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19/12/2014

Patrick Cornillet : la peinture et son secret

 

 

 Cornillet bon.jpgPatrick Cornillet, "Faire le mur, faire la lumière", Galerie Bertrand Gillig, novembre-décembre 2014

 

 

 

A la brutalité du monde Patrick Cornillet oppose celle  de ses peintures. Une nouvelle fois les ombres portées créent des architectures austères, vides, privées apparemment d’autres présences qu’elles. Néanmoins surgit une poésie particulière. Elle déporte le monde physique vers une sorte de métaphysique de l’espace le plus aride. Les tableaux sont peints sur des caissons de bois. Ils subvertissent la toile en lui accordant une valeur d’objet traité comme seuil. La peinture devient la détentrice d’un secret majeur que toute société tente d’étouffer.  C’est pourquoi elle n’a cesse de le pourchasser. Une telle imagerie dit bien comment situer des bâtiments : ils répondent à leur environnement. Lui-même n’a pas à les subir puisque par eux il est renouvelé et déplacé.

 

 

 

Cornillet 2.jpgUne telle théâtralité s’oppose paradoxalement à l’anéantissement, à l’incarcération par  supplément d’âme. Sous effet de boîte surgit une ouverture. La peinture devient un laboratoire d’idées. Son architecture crée l’inquiétante métaphore des profondeurs humaines surgies de l’obscurité. La ténèbre  revient en partage pour renouer avec cette part exilée de nous-mêmes et permet d'envisager l'impensable et l'innommable. L’œuvre dans ses formes exprime donc l'indicible. L’architecture y devient l'objet transitionnel par excellence : à la perversion cachée du monde répond celle - ouverte - du langage de Cornillet.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Suzanne Kasser entre présence et absence

 

kasser.jpgSuzanne Kasser interroge les conditions d’existence de la peinture, ses chances de survie mais aussi elle la porte à son point de rupture. La Lausannoise persiste dans l’incorrection d’exprimer un regard sans chercher à le mouler dans le canon des références. Ses créations sont des gestes poétiques. Ils « tracent » son entêtement à observer l’étrange. Divers types de noir permettent de contempler l’incendie des étoiles voire des pierres de feu dans la bouche de ceux qui dorment.

Un tel travail joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Il consiste aussi à rendre une absence présente. Le deuil est moins ce qui s’efface que ce qui s’inscrit. D’où ce jeu entre proximité et éloignement. La recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Emerge une lumière noire et tramée sur laquelle on ne peut mettre de nom. L’étrange magma ne crée pas du chaos mais un ordre. Et ce même si devant chaque toile ou dessin le regardeur repart à la dérive, chaque empreinte désigne l’être sans le nommer en des transpositions « graphiques ». Elles deviennent des surface qui se refusent à la platitude. A l’immobilité fait place le défilé d’impressions fugitives que nous ratons si nous passons trop vite. L’envoûtement est là : il porte à proximité de la disparition mais aussi dans l’imminence d’un retour.

Jean-Paul Gavard-Perret

07:23 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

18/12/2014

Tintin au Brésil : Pierre David ou le racisme ordinaire

 

DAVID.pngPierre David, “Commercialiser la couleur des gens”, musée de Chambéry, novembre 2014 - janvier 2015.

 

Au Brésil Pierre David a créé une approche anthropomorphique des plus ambigües. Partant d’un art conceptuel au prétexte « humaniste » (..) il a photographié les peaux d’un panel de Brésiliens afin de construire un nuancier de couleurs. Elles vont du plus clair au plus foncé. L’artiste ne s’arrête pas en si « bon » chemin. Chacune d’elle est commercialisée en des pots de peinture fabriqués dans une usine allemande. Sur chaque pot est collé le visage de l’autochtone correspondant. Et sur chaque lame de nuancier sont apposés le nom du photographié et le numéro qui lui est attribué. On croit rêver. Néanmoins avec une belle innocence et une arrogance d’imperator l’artiste traverse le monde tel un parfait négrier paré de sa prébende tout en se faisant passer pour un sauveur de la diversité. Il a sans doute du souffle mais bien peu de mémoire… L’innocent, lors de son travail préparatoire, dit avoir traité ses modèles métisses avec attention et condescendance. C’était sans doute le moins qu’il pouvait faire afin de se livrer au plus ambigu des stratagèmes. Pierre David met en acte un racisme sophistiqué qu’ignoraient peut-être les Européens. On sait que dans les pays dit « noirs », plus un homme est foncé plus il est considéré comme mal né et mis d’emblée au banc de l’échelle humaine. Le nuancier offre donc l’outil parfait à une ségrégation qui non seulement distingue le blanc du noir mais pénètre les arcanes d’un fichage et d’une sélection ethnique plus avancés. Le tout avec l’argent du contribuable français qui sous l’aval d’un gouvernement fier des droits de l’homme fait la part belle à ce stratagème. Porté à ce point l’art n’est pas seulement douteux : il devient équivoque.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

12:27 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (1)