gruyeresuisse

23/09/2014

Véronique Desclouds : toute la beauté du monde

 

 

 

 

desclouds 2.jpgL’œuvre de Véronique Desclouds s’inscrit dans la parfaite opposition de ce qu’écrivait Madame de Sévigné : « Dans le Morvan, pas de bon vent, pas de bonnes gens ». La Genevoise pêche jusque dans les étangs les plus noirs et sombres la force profonde et la beauté du monde et des gens. Elle remue le portrait et le paysage avec intelligence, délicatesse et attention. Quelque chose sort toujours de l’ombre et rutile.

 

 

 

desclouds.jpgDe longues berges écartées de brune, des montagnes burinées par le murissement trouvent un mouvement inattendu, de vieux visages inventent une douce complicité en soulevant l’incandescence où passe la vie. Chaque photo est un trésor dont Véronique Desclouds nous fait complice. Le regard est submergé de présence poétique. Les chaînes de montagne descendent comme des bijoux, les visages deviennent intenses sans chercher à plaire pour autant. Tout glisse de l’évidence au secret. Le filet noir à fines mailles cueille la « proie » comme l’écumette à la surface des sucres. L’artiste offre par effet de paradoxale évidence l’inconnu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

Les sorbets de bois des Frères Chapuisat

 

 visuel.jpgLes Frères Chapuisat, Le culte de l'archipendule, La Maréchalerie, Versailles, du 20 septembre au 14 décembre 2014.

 

 

Les frères Chapuisat continuent à faire un tabac avec leurs interventions intempestives. A Versailles ils s'inspirent de la charpente de la Maréchalerie pour la rehausser et la farcir d'une structure envahissante et massive : leur château de cartes en bois modifie le lieu d’histoire  selon le brutalisme hérité de Le Corbusier.  La Maréchalerie – victime des circonstances helvétiques - devient la boîte des petits Suisse. Celle-là est ainsi au dessous du volcan des frères iconoclastes mais tout autant en éruption. Sentimentaux et férus de belles pierres s’abstenir. Tout fuit de partout, se dilate pour que les yeux s’écarquillent. Dans une bonne odeur de chêne les formes se déchainent soumises aux forces farcesques (mais pas seulement) des créateurs. Les surfaces ne sont plus prisonnières de leurs lignes, les pierres d’achoppements deviennent d’échappement et permettent des surgissements subversifs et impressifs. Il y a là bien plus que du postiche et de pastiche : un halètement de l’architecture devient soudain plus charnelle qu’un baiser.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/09/2014

Les "trans" de Sophie Bouvier Auslander

 

 

 

 auslander 2.jpgSophie Bouvier Auslander, «Hotel Ausland », Musée d’art de Pully jusqu’au 23 novembre 2014, et publication,  « Hotel Ausland », (co-édition Infolio / L'APAGE).

 

 

 

Sophie Bouvier Auslander réunit ses travaux sous les mots génériques « Hotel Ausland ». Issu de son nom (Ausland) l’artiste prouve qu’habiter l’espace n’est pas un enfermement : à chaque instant la maison de l’être peut se métamorphoser dans divers espaces géographiques ou imaginaires. Le monde, les choses et l’art bien sûr peut être soumis à des séries de modifications comme le prouve les œuvres de l’artiste et ses techniques. Du littéral trituré gicle une pensée poétique à travers la cohérence défaite. Cela revient à traquer des raisons mystérieuses que la créatrice tente de dégager en remarquant que là où se produit de l'inconnu il suffit d’un peu d’attention et de réflexion pour envisager le perçu suivant de nouvelles occurrences.

 

 

 

auslander 3.jpgAfin d’y parvenir la plasticienne utilise comme matériaux de départs des cartes, des drapeaux, des peintures, des textes. Elle s’en empare pour les déconstruire puis les recomposer par  « la permutation et la combinatoire, la suppression, l’obfuscation et la révélation ». Elle coupe, torche, recouvre : demeurent des restes de divers types d’informations. Leurs manipulations et leurs conversions permettent la co-naissance d’œuvres inédites. Elles deviennent intempestives mais cohérentes. Un inframonde prend la place de celui qui jusque là avait une position centrale. Torchis, filaments, volutes permettent « trans » et transes. A savoir des changements de nature où l’inconscient trouve un moyen de passer. La création commence donc par une « décréation » sous l’effet de fouilles. Suivent de résurgences chuchotées. Elles instaurent par rapport à la réalité des suites de courants alternatifs afin de porter de telles expériences vers une nouvelle écriture  monde.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:54 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)