gruyeresuisse

05/09/2017

Esther Haase et les « grincesses »

Haase 4.jpgL’artiste allemande vit entre Hambourg et Londres. Elle a étudié le ballet classique avant de se tourner vers la photographie et elle travaille depuis plus de 25 ans pour les grands magazines internationaux. Ses prises sont identifiables grâce à leur lumière particulière et sa façon de scénariser ses égéries telles des personnages, gais, déterminés et forts. Les couleurs violentes soulignent des espaces baroques.

 

Haase 3.jpgEn de tels décors, les personnages d’Esther Haase cultivent des pâmoisons particulières. Fracassantes à leur manière elles montent à l’assaut des magazines de beauté. Mais il leur arrive d’appeler des vœux moins pieux tout en semblant ignorer leur cible. De tels personnages ne sont pas des anges et l’adoration que le voyeur leur porte n’est sans doute pas forcément la bonne. Face au miroir de la photographe elles le font peut-être (car le doute est permis ) comprendre. La séduction fonctionne et celle qui les saisit n’est pas la dernière à jouer la captive face à elles.

Haase 2.jpgElle scénarise leurs caprices et leurs jeux. Et pour les saluer, elle fabrique un monde glamoureux, délicat et drôle. C’est à la fois féroce et poétique. Les sirènes sont marquées d’étoiles de mer qui ne finissent pas forcément en queues de poisson. Tout un peuple intérieur chevauche les belles. Il n’est pas jusqu’aux Edwarda de Bataille de ne plus êtres ici putes ou soumises : elles trouent les surfaces des miroirs moins pour y trouver la grâce qu’afin de créer le trouble.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Haase, « Esther’s World », Edition Badine Bart, Hatje Cantz, Berlin, 160 p., 50 E.

Peter Lindberg à Saint Moritz

Lindberg.jpgPeter Lindberg a écrasé par ses photographies le 10ème Festival de St. Moritz Art Masters. Il y avait pourtant du beau linge mais une fois de plus l’artiste impose son univers a priori stéréotypé où les stars font florès. L’image peut sembler a priori manquer de profondeur de vue là où le maître du noir-et blanc cultive trop le même type de poses et il paraît mangé par l’adoration qu’il porte à ses modèles en des portraits qui deviennent des lettres d’amour. Mais le modèle échappe au statut de "corps objet" : Lindberg casse les identités fantasmatiques même s’il en joue dans le faux réalisme de la nuée. Il transforme ses prises en un cinéma du cinéma par sa manière de scénariser en couleurs des moments creux de tournage non sans emphase ironique.

Lindberg 2.jpgCertes l’œuvre peut sembler trop léchée pour être pertinente. La femme est une nymphe saisie dans un rituel indécis et flottant. Néanmoins cette approche demeure moins anecdotique qu’il n’y parait. L’élan de chaque prise crée soliloque en hommage à la femme et au cinéma. En robe de soirée ou en bottes, jouant les abandonnées, sauvages et sévères tout en éliminant les appels à la bagatelle; les femmes acquièrent une visibilité bien plus factuelle. Elles donnent l’impression de n'avoir jamais pu être comme elles apparaissent en de tels « clichés » qui n’en sont pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:27 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/09/2017

Quand Marcel Miracle "déshabille" Héraclite

Berthet bon.jpgMarcel Miracle est comme un poisson dans l'eau au sein de la collection "apostilles" de Danielle Berthet là où à défaut du texte ne demeurent que ses notes en bas de page. D'une œuvre qui existe (ou pas) reste ce que les mots de Miracle ouvrent, agrandissent, blessent et renversent. Le texte (ou sa supposition) est mis à nu en une sorte de sidération, d’absolu de l’exhibition en ce qui ne peut néanmoins n’être pris que pour un "croire" ou un "croire croire" rempli de doutes.

Berthet bon 2.jpgTout se réduit à un jeu de lignes et de faces (vers le sol, vers le ciel) là où Héraclite reste célibataire. Ce qui n'est pas plus mal. L'auteur et exégète crée un « pas au-delà » (Blanchot) de l’admiration, de la réflexion, de la mise en rapport avec d’autres œuvres ou contextes (un cirque par exemple). Seul résiste la nudité si particulière d'un texte présupposé qui répond par le vide à tout ce qui pourrait voiler sa présence et sa "vérité". La nudité ne s’oppose donc pas au dévoilement :  Et Marcel Miracle - tel un clown blanc sur la piste du cirque - élucide ce qui n'existe pas. N'est-ce pas la manière de toucher une vérité ultime, irréductible là où l'ex-Lausannois crée le plus impudique des voilements d'un texte (probablement) incontournable ?…

Jean-Paul Gavard-Perret

Marcel Miracle & Danielle Berthet, "HERACLITE - commentaire d'un fragment", coll. Apostilles, Editions D. Berthet, Aix les Bains, 2017.