se défait pour jeter un trouble singulier dans les représentations duales du monde. Cendres Lavy préfère la fracture et le fractal d’un univers incontrôlable et drôle mais non dénué d’aura lorsque l’artiste aborde les femmes.

Lavy 3.jpgL’œuvre vise autant à la sidération qu’à la considération des spectateurs confrontés à un univers interlope qui refuse les normalisations d’usage. Cendres Lavy fait dériver le visible pour l’emporter là où brillent en une altérité revendiquée, un soleil noir et une lune blanche, des femmes éthérées de bleu en leur solitude, portées au rouge lors cérémonies interlopes où le mâle n’est pas forcément à son avantage en ses errances.

Lavy.jpgIl serait trop simple d’en faire abstraction, de l’effacer ou d’estimer que Cendres Lavy serait victime d’un assèchement émotionnel. Elle préfère se moquer de situation là où la cohérence se défait en une décomposition d’un monde devenu « petit bout de rien » (Beckett). Certains êtres sont sereins, d’autres semblent ne plus de finir de finir : ils sont happés par l'absence à eux-mêmes. A sa manière Cendres Lavy est aussi impitoyable que drôle et poétique dans son renversement des rôles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cendre Lavy, « Coffret », Littérature_mineure editions, Rouen, 25 E., 2017.