gruyeresuisse

06/01/2015

Claudia et Julia Muller : sisters acts

 

 

Muller 2.jpgLes Bâloises Claudia et Julia Müller jouent d’un va et vient incessant entre dessin et peinture : l’un se transpose dans l’autre et vice versa en divers processus de modification. Ils passent non seulement de la peinture murale au dessin sur papier mais aussi des aquarelles et collages à la vidéo. Dans leurs premiers travaux les sœurs utilisaient souvent comme point de départ la photographie de proches avant d’élargir leur thématique à la nature, à l’histoire en partant de reproductions tirées des médias et des livres. Elles font surgir ce qui est caché dans les images. Elles en offrent une lecture critique sans la moindre démagogie ou leçon. Demeure une esthétique de l’ouverture et de la dialectique dont la finalité est à découvrir par le regardeur au sein de séries et leurs points de ruptures des apparences.

Muller.jpgLe piètre mystère de la pâmoison des images admises est pour les créatrices induite par la perte obligée de conscience. C’est pourquoi au descriptible elles préfèrent l'indescriptible qui dévaste l’image première. Manière de rappeler qu'"on" nous a offert un destin ou plutôt que nous le subissons au moyen d’images fléchées. Face à elles les Muller inventent une coupure afin de résister à l’abrutissement des songes programmés. Vivre n'attend pas la confirmation d'un miroir pipé élevé au rang de vérité. Les artistes en cassent l’infirmité sensorielle. Les glissements d’un média à l’autre par la syncope et le spasme sortent des trous noirs du prêt à regarder et consommer en mélancolie ou nostalgie. C’est pourquoi l’œuvre ne cherche jamais à grimper au rideau des apparences. Elle creuse la langue plastique pour que se saisissent des rapports ignorés et qu’implose l’inconsistante imageante. Le décalage "peaufine" une image parlante. Il transgresse l’effet de leurre. Ici à l’inverse la présence n’est que soupçon. D’où l’importance de l’enjeu fomenté par les sisters en leurs « acts » impies.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2015

Les pistes multiples de Rudy Decelière

Decelière 2.jpgRudy Decelière par ses films, sons, installations et création d’images fixes en petits formats ou grands pans crée une confrontation avec l’espace. Il faut du temps pour appréhender de telles propositions. Elles imposent une confrontation communicante à longue haleine.  Ceux qui trouvent de mauvaises raisons de ne pas s’arrêter ratent des séries de variations. Chaque œuvre tient le regard en respect et le fait avancer par l’invention d’une « visualité »  ou d’une « choséité » qui ne s’adresse pas seulement à la curiosité du visible,  mais convoque tous les sens. Des petites pièces surgissent un rut enfantin, un égrainement horizontal de figurines et une onction de salves où la mer semble avancer. Des pans de murs provoquent d’autres embarquements dont la destination pourrait être Cythère. S’y distinguent des seins  qui éblouissent de leurs lumignons dont ils sont bâtis. Les formes dansent comme diluées dans l’espace mais au même moment elles provoquent une compacité. Elle peut donner au spectateur l’impression d’être soumis à une sorte d’immanence d’un état de rêve éveillé.


Decelière.jpgLa matière à voir se transforme, passe de l’abstraction au figural selon divers types d’évidences lumineuses mais décalées. Si bien que chaque « pièce » semble un objet jamais atteint et qui échappe comme dotée de la puissance des choses insues. Rudy Decelière  renvoie à une luminosité et une obscurité essentielle. Elle est  le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse et dans lequel le son n’est pas oublié. Il vibre à des cadences légèrement  décalées comme si ses visages  étaient d’aléatoires questions de fréquences et  débits.  Le regard tombe pour se dissoudre comme dans un brouillard de vif argent.  L’art devient une figure du monde dans la partie qu’il  joue avec lui.  Il est aussi la fable du lieu où nous rêvons peut-être de glisser afin de briser notre façon de voir, d’entendre et de penser. Chaque regardeur peut éprouver de nouvelles  sensations : marcher, regarder, sentir le corps séparé du reste du monde comme un adolescent qui « conjugue » un étrange bonheur sans justification.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

15:08 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/01/2015

L’inconnu(e) dans la maison : Mylène Besson

 

 

 

 

 Besson 3.pngMylène Besson, Eros Bacchus, Humus, Lausanne jusqu’au 15 janvier 2015

 

 

 

Dans les dessins de Mylène Besson des mains de tendresses parcourent  les galaxies des corps et des ombres afin de produire  des voyages inter-sidérants et extratemporels. Des mains épousent des regards, cherchent l’étoile sur leurs paupières. A la volupté se conjuguent d’autes amours plus maternels. L’objectif est de  chasser des nuages, d’entretenir  des songes en frôlant le seuil de diverses intimités. Adam veut Eve. L’inverse est vrai aussi.  Ils ne sont pourtant ni  conquérants ni vénéneux. Ils cherchent la source qui a comme nom l’existence. Ou plutôt le désir. C’est pourquoi les mains serpentent jusque dans la caverne obscure.  Besson.jpgLa lumière descend jusqu’au corps enfermé dans la pudeur du lin. Le dessin creuse  le « o » et le « où » du corps dans le tracé des formes. Il existe des accords en mode mineur  ou majeur. Se fomentent le début et la couture du temps, le mystère englouti de la vie  là où elle semble  partir en vrille.  On se retrouve au cœur du temps où  passe en boucle le passé. L’avenir n’est plus que cet éclat qui eut dû se produire antérieurement ou plus près de l’origine. Dans l’étrange phénoménologie des dessins se lient la présence et l’absence en un théâtre aussi brûlant que glacial. Il creuse le temps en tout sens. Il s’agit de résister et faire semblant de rester debout face à ces femmes qui nous montrent comment se tenir et qui , par leur regard , disent l’inconnu en elles, l’inconnu en nous.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret