gruyeresuisse

24/04/2016

Sarah Haug la wonder-mad-woman

 

Haug 2.jpgSarah Haug persiste et signe. Elle décline l’apologie du chaos dans un mixage qui tient du jeu vidéo, de la B-D et du grotesque afin de la transformer en joie éphémère mais joie tout de même. Elle opte pour le foisonnement, le magma de lignes majeures en tierces, secondes, etc. Il en va de même pour les formes. Tout s’y transforme en rose bonbon mais cela n’a rien de mièvre. C’est le moyen de lever les hypothèques sur les souffrances humaines.

Haug.jpgLa Genevoise fait des démons qui nous hantent des gogo-danseurs d’un cérémonial plus joyeux que délétère. Il tient du grand guignol, de carnaval, du film d’animation donc de la parodie. Il n’est pas jusqu’aux rondes macabres à la Bergman de prendre des couleurs et des chorégraphies hirsutes. L’artiste devient wonder-mad-woman avec ses ectoplasmes drolatiques. La catharsis n’arien d’une « purgatio » c’est un paradis où une société tolérante et libre a droit de citer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sarah Haug, « SILKY NIPPLE FLUFFY BUTT », www.sarahhaug.com

23/04/2016

Cecile Hug : l’image à l’oreille

 

HUG.jpgCécile Hug, « Parterre d’oreilles », Galerie Anne Perré, Rouen, du 12 mais au 30 juin 2016.


Il arrive que l’image se fasse entendre. Cécile Hug lutte pour qu’elle « sonne » par un seul point d’apparition. Il faut qu’il soit visible en multiple déclinaison comme l’artiste l’a déjà proposé pour d’autres lieux du corps. Celui-ci reste d’une certaine manière métaphorique et l’interprétation demeurera multiple. L’image parle le silence : mais qu’est-il au juste ? L’instant peut-être où il y a possibilité de dialogue (écoute) mais aussi où le monologue intérieur (ressassement) s’arrête.


HUG BON 3.jpgDans son installation, son tapis d'oreilles, l'artiste fait de cette partie du corps  le bord du silence. L’image permet de voir une mer blanche et crée une tension qui à la fois la perpétue, la resserre. Avec le désir de bouler dedans. Mais tout en créant un éloignement et une distance ironiques. L’oreille devient éponge et nid. Elle absorbe et digère comme d’autres orifices. Elle affirme la nostalgie du et des sens. Le regardeur est aimanté par son champ. Et sa chimère.


HUG bon 4.jpgL’oreille à elle seule fait lever bien des images. Nous ne sommes que ça : silence, bruissement, amour, sens, écoute. Et la « Bête ». Car lorsqu’il est impossible d’analyser le pourquoi et le comment, cela grouille par une seule image. Dans sa sécheresse elle ouvre là où tout claque et envahit. L’oreille devient le « cercle » riche à la fois de sa fin et de son commencement.


Jean-Paul Gavard-Perret

22/04/2016

Annabelle Boyer et les Eva-naissantes


Boyer 2.pngAnnabelle Boyer, « Eve », du 20 avril au 18 mai 2016, Corridor-Elephant, Paris (www.corridorelephant.com)


Boyer 7.pngTravaillant en argentique, avec un boitier Hasselblad, l’artiste privilégie le format carré. Elle opte pour le film Ektachrome Velvia 50 de Fujifilm car précise-t-elle « il possède un rendu fort en contraste, une belle saturation des couleurs ainsi qu’un grain film inexistant. La couleur fait partie de mon tempérament fort et mélancolique ».

Ces deux aspects psychologiques de la créatrice apparaissent dans ses « Eve ». En dépit de leur côté relique Annabelle Boyer ne discute pas avec des spectres : elle les quitte en les accouchant. Aux corps - et paradoxalement puisqu’ils restent dans le silence - la parole ne manque plus. Ils font mieux que la prendre : ils la montrent. Chaque œuvre devient le moment de l’opération (ouverture) pour atteindre la complétude qui porte en elle la cruauté natale de la souffrance.


Boyer.pngC’est une invention pure. On fit croire à l’artiste qu’elle était impossible : heureusement elle n’en a pas tenu compte. La base de sa création est le corps avec ses morceaux de Lucifer et d’Ange. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser le corps n’est plus supplicié, écorché. L’esprit sort par le ventre car il a besoin d’espace, de rencontre. Il ne se complait pas en lui-même. Le corps débonde l’esprit avec en hommage collatéral non la Vierge mais Eve. La photographe fait entrer des flux d’existence.

Boyer 5.pngDès lors ces « Eva-naissantes »lancent des coups de dés. Elles font trembler les sphères d’en bas, la terre d’en haut. C’est un moyen de mettre, par ce capharnaüm, le bon ordre dans les vieilles casseroles de notre civilisation et d’obliger à chercher où est le corps, le « vrai », où sont sa sensibilité, son être.


Jean-Paul Gavard-Perret