gruyeresuisse

28/08/2015

Giuseppe Palmisano et les renversements

 

 

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Les photographies de Giuseppe Palmisano livrent le réel  au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité inhérente au quotidien. Les êtres sont offerts en un trauma perceptif. Les situations sont retournées comme un gant. La réversion est pour l'artiste une question de seuil que produit les divers jeux de situations. Le contrat figuratif est transformé en paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop. Plutôt que de rameuter du pareil, du même en un effet de miroir l’artiste piège le réel jusqu’à l’absurde.

Palmisano.pngGiuseppe Palmisano opère donc joue sur deux registres : la drôlerie et le ravissement par  un dérisoire rendu spectaculaire en des situations où le regardeur comme les acteurs semblent perdus en une sorte de néant que souligne la perfection des prises. Elle compose une harmonie décalée. Ce qui est montré à la fois se dérobe et résiste : sous l'apparente banalité se cache un fantastique (presque) érotique. L’effet retour n’est jamais exclu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:33 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

27/08/2015

Isabelle Battolla l’amphybiolite

 

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Isabelle Battolla crée une filiation des songes. Le blanc fait basculer le poids du monde. De cette blancheur il faut retenir l'énigme par la matière sensation, la matière émotion. Une étendue progresse. Une intimité naît à la faveur des recoupements de courbes, arêtes, ravins,  promontoires et autres « intimités » particulières. A travers de tels empreintes et cassures surgissent des attractions, des poussées. La créatrice ne se limite jamais à des effets de surface. Un centre se creuse et appelle les spasmes. En une suite de fissures l’infigurable prend corps.  Vagues fixes et ramifications proliférantes. En des emmêlements de convergences se fomente une matière de jouissance. La fixité est trompeuse. Tout peut toujours se détruire pour être recomposé en des renaissances, en un nouveau mariage blanc.

 

 

 

Battola 2.pngLa Genevoise ne croit pas à la spontanéité du geste. Elle travaille beaucoup. Elle détruit sa facilité. L'imagination élude la figuration, du moins l’idée qu’on s’en fait. Très vite l’artiste a abandonné l’image qu’elle ne considère pas comme un signe (au sens ou ce dernier transmet une signification). Ses structures, ses empreintes n’appartiennent à aucun lexique ou registre. Elles ne sont ni idéogrammes, ni symboles ni réalité fossilisée. L’œuvre est le témoignage  d’une présence plus que d’une figure. Chaque œuvre navigue entre la fragilité et la force.  Des masses flottent dans ce qui les recouvre et en tient lieu d’abri.  Entre fixité et errance,  chaque sculpture est comme désireuse de rentrer en elle-même. Pour que dans la matrice quelque chose de neuf se passe de plus en plus complexe et simple à la fois.  L’art d’Isabelle Battolla est mouvement, virgule, boucle, accent, croche, moutonnement. Par ses séries le parcours peut continuer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/08/2015

Krum et les mondes parallèles

 

 

 

 

 

Krum bon.pngKrum, "O2 / planches originales", Galerie Christopher Gerber (dans le cadre du Festival International de la Bande Dessinée de Lausanne 2015)

 

 


 

Né en 1979, Krum se tourne très tôt vers les arts graphiques. Après deux ans à l'école des beaux arts du valais, il se lance dans une série d'expositions de 1999 à 2001 et en 2093 crée Absurdostudio, son propre studio d'illustration et publie dans la foulée  « l'Au-dessus » son premier album. Pour promouvoir le livre, il dessine seize affiches géantes disséminées dans Vevey et se retrouve de facto à la création du festival Pictobello.   Après 10 ans de silence « officiel », « O2 » est d’abord paru en ligne. L’album est une fantastique narration muette et contemplative d’un monde imaginaire sombre aux cités extraordinaires où se mêle   la nature et le rêve.

 

 

 

Krum.pngIl y poursuit  des questions essentielles pour lui : « Pourquoi les oiseaux volent-ils, pourquoi le ciel est-il bleu pantone, pourquoi les mines de Pentel 0.5 sont-elles si vite usées ? ». Au sein d'un fantastique impressionnant Krum fait glisser la B.D.  vers une autre surface de prospection. Le dessin atteint  un épique particulier et « grand spectacle ». Tout est cru, violent et le dessinateur vaudois n'a jamais été autant au mieux de sa forme en sa violence iconographique et iconoclaste où le monde défile dans une ronde symbolique, et essentiellement poétique et fascinante. Les variations de plans régissent l’œuvre. Elle reste en perpétuel décalage - symbole de liberté. Le rêve devient une manière d’accorder au réel un tatouage inédit

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:24 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)