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24/01/2016

Les emprises d’Oda Jaune

 

Jaune.jpgD’origine bulgare l’artiste Oda Jaune a choisi un nom d’emprunt significatif. « Oda » en vieil allemand veut dire « précieux ». Quant à « Jaune » la référence est claire. La couleur est attachée au soleil, à la lumière, au positif. Elle reste un symbole pour celle qui demeure fascinée par Cézanne, Picasso, Matisse. Epouse du peintre allemand néo-expressionniste Jörg Immendorf (1945-2007) dont elle fut l’élève l’artiste refusa souvent de donner des titres à ses œuvres pour une raison majeure : « laisser une liberté du regard au public ». Désormais elle ose des nominations franches pour ses huiles à l’atmosphère onirique et organiques influencée par le surréalisme.

 

Jaune 2.jpgLes objets aux contours de plus en plus identifiables évoquent des « paysages » étranges et poétiques où la douceur est de plus en plus fréquente. L’artiste prouve une absence d’inhibition ou de préjugés et demande à ceux qui regardent le même abandon. Elle extériorise une pensée, une émotion, un sentiment que chacun cache en lui, elle prouve aussi qu’il existe des éléments vitaux dont on ne sait pas à quoi ils ressemblent mais auxquels elle donne corps. Oda Jaune fomente une forme de dynamique visible entre formes organiques et formes culturelles. Elle joue d’un certain baroque, d’une forme de maniérisme. Souvenirs, lectures, images aperçues sur Internet lui permettent de trouver son « inspiration ». Toutefois la « cause » n’est pas l’essentiel comme l’écrit l’artiste « Ce n’est pas important d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. ». On attend une exposition en Suisse de l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oda Jaune, « Blue Skies », Galerie Daniel Templon, Paris, du 9 janvier au 20 février 2016.

14:51 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

23/01/2016

Simon Nicaise : pour le plaisir

 

SNicaise.jpgimon Nicaise, « Pourvu qu’elles soient douces », Circuit - Centre d’Art Contemporain, Lausanne, du 30 janvier eu 27 février 2016 .

 

Simon Nicaise à travers ses pièces fait la part belle à la construction, au geste, à l’esprit de système obvié en une suite de jeux qui remettent en question la nature du sens, de langage et de l’image. L’artiste utilise divers matériaux hétéroclites pour enrichir facéties et farces critiques. Nicaise feint la candeur, le coté fleur bleue de la chansonnette pour la transformer en une machinerie qui écrase tout. Usant d’une forme performatrice le résultat est parfois volontairement dérisoire (balayer) parfois démiurgique puisqu’il s’agit de faire saillir l’impensable.

 

Nicaise 2.pngL’artiste conserve la neige au congélateur et le bruit des vagues en paroles gelées. Les objets se joignent en des hymens contre nature, les mots aussi dans un parti-pris poétique où l’image est bien plus que le produit d'une fabrication rhétorique à point venu pour illustrer ce qui a été déjà perçu ou pensé par ailleurs. Elle n’est plus une figure par ressemblance mais une anomalie sémantique loin d’un effet d'analogie, voire de mimésis. Nicaise 3.jpgNi simple reflet des mondes extérieurs, ni seul projet du moi profond du créateur, elle devient la meilleure formulation possible d'une réalité absente. Elle en reste néanmoins inséparable et avec laquelle seulement elle prend sens. Elle devient le lieu l’imaginaire joue à plein.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:37 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/01/2016

Subversion des images : Denis Savary

 

 

Savary.jpgDenis Savary, « Jour blanc », Centre Culturel Suisse, Paris du 22 janvier au 3 avril 2016.

 

 

Les dessins, vidéos, installations, scénographies et mises en scène de Denis Savary renversent le réel et le plongent dans l’énigme aussi sérieuse que ludique. Tout reste en suspens en de multiples variations là où les éléments surnagent pour que naissent des possibles. Le monde est étrange, il rappelle celui des frères Quay mais en plus enjoué même si les « poupée » de l’artiste ne nous font pas plus de cadeaux qu’il leur en accorde. L’étrange et le mystère habitent les images au moment où Savary revisite l’histoire de l’art dans un foisonnement perpétuel, riche de références littéraires et plastiques.

 

Savary 2.jpgLe plasticien s'approprie matériaux, images et procédures de fabrication dans un processus poétique et critique. Même si les sujets proposés ne parlent pas directement de l'actualité, le rapprochement est inévitable tant la vision devient déstabilisante et l’univers tel qu'il nous est donné à voir se met à "inconsister". Le travail reste de l’ordre d’un maniement calculé. Denis Savary fait surgir des objets-images qu’il place mais n’ordonne jamais pour favoriser l’entrée en jeu d’un signifiant-maître. La "sublimation" travaille à partir de la perte. L’œuvre cadre la béance par divers type de leurres et de pièges. Elle s’oppose aux images habituelles qui tendent à notre décomposition au nom de ce qui dans leur cas n'est qu'une impasse de la jouissance.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

12:00 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)