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28/12/2014

Albin Christen : soies fines pour épaules de zibeline

 

 

 

ChristenAlbin1-540x761.jpgAvant que les oiseaux deviennent imperceptibles les images d’Albin Christen les gobe en formes colorées et poétiques. Si bien que chaque  image devient un discours particulier. Il en dit long en mettant sa clé sous le paillasson du réel. Les canards rient jaune là où l’humour précise la fin des choses. Ou leur commencement. L’infini en résulte sous couvert de fausse négligence si bien que le sable lui-même est émouvant. L’artiste propose  pour de jeunes amantes de très élégants pèse-baisers. Mais il ne convient pas de prendre la lune pour l’autre lorsque la nuit devient claire dès que le créateur lève la croupe des mésanges  plutôt que de leur clouer le bec. Il existe donc toujours un petit endroit où satisfaire les désirs là où certains chevaux se font coiffer (en permanente indéfrisable) sur le poteau. Albin Christen se fait ainsi officier de narine quand la moutarde monte au nez. Dans une telle œuvre graphique aussi simple que jouissive les mots ne seraient que des mutilés sans queue ni tête. En une pluie de plumes et de duvets multicolores le Lausannois préfère que l’oiseau vienne se heurter au mur du son. Selon lui comme pour son créateur il est peut-être plus facile de descendre au fond des choses que d’en remonter.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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27/12/2014

Adela Picon : devine qui vient diner ?

 

 

 

Adela 2.jpgAdela Picon : 13 décembre 2014 - 1er février 2015, Musée Jurassien des Arts, Moutier. 16 janvier - 26 février 2015, 2015, Showroom@PROGR.ch and Videofenster@BIENZGUT.ch

 

adela.pngConvaincue qu’il y a non seulement une face cachée  des choses mais  que cette face cachée est nécessaire Adela Picon - dans ses photos, vidéos et installations - multiplie les images énigmatiques qui affectent non seulement  la visibilité du monde mais son intelligibilité. Même lorsqu’elles tutoient le passé ses œuvres ne sont jamais marquées du poinçon de la nostalgie qui les assujettiraient à la soumission de quelque chose d’un romantisme fadasse sous le prétexte de se débarrasser de la part la plus inconnue du réel. L’artiste préfère l’empaqueter selon des mises en scène étranges. Ce n’est toutefois pas qu’un piège à regard ou un moyen d’occulter le muséal. Il s’agit de cerner de plusieurs côtés la perte et laisser le champ libre à tout ce qui pourrait advenir.

 

adela 3.jpgLa Bernoise d’adoption se joue des apparences et des impressions que celles-ci peuvent ouvrir. Elle joue aussi avec les formes "apprises" du réel. Créant un pont entre le réel et ce qui lui échappe l’œuvre s’appuie sur une nécessaire ambiguïté et un décalage. Elle  fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Demeure  l’intimité avec l’inexprimable qu’il faut apprivoiser dans cette étrange clarté de l’œuvre. Elle couve dans des mises en espaces qui semblent inachevées mais qui ne le sont pas. Elle propose l’errance et l’attente de qui viendrait dîner avant que la petite table soit mise.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/12/2014

Rémy Zaugg : la peinture à la lettre

 

 

 

Zaugg.jpgRémy Zaugg, « Un mot un tableau » , 20 fevrier - 29 mars 2015, Centre Culturel Suisse de Paris.

 

Les  marteaux des mots font  dans la peinture de Rémy Zaugg de la bonne musique. Ils ne pas cognent pour les chiens. Il fallut à l’artiste (1943-2005) pour les actionner de la testostérone et un toupet à l’âme. Bref un cœur dur, bien trempé, Et de la discipline. Comme celle des bêtes vissées à leurs brancards pour forcer des incrustations d’inoxydables tentations. Nous les entendons-voyons  encore. Toute la matière, tout l’univers est suspendu aux sons des mots devenus images. Elles sont données à voir, à lire et pour entendre l’animal humain. Son plaisir et sa plainte.

 

Zaugg 2.jpgDe telles œuvres laissent le spectateur à distance pour mieux le prendre dans leur intransigeance. Le regard devient lecture de ce qui surgit en ellipse plus que par slogan. S’y affirme la force de l’existence dans une thématique liée  à la présence, la mort, la vision et la cécité. Si les mots priment, la couleur et la composition gardent toute leur importance. L’univers pictural devient sonore. Dans une forme de  disparition de l’image le monde apparait. L’homme n’est qu’une bête hurlante.  Ses mots sont des rébus. Ils sont de l’espace insensé. Rien à l’intérieur. Rien à l’intérieur. Ils sont à l’extérieur de l’espace. A l’intérieur de personne. La seule figuration reste donc la lettre, ses  règles et leurs exceptions. Car il n’y a jamais un seul centre, chaque « cadre »  est sujet à bien des digressions intempestives et des circonvolutions énigmatiques. En sa peinture autophage Rémy Zaugg met toujours le feu au cerveau. Sans autre espace que ce mouvement de flux et de reflux bref de rythme. L’artiste inverse juste la vue. La réinvente. Point de respiration. Point de suspension. L’hallucination incantatoire, l’apparition de l’inquiétude rythmique hurlant à la charnière des mots et de l’image. Rien n’est à l’extérieur d’elle sans être  tout à fait à l’intérieur de nous. Et c’est pour cela que l’œuvre suit son cours.

 

Jean-Paul Gavard-Perret