gruyeresuisse

05/10/2014

Les choses – Martin Jakob

 

 

MartinJakobMilk.jpegMartin Jakob, « Adyta »,  Milkshake Agency, Genève, 7 octobre - 18 novembre 2014.

 

 

 

Martin Jakob trouve son inspiration et sa matière première dans le quotidien le plus proche : son atelier, sa chambre, ses meubles. Le Neuchâtelois réinvente par un travail manuel l’espace basique pour le « réimager ». Reconstruisant après avoir déconstruit les lieux, ils acquièrent une dimension drôle, intrigante, poétique. Dans un travail de récupération ou de déplacement les normes comme les habitudes sont revisitées. Les installations brouillent nos grilles de lecture, créent des torsions programmatiques, obligent à plonger en eaux troubles. Le réel est comme démenti. L’artiste le dégage de son étau physique sans toutefois le porter vers le vice de l’idéalité. La langue plastique se fait aussi sourde que légère. Elle métamorphose son modèle. Tout un récit poétique avance pour séparer l'être du réel au profit d'extases nues. Cela ne revient pas pour autant à ranimer les fantasmes mais à se dégager de l’enchevêtrement obligé pour un autre beaucoup plus ludique. Les objets ne sont plus de simples ustensiles propres à gainer le mode, ils redeviennent des signes qui échappent à la seule fonction de communication et de référence. Ils atteignent un rôle supérieur en ouvrant l’imaginaire par tout ce que la poétique de Martin Jakob remet en jeu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/10/2014

Raquel Dias : portrait de l’artiste en diablesse

 

 

 

Diaz.jpgRaquel Dias, « Intercontinental lover », « En suspens, horizontal », Galerie Circuit, Lausanne, 2014.

 

 

 

Raquel Dias - depuis son diplôme de l’ECAL il y a 20 ans - poursuit un travail de parfaite iconoclaste dans ses performances, interventions, photographies et assemblages (verre et ragondin par exemple !). Dès 2005 avec ses «Bricoporn »  (découpages d’images pornographiques) le thème central se trouvait décalé. Au regardeur, s’il le souhaitait, de reconstruire les images initiales même si l’objectif da le créatrice était tout autre. Le corps se transforme en paysages « décontextualisés » ou en natures mortes. L’artiste ne cesse de renverser les images où le voyeur est désorienté. Surgit  un travail sur la relation à l’autre et au monde selon divers types de modifications et de transfigurations. L’œil du regardeur bute sur ce que proposent les images comme si le point de vue n'était plus situable. Tout  est pourtant scrupuleusement mis en scène, composé au plein sens du mot, du choix de la couleur, aux formes, aux angles de saisie comme aux matières.

 

Diaz 2.jpgL’œuvre semble souvent fluide et légère. Mais c’est une manière de tromper ou plutôt de décevoir le voyeur et de rappeler loin de toute visée humaniste que l’être n’est en soi en rien vénérable. Il reste un monstre hybride de corps et d’esprit ; de chair, de pulsion et de raison ; toujours entre deux sièges, toujours finalement au service du pire. Entre autres de la jouissance des instincts. Si bien que de fait la meilleure expression pour qualifier ici l’image est celle de diablesse. Mais une diablesse « clean», belle, drôle parfois et donc des plus perfides. Néanmoins il existe un réel plaisir dans la saisie du réel dans ses frontières. Emane aussi de l’œuvre une manière subtile  de rappeler que nous sommes incapables d’absolu ; nous sommes toujours rattrapé par la bête : ragondin ou autres. C’est pourquoi plutôt que d’inventer des anges Raquel Diaz caresse une douce « obscénité ». Elle permet de rejeter  la superficialité, d’oser l’intimité sans ostentation mais sans fausse pudeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:15 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

02/10/2014

En attendant Godinat

 

 gobinat 2.jpgAloïs Godinat, Galerie Francesca Pia, Zurich

 

 

 

La Lausannoise Aloïs Godinat crée des œuvres aussi ludiques que radicales proche d’une forme particulière de conceptualisme. L’élégance y est au service d’une subversion rafraîchissante dans une esthétique post-minimalisme  et post-« appropriationniste ». L’artiste invente une poétique de l’écart, du déplacement. Interrogeant l’image loin des substrats théoriques pesants elle transforme objets usuels ou obsolètes en vue d’usages improbables.  Mêlant la forme et le geste Aloïs Godinat fait reposer parfois ses propositions sur un angle musical. Dans ce travail l’objet (de l’affiche au grattoir ou au pot de fleurs) est re-contextualisé mais selon un écart. Il devient  en conséquence ce que l’artiste nomme une « abstraction implicite ».

 

 

 

Godinat.jpgDu bric-à-brac des pièces rapportées le geste de la Lausannoise multiplie les ouvertures de boîtes afin que la nuit en sorte et ne reste plus collée à leur utilitarisme. Reste à fouiller dans ces  boîtes de Pandore et de Pandora, ces boîtes à rire, à sourire, à ouvre boîte, à lettres d'amour, à lettres de rupture, à lettres de pâtes en alphabet, à cadrans, à promesse, à problèmes, à soleil, à tempête, à floraison de nerfs, à ronciers de l’amour, à tra-la-la, à combustion intime, à herbe à chats, à toutous pas snobs, à faire, à ne pas faire, à enfer, à idéal, à laine fraîche, à beaux lambeaux de brume, à cimes et à pilules à mères. C'est à ce moment là qu'Aloïs Godinat revient pour  demander au voyeur quelle mouche l'a piqué ? Elle sait - elle - que  dans ses boîtes à secrets celui-ci n'existe pas. Godot n'en sort donc  jamais. Mais c'est ce qui en fait tout leur charme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret