gruyeresuisse

05/11/2014

Paul Graham et l’anabase : Godard et après.

 

 Graham.jpgPaul Graham, “Does Yellow Run Forever ?”, Mack (Londres), non paginé, 2014, 35 Euros

 

 

 

Paul Graham multiplie les voyages entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis  avec la volonté de se colleter sans concession avec la complexité du réel. Cette méthode qui privilégie la pluralité des mondes et des perspectives crée de fait – par delà les différences géographiques – un questionnement constant sur les possibilités et les pouvoirs de la photographie et de ce qu’elle narre.

 

 

Contrairement à beaucoup de créateurs stériles Graham ne cherche pas à brouiller les pistes. Ses travaux sont inscrits dans le réel. L’artiste en perçoit la complexité et l’ambigüité tout en réduisant ses prises à des faits objectifs, vérifiables énoncés de manière univoque. Il fait donc bien plus que de jouer sur la dichotomie documentaire et fiction. L’œuvre s’organise en dépassant tout moralisme comme tout penchant « art pour l’art ».  Il réduit au passé la fameuse distinction de Godard entre « image juste » et « juste une image ».

 

 

Paul-Graham couv.jpgL’œuvre cultive de fait l’anabase – notion qui désigne une forme de déplacement circulaire. A la fois errance vers le nouveau et retour vers chez soi cette figure chez Graham crée une œuvre d’une double ambigüité temporelle et géographique qui se double elle-même entre l’immuable et le passager. Dans de telles photographies de sommeil et de crépuscule l’artiste suggère toujours un inachèvement du monde. Inachèvement programmé selon une perfection formelle en quête d’une impossible clarté.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:00 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2014

Christine Fausten et les espaces incertains

 

 

 

Fausten 2.jpg

 

L’œuvre de Christine Fausten s’éloigne des explications qui pourraient entraver  l’étonnement et la sidération. L’artiste rapproche de l’énigme par effet de trouées, coulures, fixations, déplacements, traversées. Elle sait confusément qu’être stupéfait par une œuvre d’art rend plus proche de la saisie de ce qu’on croyait jusque là incompréhensible.  Intelligente au plus au point la plasticienne garde une puissance poétique majeure. Face à la rectitude d’un simple effet de surface  elle crée images dont les substrats deviennent des constructions mentales de formes et de couleurs propres à suggérer l’émerveillement et parfois l’ironie. Il n'existe plus de lignes bien définie et rectiligne. A la place : des changements de profils, de perspective. Ce qu’on pourrait prendre pour un recul reste une avancée.  Les espaces incertains de l’artiste semblent des mirages. Pourtant s’y profile une sorte de « vérité » du réel.  

 

 

 

Fausten.jpgL’insolite que propose Christine Fausten reste ce qui devrait nous paraître normal. Et à ce titre elle ramène à un temps d’enfance : celui où il convient de retrouver le sens des formes ou plutôt les formes elles-mêmes au delà de la graisse qui les a recouvertes et des règles qui les ont figées. Quoique souvent « abstraite » l’œuvre est avant tout une entreprise d’intégration au réel mais réinstallé dans l’espace que la créatrice hante de manière ludique et puissante. Ses œuvres  rongent les angles, font se questionner les verticales. Le peu occupe une place immense : il offre parfois le tout. Preuve que Christine Fausten possède ce que Char nomme « le regard de terre qui met au monde les buissons enflammés ». Rarement l’art atteint une telle puissance visuelle. La créatrice reste une des artistes suisses majeures et à surveiller de près pour sa liberté reconquise sur l’imposé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

03/11/2014

Mali Genest : tout ce qui bouge

 

 

 

 genest.jpg« de l'inachevé », Double v - hors série, Visarte.vaud,art&fiction Lausanne, 2013

 

 

 

Mali Genest sait jouer dans des œuvres totalement abouties de l’alliance du sérieux, de l’intime,  de la distance critique et de l’imaginaire individuel et collectif. L’artiste construit des pointillés, des seuils sur la diversité. Les jeux de plans créent parfois une étrangeté et un écart par rapport à l’immersion totale de regard en une « simple » image dont le fond-socle est parfois obstrué par des forme de « pointillés » capable d’introduire des zones liminaires propre à troubler la notion même de territoire pictural. D’une telle  recherche - nourrie autant du formalisme abstrait zurichois que d’une peinture plus « italienne » - surgit « l’inséparable indistinct » dont parlait Deleuze. Aux lignes de forces font place des harmoniques  des effets de halos cultivés néanmoins selon des formes primitives fortes. Sans être « élastique » la peinture de Mali Genest se refuse à une reconstitution univoque et mono culturelle. Par la perception des écarts se crée une nouvelle unité dont la plénitude reste ouverte là où les formes se fixent dans des suites de décalages. L’ouverture tente ainsi de saisir l’inexprimable en  des suites de surprises.  Aux marges du monde comme au cœur même de la peinture le visible semble se dissoudre dans les apparences qu’elle dilue. Existe alors une étrange incandescence du sensible et de l'élégance.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:44 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)