gruyeresuisse

25/05/2016

Les implosions de Vincent Kohler

 

Kohler.jpgFabienne Radi et Vincent Kohler, « Préau », collège du Censuy, Renens. Vincent Kohler, « Pavillon Tribschenhorn », Lucerne, 27-29 mars 2016.

 

En solo ou avec Fabienne Radi, Vincent Kohler ouvre un Imaginaire de conquête très particulier : il n'est pas contaminable par ses objets. L’œuvre crée une consistance sans consistance. Elle prend une forme parfois par ensevelissement ou simple trace. Dans le préau du collège du Censuy à Renens des mots peints au sol s’entrecroisent pour former un labyrinthe : les élèves déambulent à travers onomatopées, palindromes et mots à sonorités répétées. A Lucerne l’œuvre reste volontairement « en cours » et signifie par le vide qu’elle ouvre.

Kohler 2.jpgElèves d’un côté, visiteurs de l’autre trouvent là un détachement suprême de ce « semblant » d'œuvre qui répond au semblant de monde mais dans un contresens de l'acception ordinaire du "chaotique", dont l'ordre fluctue sans cesse et dont le désordre est jamais imaginable. Le langage n'est plus seulement une langue étrangère dans la langue mais tout le langage passe dans une œuvre qui reste une fugue en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2016

Naomie del Vecchio : exercices de nudité

 


Del Vecchio 4.jpgLes dessins de Naomie Del Vecchio se rapprochent du réel sans la moindre clémence pour la « bienséance ». Pour autant la Genevoise ne cultive pas l’outrance. Mais corps et paysages se soulèvent ou se creusent au seuil d’un surgissement ou d’un rappel à la jouissance. Il n’est pas jusqu’aux traits embryonnaires de questionner parfois le ciel ou le destin des arbres. S’y inscrit un certain passage des dieux dans la matière du monde. Le but n’est pas l’assouvissement mais la persévérance de la faim. L’art joue pudiquement le jeu du désir pour en disposer autrement.

Del Vecchio 3.jpgLa créatrice nous fait complice de sa psyché mais toujours avec un écart, une distance. L’ironie n’est jamais absente là où le dessin renvoie à la chair du réel comme préalable à sa transformation. Le temps est délimité par un face à face avec la page où l’artiste le couche. Preuve que le dessin - plus que tout autre échange - unit. Son horizontalité est l’épreuve de recommencements insaisissables. Son pouvoir n’est pas d’illusion mais d’étreinte. Les volumes font ce que les caresses font mal. Précipités ils dérobent mais bien mieux que les mains de l’homme.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/05/2016

Métamorphoses des poncifs paysagers –-Sarah Hildebrand


Hildebrand.pngSarah Hildebrand, « Murmures », photographies & nouvelles, 44 pages, Mai 2016, « L'éloge du vide », Mali Genest, Sarah Hildebrand & Silvia Niederhäusern, 29 mai -26 juin 2016, Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy

 

Hildebrand 2.pngSarah Hildebrand permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est du paysage et de son "creux". La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Par moments provocatrice (toujours subtilement et de manière aporique) l'artiste sacralise le paysage tout en lui conférant un caractère quasiment nul et non avenu. Et ce en un désir de l’approcher au plus près avec humour implicite. Sarah Hildebrand aime en effet faire œuvre de discrétion et d’impertinence.


Jouant sur des formes complexes, elle propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre : il s'agit d'une appropriation où divers thématiques se croisent et où le plein fait le jeu du vide en se renversant l’un dans l’autre.


Hildebrand 3.pngLes marques du débordement, du franchissement du "cadre" (parfois dédoublé dans l'image par celui d'une fenêtre) prouvent que les photographies de la plasticienne ne sont pas là pour décliner du réel mais le décaler. De telles approches reviennent à décrire et surtout dé-écrire non seulement "du" paysage mais un regard, une pensée. Une filature, à partir d'un point, permet de filer le monde, de soulever ses images, leurs couleurs. L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans un langage photographique qui ne cesse de le creuser. L'artiste reste sur le fil du rasoir entre la littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu'installe son approche littéraire et plastique.


Jean-Paul Gavard-Perret