gruyeresuisse

10/09/2014

Aurélia Aurita la voluptueuse Méduse

 

 

 

 

 

aurita.jpgAurélia « exposition », BD-FIL et galerie Humus, Septembre 2014, Lausanne

 

Réédition (augmentée) de « Fraise et Chocolat » (Les Impressions Nouvelles)

 

 

L’éducation sexuelle rend de la bonne B-D érotique lorsqu’Aurélia Aurita s’en empare. Avec le presque autobiographique « Fraise et Chocolat » (aka Chenda et Frédéric) et le quasi reportage de «  LAP ! Roman d’apprentissage » le genre calorifique devient drôle et inspiré. La B-D trouve là  du toupet à l’âme et un cœur bien trempé dans un lit de fer que les amoureux font battre pendant qu’il est chaud. Dans chaque vignette il y a des tentations en merveilleux sous-bois de dentelles. Les jambes y sont belles et les mâles bien bêtes. Mais l’artiste  d’origine nippone ne s’en plaint pas : elle sait faire l’ange pour qu’ils le soient plus encore. Puis elle prépare  un café, regarde des livres, note au grand cahier ses rêves. Tous sont insolents mais rose tendre. Douceur oblige lorsque le ciel est un buvard bleu.

 

 aurita 2.jpg

 

L’éros part du cœur pour aller de bon corps jusqu’à la joie. L’homme y est sans majuscule dans celle de son prénom qui le confit en fraise et le rend chocolat. Aurélia Aurita pour le scénariser se fait somnambule, violoniste et au besoin presque incestueuse car elle devient mère des vices autant que femme  au parfum de menthe religieuse. Pyrowomane ironique et fétichiste elle ne crée ses dessins que sous le feu de la passion. Reportage ou apprentissage qu’importe : la femme est belle jardinière. Parmi ses fleurs. Barbie et barbichon ne sont pas réunis pour un duo des nonnes. Maîtresse des pleins et des déliés la nyctalope voit dans les nuits intérieures de ses zèbres. Afin de s’en moquer elle se fait mouette rieuse plus que chouette. Brisant le joug des corps elle libère les âmes arts. Surgissent alors bien des instants de faiblesse. Avouons qu’ils font bien notre affaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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09/09/2014

Raphaël Julliard : tout est bon dans le jambon

 

 

Julliard BON 3.jpgRaphaël Julliard,« Chromozone » , exposition  produite par le CEC du 18 septembre au 29 novembre 2014 et  « RREPTILES » livre d’artiste, 88 pages. Édition du Centre d’édition contemporaine, Genève, 2014.

 

Le Genevois Raphaël Julliard aborde diverses pratiques : dessin, peinture, installation, vidéo, performance. Chacune est modulée dans un processus de création qui peut parfois aboutir à un travail critique voire conceptuelle en partant néanmoins du concret le plus simple et considéré comme anecdotique. La création plastique peut donc surgir d’un quasi « hasard ». Réussite ou échec : ces mots sont inopérants pour définir des œuvres où tout est concentré sur la rigueur pas forcément perceptible car enduite de légèreté quasi nonsensique. Par exemple, reprenant la généalogie  d’un  sandwich jambon-beurre, l’artiste est parti du grain de blé au produit final en passant par l’battage du cochon et le barattage du beurre (Mon Sandwich, vidéo). Proche d’un radicalisme punk et dadaïste il a cherché avec Martina-Sofie Wildberger et Jérémy Chevalier, un événement nul, un geste zéro dont le rien  produirait néanmoins un effet créatif imprévu (le Grand N’Importe Quoi, performance, février 2011).

Julliard BON.jpgAussi prolifique que précise, parfois autobiographique et souvent ironiquement  référencée la pratique de dessin et des mots (qui jouxtent certaines œuvres) mettent en avant le langage. Le calembour, le glissement phonétique ou de sens créent une mise en déséquilibre de ce que l’œuvre plastique semble faire tenir « debout ». Au Centre d’Edition Contemporaine de Genève l’artiste propose une exposition et  un livre d’artiste très particulier. Les deux retracent la rencontre du créateur avec un homologue américain : Richard Tuttle maître majeur du post-minimaliste actuel. L’exposition est une installation de grands dessins au crayon sur rouleau de papier et de mobiles en fil de fer style porte-manteau de pressing.

 

Julliard Bon 2.jpgGrâce à Tuttle Julliard une nouvelle fois pratique l’art de la référence. L’ « invité » reste pour le Genevois un maître dont le travail permet d’approfondir sa propre démarche. Il se module dans le livre d’une conversation avec l’Américain. Le dialogue devient une manière de socle aux futurs travaux de l’artiste. Par cette enquête filée auprès de Tuttle l’artiste renforce une esthétique de la précarité formelle et une pensée de l’éphémère visant à contrecarrer toute une idéologie plus ou moins métaphysique de l’art sans pour autant basculer dans l’inverse : un matérialisme que Julliard et son gourou provisoire décapent par le minimalisme et sa force d’épure et d’érosion.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

05/09/2014

Bex et ongles : Emergences en vibrations

 

 

Bex.jpg« Emergences », Bex&art, exposition jusqu’au 5 octobre, N. Enz et J. Schupbach, « Emergences », texte de Robert Irelad & Fabienne Radi, Art&fiction, Lausanne.

 

A travers l’expérimentation d’une quarantaine d’artistes suisses (des Chapuisat à Alexandre Joly, de Laurent Kropf à Claudia Comte), Émergences propose une approche plurivoque de la relation de l’homme avec le monde contemporain comme sur l’utopie d’une compréhension globale de l’univers et  le rapport de l’œuvre d’art avec ce dont elle procède (matières, lieux, contextes). Surgit une mythologie parfois farfelue, parfois sérieuse construire avec des imageries revisitées. S’éprouvent une circulation drôle, une germination spatiale dégingandée. Si bien que le regard du spectateur lui-même en est troublé. Le projet  prend par revers les idéologies maîtresses et passe par des théories philosophiques plus connexes (le rhizome deleuzien, les bulles et sphères chez Sloterdijk) qui envisagent (et dévisagent) le monde au-delà d’une linéarité. Celle-ci se dilue en divers réseaux que les artistes réunis illustrent par l’émergence de leur imaginaire : parfois drôle, parfois minimaliste, parfois microcosmique ou à l’inverse macrocosmique.

 

 

 

Bex 2.jpgChaque œuvre se décline selon des dentellles de formes aux miroitements perpétuels de reflets dont il ne demeure parfois que des traces indicibles au cœur de l'écoulement.  Sont présents des états premiers, des entailles, des serrures minuscules voire même des marges d’erreur. Du multiple tout veut se ramener à l’un selon des approches qui ne cessent d'élever des visions du bord de l'abîme. Elles deviennent le moyen de subvertir le réel par sa propre représentation. Dès lors, si le réel semble avoir  le dernier mot, l’art le dissocie de ses mises scènes. Refusant narrations et anecdotes les « acteurs » d’ « Emergences » se caractérisent par la production d’images aux puissances  mentales et émotives qui sont des espaces poétiques par excellence. Cette poésie plastique souvent fripouille ne cherche pas la séduction elle veut avant tout suggérer le champ magnétique aux polarisations en folie induit pas la  notion de globalité (même à travers l’infra-mince)  et selon une  sensualité aussi aérienne que tellurique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret