gruyeresuisse

01/12/2014

Les métamorphoses d’Elisabeth Eberlé ou les maisons des limbes

 

 

 

 Eberlé 2.jpgD’un trou de taupe l’artiste zurichoise sort une comète aux spasmes blancs dans la crinière brune. Selon diverses techniques d’impressions et de translations aux obsessions nocturnes la plasticienne ramène aux secrètes lumières insolites. Des empreintes sur des vergers des brumes créent des corridors de clarté de formes aux identités abyssales à deux dimensions : l’une intime, l’autre océanique. Une transparence passe au suraigu et un fantôme noir au manteau de braise rend l’ombre moins profonde.

 

 

 

Eberlé.jpgRestent des maisons des limbes, des espaces chancelants (inapprochables ?), des lueurs d’ornières où ressurgit un réel sauvage mais dont le végétal trouve une nouvelle dimension. Stries et pelotes sortent du goudron sombre pour atteindre  l’aube des contrées de l’informe. Fleurs brèves d’un jardin noir, empreintes écloses au bord glacé de l’ombre. Tout y est.  S’agit-il d’un miroir d’angoisse ? Non. Il s’agit plutôt d’une sorte de nostalgie de l’irréel en chute libre au fil du temps. Tout passe au noir du noyau des horloges. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes ou châteaux. Reste la lumière obscurément promise en des retours noirs ruminés par le blanc.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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30/11/2014

Joël Tettamanti le paysage et son double

 

 

Tettamanti Livre.jpgJoël Tettamanti, “Works 2001-2019”, Benteli, Bâle, 2014.

 

 

 

Joël Tettamanti vit et travaille à Lausanne. Il est né en 1977 à Efok, au Cameroun. En 2001, il obtient son diplôme en Graphic Design and Photography de l’ECAL  et depuis il ne cesse de traverser le monde en vue de le saisir dans sa complexité urbaine ou naturelle et pour ses travaux de créations ou de commandes. Il n’existe de différence de nature entre ces deux pans. Se situant dans l’intervalle entre ce qu’il regarde et ce qu’il  saisit, entre ce qui le regarde et ce qu’il en saisit ses photographies font donc comprendre d’abord ce qu’il en est de sa vue. Elles ramènent aussi à une idée centrale de Blanchot selon laquelle « ce qui est mesurable cesse d’être ce qu’il est pour être mesurable. Il perd ce qui lui reste, lorsqu’il est mesuré ». Tout le travail tient dans cette traque de l’intervalle, de la « dé-mesure » afin d’appréhender autrement  ce qui nous échappe,   ce qui se montre en ne se montrant pas ou trop. Un « ailleurs » du quotidien urbain comme de l’éternité des paysages « sauvages » est enfin visible, incarné par ce qui habituellement n’est que pur témoignage et qui devient ici une poésie.   

 

 

 

Tettamanti.jpgL’image n’est donc pas le véhicule de l’architecture mais le sujet d’un propos bien plus vaste qui a pour objet  l’être humain et son empreinte dans le temps. «C’est la base de mon travail, ce qui motive toujours la prise de vue » écrit celui  qui fait sauter le paysage  pour le désenclore. L’artiste témoigne autant de coupures que de  retrouvailles là où l’être a tout de même marqué sa présence au sein d’un constant balancement entre une présence et son gouffre.  Le socle architectural ou paysager devient une frange à partir duquel la photographie réinvente un langage hallucinatoire. Il ramène à une intimité originelle ou à un monde saturé de formes où l’être est perdu au sein de manifestations quasiment monstrueuses.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/11/2014

Mathias Forbach : aliquids visuels

 

 

 

Vevey Forbach.jpgMathias Forbach, « Suite », (Rats n° 8), Collectif RATS et éditions Tsar, Vevey, 28 pages.

 

 

 

Adepte du dessin et de l’interrogation sur le sens des images Mathias Forbach surprend par ses stratégies plastiques. A un peu plus de trente ans il apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les jeunes artistes capables à la fois d’une réflexion  sur l’image et d’un sens aigu de l’humour le plus insidieux. Ses célébrations plastiques iconoclastes donnent le jour à des accrochages dont les rictuss des rituels sont éclatés en poétiques qui ne cessent de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur ( c’est d’ailleurs souvent le cas autour du colectif « Rats »).  Mais plus que tout autre Mathias Forbach déclassifie les normes par le dynamisme de sa création et son fonctionnement ludique, hors jeux et règles.


 

 

Fiorbach.jpgOn peut appeler cela la métaphysique du réalisme ou le réalisme de l’illusion. Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. D’où une spéléologie du réel, de ses apparences « décimentées » et décimées dans l’espace. Le socle de la réalité disparaît à coup d’intuitions et de démentis. L’extravagance suit son cours dans une expérimentation qui se passe de justifications, de critère causal ou d’existence. L’œuvre devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité pour pervertir les habitudes de voir. Il y a là ce que les philosophes nomment un « aliquid » dynamique selon différents réseaux. Ils retournent les apparences et les nébuleuses classiques des pouvoir de la représentation. L’œuvre de Forbach est à suivre. Absolument.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


 

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