gruyeresuisse

15/05/2017

Eliane Gervasoni et Imperfetto Lab : surfaces apaisantes, surfaces irritantes

Gervasoni.jpgEliane Gervasoni et Imperfetto Lab, « Come potrei cacciare, se prima non designassi », Galerie ID50, Genève, du 18 mai au 17 juin 2017.

 

En résonance avec l’œuvre de l’italien Imperfetto Lab, Eliane Gervasoni présente une suite de dessins à l’encre blanche sur papier noir aux glacis impeccables. La fixité - selon l’expression consacrée - « déplace les lignes » en lieu et place du mouvement. Chaque œuvre est constituée d’une unité transitive : celle des changements de saturation dans la modulation du noir et de blanc.

 

Gervasoni 2.jpg

 

Tout semble en suspens. L’espace est soumis à des tensions au sein de flux ordonnés. Le dessin implique un rythme et crée l’expérience d’une forme de spatialité particulière. Noir et/ou blanc qu’importe. Si bien qu’à « l’imperfection » de la matière chez l’Italien répond la précision des dessins de la Lausannoise. Elle renvoie le réel au cosmos par effet d'abstraction.

 

 

 

 

Gervasoni 3.jpgLes deux œuvres "en repons" créent une histoire abrasive, une narration d'espaces et une éclaircie de la réalité. Chez Eliane Gervasoni s’inscrit l’esquisse d’une tonalité majeure. Se crée l’ouverture d’une communication insolente où le monde se traverse et se transforme dans une « co-agitation » avec l’œuvre d’ImperfettoLab.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/05/2017

Epures et anacoluthes de Kishin Shinoyama

Kishin 2.jpgKishin Shinoyama ( né en 1940 à Tokyo) a commencé à travailler comme photographe free-lance dès 1968. Son œuvre est renommée pour des portraits de célébrités du monde des arts. Mais dans les séries « Gekisha » et « Shinorama », il capture le temps et le corps avec des modèles plus anonyme. Son objectif : percer le mystère du féminin qui le hante depuis l’enfance.

Kishin.jpgDans ce but le Japonais agence ses modèles selon des formes qui les calligraphient selon des « structures » étranges. Elles couvrent l'écran de calcite de leurs grottes rupestres dans la lumière d’alcôves en pleine nature. Les corps se distribuent, s'additionnent, se ressuscitent selon des « élucubrations » plastiques parfois poétiques, parfois provocatrices. Reste à savoir que faire avec un tel " ça voir " lorsque l’image se situe entre enfer et paradis, trouble charnel et éther.

Kishin 3.jpgKishin Shinoyama évoque la poignante simplicité des corps aussi inévitables qu’inaccessibles. D'invisibles courants relient entre elles les déesses nues. Parfois, plus véristes, les photographies cultivent un érotisme fractal. Quoiqu’il en soit, entre coups de grisou ou chuchotements de chorégraphies voluptueuses, les rituels optiques font chavirer le regardeur au sein d’une célébration de corps en arabesques. Epures et anacoluthes semblent enfin réconciliées et font ressentir l'insondable profondeur d’un innommable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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12/05/2017

Céline Michel en Petit Chaperon Gris

CelineMiche2.jpgCéline Michel, « Sortir du bois », Chamboule Galerie, du 18 mai au 18 juin 2017, Vevey


Céline Michel cherche toujours à pousser plus loin les questions fondamentales de la figuration de l’image photographique. Ici, le « décor » devient sujet : il n’ a rien d’ornemental. Surgissent des histoires ou leurs possibilité comme le titre l’indique et qu’il faut prendre au sens figuré. La forêt reste le seul horizon, l’artiste se modèle à ce modèle mais sans soumission. Le réel devient la pierre d’achoppement du conte, là où tout devient d’une troublante et implicite sensualité. Il se peut que les Petits Chaperon Rouges y rêvent du loup…

CelineMiche.jpgDans ce but - et en naïve et subtile perverse Céline Michel se réapproprie l’espace afin de suggérer une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation. Elle a compris comment la forêt dans ses ombres proposent des ouvertures à l’imaginaire - et ce depuis l’enfance. Le bois trouve une "visagéité" (Beckett) quasi psychologique dans la mesure où il permet la fermentation de rêves implicites. Céline Michel joue ainsi avec le leurre des apparences afin de plonger vers l'opacité révélée d’un règne mystérieux.

Jean-Paul Gavard-Perret