gruyeresuisse

05/06/2016

Le portrait et son « image » : Anja Niemi

 

Niemi bon.pngAnja Niemi possède un double mérite : celui de ne pas s'appuyer avec confiance sur les formes en leur complexité et d'aller avec rigueur en un lieu "nu" afin de dévêtir notre regard et son inconscient programmé. Jouant d’une sorte de dédoublement de la personnalité interprété par un même modèle incarnant deux femmes prises ou éprises de fascination et de répulsion l’une pour l’autre, la photographe réinterprète l’histoire d’une esthéticienne de luxe de la fin des années 50. Niemi 3.pngL’artiste a situé son interprétation dans le désert californien de Mojave. La densité aérienne de ses surfaces ouvre des profondeurs où rien n’est traité par le tragique mais la légèreté.

 

 

Niemi 2.pngDouleur et joie, viennent y "jouer" (entendons ce verbe ici dans le sens qu'une porte joue) selon les mises en scènes des deux silhouettes gémellaires en diverses situations ludiques ou non.

 

 

Niemi.pngIl faut simplement suivre le cheminement, le balisement d'étapes des traces de ce road-movie qui patine et fait du surplace. Il trame un agencement ou plutôt un rituel - sans quoi l'art n'est rien - qui n'est plus simulacre mais une révélation. Néanmoins tout reste sous forme d’énigme. C’est aussi beau, drôle que délicieux.

Jean-Paul Gavard-Perret.


Anja Niemi : "Darlene & Me", « Photo London », Little Black Gallery, 19-22 mai, Londres.

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03/06/2016

Féeries glacées de Lou Sarda


Lou Sarda 3.jpgMontée autour de l’héroïne shakespearienne, avec une sélection d’œuvres en grands et petits formats, l’exposition propose de glisser dans l’intimité de cette femme mythique sublime et tragique, depuis les portes de son palais jusqu’à sa dérive dans la rivière qui termine son existence et où le regard du voyeur lui-même se noie.


Lou Sarda 2.jpgChaque prise n’indique pas vraiment le lieu du corps : l’artiste l’expose en énigmes en pratiquant de manière obviée le dogme chrétien de la Révélation. La figuration est autant sous la surface que dessus. La visibilité est à l’état liquide au moment où l’image par immersion se tord et prend un caractère féerique et tendrement érotique.

 

Lou Sarda 4.jpgLe charme s’arme de nouveaux arcs. Grain, cadrage serré et décalé, couleurs éteintes offrent un regard différent sur la femme et l’amour. L’artiste invente des scénographies subtiles et s’amuse avec le fétichisme qu’elle met en scène selon un principe esthétique simple : l’appareil photographique aime son modèle, ce dernier doit non seulement la séduire mais – métaphoriquement - lui faire l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lou Sarda « Ophelia », galerie l’œil Ouvert, 9-26 juin, 2016.

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01/06/2016

Olivier Christinat : la perte des repères

 

Christinat1.jpgMultipliant sans forcément de noblesse la position des corps voire leur superposition Olivier Christinat casse un certain érotisme par divers phénomènes d’hybridation selon son propre terrain de jeu moins ludique qu’il n’y paraît. Il s’agit de faire jubiler le regard plus que les fantasmes. Le procédé devient un nouvel outil d’interprétation par effet de contraste autant que de mariage. L’idée est de découvrir une image « simple » sous un angle inhabituel qui puisse provoquer des résonances inattendues.

Christinat bon 2.pngExiste une littéralité d’actions performatives. Elles agissent de manière à échapper à la pure raison voire à la morale. Les princesses de l’artiste en leur peau immaculée, les hommes emboîtés agitent une réflexion. Ce n’est plus de la chair de feu dont il est question mais de sortes d’apartés intrusifs et subversifs.

Christinat Bon.pngIl s’agit d’échapper à la canicule d’éros par l’exhibition décalée et saisissante. Au punching-ball improvisé par le réel sont substituées des figures fonctionnant comme au sein d’une comédie loufoque même si le rire n’est pas revendiqué a priori. Surgissent des équations aussi pertinentes qu’absurdes. Elles viennent bousculer le chapelet des poncifs réalistes de la photographie selon un aparté anthropologique et scénographique.


Jean-Paul Gavard-Perret