gruyeresuisse

03/11/2019

Demain je hisse le haut

Hissez Haut.jpgCollectif, "Hissez haut. 36 drapeaux d’artistes sur le pont Chauderon", Pont de Chauderon, Lausanne, du 28 octobre au 17 novembre 2019, et coll. Double V, art&fiction en  co édition avec Visarte.

Visarte et art&fiction proposent comme chaque année un évènement particulier dont l'objectif est de présenter le travail des artistes vaudois. La ville de Lausanne a offert le Pont du Chauderon afin de hisser des oriflammes particuliers. Aux effets d'appartenances identitaires se substituent des propositions intempestives d'Alain Huck, Sylvie Mermoud, Anne-Hélène Darbellay, HugoVan Zaen, Irène Dacunha, Johanne Roten entre autres. Les textes d'Alexandre Loye et Claude Augsburger en précisent le propos.

Hissez haut 3.jpgIl ne s'agit pas plus de reproduire sur le textile soumis aux vents d'automne des œuvres d’art, mais de questionner la question même la notion de drapeau avec ce qu'il induit de substrat historique et de tradition. Chaque artiste a donné sur plan et proposition de couleurs un court argumentaire pour préciser le sens de son projet.

 

 

 

 

hissez Haut 2.jpgChaque proposition n'est pas l'équivalent d'une réalité qui devrait être exprimée par elle mais devient un élément dont la dynamique provient de la tension de ses composantes. Un changement se produit quant à la nature des propositions. La signification des œuvres n'est plus assujettie à de simples représentations mais à des données sémiologiques qui échappent au caractère distinctif lié généralement à un tel support.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/11/2019

Barbara Davatz : à l'épreuve du temps

Davatz.jpgBarbara Davatz, "As Time Goes By - Portraits 1982, 1988, 1997, 2014", Editions Patrick Frey, Zurich.

Tout commence en 1982. Barbara Davatz photographie douze jeunes couples de la scène zurichoise. Elle ne pensait pas qu'elle y serait encore trente ans plus tard. Son livre donne à voir le passage du temps. Parfois les couples perdurent, parfois ils se séparent. Parfois ils ont des enfants et/ou fondent de nouvelles familles. Parfois aussi il ne reste que l'un des deux membres.

Davatz 2.jpgDès l'origine Barbara Davatz avait posé une règle : les photos seraient prises en noir et blanc à l’aide d’un appareil 4x5. "Le noir et blanc renforce le détail et préserve une certaine neutralité là où la couleur distrait" précise-telle. Elle a demandé à ses couples de regarder l'appareil et de prendre le visage le plus neutre possible. Selon elle l'absence d'émotion crée une photo plus mystérieuse. Celle-ci offre une interférence avec les regardeurs qui - forcément - s'y projettent. Tout reste à imaginer au sein de sauts temporels.

Davatz 3.jpgLe résultat est plus qu'intéressant. La vieillesse approche. Parfois elle est déjà là. Tout avance là où, par la bande, se crée la narration d'une histoire sociale à travers les modes de chaque époque. Et il est passionnant de s’interroger sur le temps qui passe. La photographe offre ainsi une distinction qui est habituellement remisée dans l'ordre de l'invisible parce que tout passe et disparaît. Ici à l'inverse le temps déplace les lignes - des visages entre autres - et détourent les traits de l'habituel instantané pour le transformer en durée.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2019

Ruth Erdt : le réel et ses fictions

Ruth Erdt.jpgIl y a du Sofia Coppola chez Ruth Erdt. La même gravité mais à la manière de l'écharpe : la douceur semble toujours au premier plan, néanmoins transparaît toujours une violence du monde. Dès "The Gang" en 2001 l'artiste créa une fiction en saisissant des proches comme des étrangers. Cela échappe au simple journal intime car ceux qui apparaissent nourrissent l'imaginaire de la créatrice. Le titre même de la série induit la violence évoquée plus haut. Elle moutonne mais dans une autre "couvade" (cf. son "Lit d’enfant") elle avance moins masquée : des armes forment l'architecture de la couche enfantine.

Ruth Erdt 2.jpgSans qu'elles soient à proprement parler difficile à comprendre, les photos de Ruth Erdt doivent être regardées avec attention pour apprécier les émotions qui s'en dégagent. Elles prouvent combien l'artiste est habitée d'angoisses. Sous un premier effet plutôt cool se cache des abîmes. L'image apparemment sourde et nue résonne en inductions. Et celle qui, enfant, s'était inventée mentalement un appareil photo producteur d'immatérialité  a continué "pour de vrai" sa quête intime faite moins de fantasmes que de fantasmagories. Y apparaît un sentiment de rébellion face à ce qui est.

Rith Erdt 3.jpgEt si la création semble chevillée sur des états qu’on nommera «passants», elle témoigne autant d’une déliquescence que d'une ascension. Existent un creusement et une métamorphose. Tout est de l’ordre de la station provisoire, de la mobilité dans la fixité. L'oeuvre fondée sur une expérience personnelle est faite avant tout pour un partage agissant. L’essence humaine apparaît dans une expérimentation  capable de créer une extase temporelle qui dépasse le seul effet momentané de la prise.

Jean-Paul Gavard-Perret