gruyeresuisse

23/09/2014

Les sorbets de bois des Frères Chapuisat

 

 visuel.jpgLes Frères Chapuisat, Le culte de l'archipendule, La Maréchalerie, Versailles, du 20 septembre au 14 décembre 2014.

 

 

Les frères Chapuisat continuent à faire un tabac avec leurs interventions intempestives. A Versailles ils s'inspirent de la charpente de la Maréchalerie pour la rehausser et la farcir d'une structure envahissante et massive : leur château de cartes en bois modifie le lieu d’histoire  selon le brutalisme hérité de Le Corbusier.  La Maréchalerie – victime des circonstances helvétiques - devient la boîte des petits Suisse. Celle-là est ainsi au dessous du volcan des frères iconoclastes mais tout autant en éruption. Sentimentaux et férus de belles pierres s’abstenir. Tout fuit de partout, se dilate pour que les yeux s’écarquillent. Dans une bonne odeur de chêne les formes se déchainent soumises aux forces farcesques (mais pas seulement) des créateurs. Les surfaces ne sont plus prisonnières de leurs lignes, les pierres d’achoppements deviennent d’échappement et permettent des surgissements subversifs et impressifs. Il y a là bien plus que du postiche et de pastiche : un halètement de l’architecture devient soudain plus charnelle qu’un baiser.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/09/2014

Les "trans" de Sophie Bouvier Auslander

 

 

 

 auslander 2.jpgSophie Bouvier Auslander, «Hotel Ausland », Musée d’art de Pully jusqu’au 23 novembre 2014, et publication,  « Hotel Ausland », (co-édition Infolio / L'APAGE).

 

 

 

Sophie Bouvier Auslander réunit ses travaux sous les mots génériques « Hotel Ausland ». Issu de son nom (Ausland) l’artiste prouve qu’habiter l’espace n’est pas un enfermement : à chaque instant la maison de l’être peut se métamorphoser dans divers espaces géographiques ou imaginaires. Le monde, les choses et l’art bien sûr peut être soumis à des séries de modifications comme le prouve les œuvres de l’artiste et ses techniques. Du littéral trituré gicle une pensée poétique à travers la cohérence défaite. Cela revient à traquer des raisons mystérieuses que la créatrice tente de dégager en remarquant que là où se produit de l'inconnu il suffit d’un peu d’attention et de réflexion pour envisager le perçu suivant de nouvelles occurrences.

 

 

 

auslander 3.jpgAfin d’y parvenir la plasticienne utilise comme matériaux de départs des cartes, des drapeaux, des peintures, des textes. Elle s’en empare pour les déconstruire puis les recomposer par  « la permutation et la combinatoire, la suppression, l’obfuscation et la révélation ». Elle coupe, torche, recouvre : demeurent des restes de divers types d’informations. Leurs manipulations et leurs conversions permettent la co-naissance d’œuvres inédites. Elles deviennent intempestives mais cohérentes. Un inframonde prend la place de celui qui jusque là avait une position centrale. Torchis, filaments, volutes permettent « trans » et transes. A savoir des changements de nature où l’inconscient trouve un moyen de passer. La création commence donc par une « décréation » sous l’effet de fouilles. Suivent de résurgences chuchotées. Elles instaurent par rapport à la réalité des suites de courants alternatifs afin de porter de telles expériences vers une nouvelle écriture  monde.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:54 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/09/2014

Pornostalgie

 

 

pornographie 2.jpg« De la pornographie » - coffret, Livres d'images : Hans Bellmer, Unica Zürn, Pierre Molinier.  Livres de textes : Pierre Loüys, Paul Verlaine, Georges Bataille, André Hardellet,  Editions Derrière la salle de bains.

 

 

 

Pas sûr que tout soit bon dans le cochon. Il faut plutôt se fier à ses charcutières et ses charcutiers. En particulier lorsqu’ils se nomment Hans Bellmer, Unica Zürn, André Hardellet, etc.. De tels créateurs illustrent combien la boîte noire de la pornographie est plus sure que l’avion de la spiritualité. Ils prouvent aussi combien le genre est plus varié que  répétitif. Celui-ci s’oppose aux feux rouges : une fois qu’on en a vu un, les ayant tous vu, on ne s’y arrête plus. Par ailleurs les roués du souffre et du souffle de la chair servent de sauvegardes aux hommes comparables aux mauvais fermiers de Groucho Marx : « ils doivent acheter des œufs à leurs poules afin qu’elles puissent s’asseoir dessus afin qu’elles reçoivent sans honte leurs invités ».

 

 pornographie.jpg

 

Tel qu’il est décliné dans ce coffret le genre court sans doute le double risque d’être compris à moitié. Toutefois il entérine un fait majeur : l’enfer est le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. En conséquence non seulement le genre rend possible le sexe après le mariage mais des Molinier et Bellmer rappellent que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Les inventeurs lucides et libres s’en sont emparés pour tordre le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les iconoclastes pornographiques restent donc les parfaits contrefeux aux portefaix avides de gloire : ils aiment tellement briller qu’ils mangeraient du cirage. A l’inverse s’emparer d’un tel genre entraîne au renoncement d’être pris au sérieux. Tous les ambitieux qui ont tâté du  genre ont emprunté des pseudonymes afin de ne pas craindre pour leurs décorations.

 

 

 

Résumons : un tel coffret prouve que la pornographie est somptueuse. Plus forte que la plus belle fille du monde elle montre tous ses appâts. Même ceux qu’elle ne possède pas. Traitons donc ce coffret à l’inverse des boîtes de pâtes de fruits qui se repassent de mains en mains sans être ouvertes. Le rater reviendrait à renoncer au plaisir de l’art, de la littérature et de la vie. Y entrer c’est faire comme Judas : rencontrer d’irréprochables ami(e)s.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret