gruyeresuisse

30/12/2018

Quand la ville bouge - Gwyneth Baines

Gwyneth.jpgGwyneth Baines suggère combien il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin le paysage et le portrait. Le premier ne se contente plus d’être le territoire de l’illusion sur laquelle du leurre vient se poser. L'artiste "déplace" les rues en ses propres transversales et un bouillonement de lignes. Avec sa série "Factory" elle soulève la surface afin de l’ouvrir à une autre dimension plus complexe. Contre le simple effet de pans surgit  un espace hérétique dans laquelle la ville bouge.

 

Gwineth 3.jpgDessins, peintures ne sont plus là pour faire passer du fantasme à son reflet imité. Tout est en tension, mouvement et poésie. Là où le temps semble arrêté émerge moins une mélancolie  qu'une révision des "décors urbains" défaits et reconstruits. En de tels paysages existe une condition de principe : une absence de toute présence humaine car elle génèrerait pour elle même un autre sens aux oeuvres. Nu, le paysage parle de et pour lui-même. L'artiste en chasse ceux qui se prennent pour ses déesses ou ses dieux.

 

Gwineth 2.jpgCe qui n'empêche - ailleurs, à savoir dans les portraits - d'accorder une épaisseur présentielle au corps érotisé et voluptueux. Il éclabousse d'aube dans sa maturité. Entre d'une part itinéraires urbains scellés d'absence et d'autre part la corporéité fabuleuse se crée un face à face sans interférences. D'un côté la cité ignore l'herbe comme l'être, elle opte pour l'architecture, de l'autre la forme charnelle est convulsive. S'y révèle dans les deux cas une écriture plastique à l'indéniable originalité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gwyneth Baines, "Perspectives", Espace Vaugelas, Aix les Bains, du 7 janvier au 16 février 2019.

 

Jan Van Imschoot : c'est là que nous vivons.

Imsshot 3.jpg

 

Jan Van Imschoot dans ses fantasmagories picturales fait preuve d'intransigeance et d'autorité. Son geste se veut baroque et anarchiste. Mais l'érudition nourrit un imaginaire encore plus conséquent. Jaillit un monde stupéfiant, bizarre, insolite qui remplace l’occultation par l’occulte.

 

 

Imsshot 2.jpgFace à la médiocrité de notre monde l'artiste offre une forme de surréalisme (belge donc le seul) fait d’une liberté de circulation dans les cultures oubliées ou reconnaissables ((Tintoret, Goya, Tuymans par exemple). L’artiste reste un insurgé. Il ne brûle pas de faire carrière dans la peinture mais dynamite tout ce qui existe autour de lui, autour de nous.

 

 

Imsshot.jpgDivers types de fièvre ou d'attententes animent sa peinture violente par ses couleurs et les mouvements de personnages. Rien de ce qu’on voit habituellement n'est sous les yeux. Pourtant dans ce monde le regardeur mord en de telles images qui lui font face et le toisent. S’y développent des dérives qui ne se peignent nulle part ailleurs. L’inconnu laisse sa trace sur la banquise brûlante d’une utopie que l’œil n’arrête pas et que le geste crée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jan Van Imschoot, "Amore Dormiente", Templon, Nruxelles; du 10 janvier au 23 février 2018

 

29/12/2018

L'expressionnisme de Dietlind Horstmann-Köpper

Dietlind.jpgQue devient le portrait dans la peinture de Dietlind Horstmann-Köpper ? Un agglomérat de couleurs, des corps abandonnés dans la lenteur des âges et parfois en un mixage du temps humain (ou animal) : sur un corps d'enfant est monté un vieux visage. Chaque portrait devient une frontière où se brise l'apparence "réelle" là où s'entrouvre un mortier d'atomes qui renvoient à divers domaines : celui des bordels, celui de la nature dont l'artiste offre quelques paysages arborescents dans un clavier de couleurs. Il ne rythme pas forcément une clarté mais des lueurs plus éteintes.

Dietlind 2.jpgQuant aux corps, leurs jambes paraissent parfois courtes et épaisses, parfois et à l'inverse extensibles, des nus masculins transforment les faunes en boucs au milier d'une animalerie où les couleurs s'inversent : le bleu du ciel est en bas du tableau et le rouge tellurique en haut. Une femme dite de joie, le soutien-gorge dénoué, est drapée du seul tégument de sa peau - non pour déguiser ou travestir le réel mais le mettre encore plus à nu.

Dietlind 3.jpgC'est la fin des idoles ou de l'idolatrie : Dietlind Horstmann-Köpper ne divinise rien sans pour autant caresser le désir d'humilier ses modèles. Elle ne fait que sortir le regardeur des postiches par une "vérité" d'incorporation. Elle le saisit par surprise. L'artiste crée un écart par son langage plastique aux éclats fascinateurs. Le génie n'est plus la norme mais sa profanation afin de donner aux êtres anonymes une noblesse paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dietlind Horstmann-Köpper, "La vie selon Dietlind Horstmann-Köpper", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, du 17 janvier au 23 février 2019.