gruyeresuisse

15/05/2015

Graffitis et patterns géométriques : Jean-Pierre Sergent

 

 

 

Sergent 3.jpgJean-Pierre Sergent, « Erotic graffitis and sacred patterns », Galerie Art & Context 101,  Rue Allschwiler, Bâle  du 13 juin 2015 au 29 août 2015.

 

 

 

 

 

L’œuvre de Jean-Pierre Sergent est complexe : sophistiquée et directe elle s’alimente d’une réflexion perpétuelle sur le sens de la vie et celui des êtres. C’est pourquoi les « moindres » signes comme des graffitis pornos sont utilisés par l’artiste dans un parti pris d’obligation à la fois morale et forcément immorale… Ces dessins deviennent  les témoignages de l'animalité de l’être : « l'attraction sexuelle de l'homme et de la femme » écrit l’artiste.

 

 

 

Sergent 2.jpgDe tels schèmes graphiques restent ce qu’ils sont toujours mais qu’on oublie : enfantins et virils, ridicules et fondamentaux, spontanés et sans âge... Et l’artiste de préciser : « ils sont la porte secrète de l'âme et de la Libido, les haïkus du désir, l'extase sublimatoire et transcendante ; mais également génériquement et violemment des anti histoires » qui prennent par revers les bonnes mœurs et la notion même d’art « bourgeois ». Du fond des toilettes qui deviennent les cavernes de « poètes » d’un genre particulier les graffitis  multiplient turgescences et rondeurs opulentes. Elles sont autant de signes que le désir et le manque travaillent à porte fermée mais à corps ouvert.

 

 

 

Face à eux l’artiste oppose leur « antidote » ironique. L’art « officiel » reprend ses droits de cuissage face aux anti-doxas jubilatoires et orgasmiques de l’homme premier d’avant le « poliçage » de la culture.  Ce que l’artiste nomme ses « patterns géométriques »  fait le pendant au monstre premier puisqu’ils sont le fruit d’une esthétique et d’une culture issues du sacré et dans lequel se reconnaît le tribalisme officiel de toute société dite avancée. Ils témoignent de structures acquises au fil du temps. Ils sont tout autant la preuve d’une maîtrise, d’une méditation, d’un détachement et d’une sublimation par rapport à la « vulgarité » des images sauvages. Ce mélange entre chaos et ordre, entre brutalité et médiation, entre vide et plein (sans préciser dans ce dernier cas où se trouvent l’un et l’autre) devient pour l’artiste l’image duale de l’être et de la vie. Le jeu en vaut la chandelle et ouvre bien des méditations.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:24 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

14/05/2015

Les dérobades enlacées de Zoé Balthus


 

Zoé Bon.jpgZoé Balthus ose dans ce beau texte ouvrir ses personnages aux plaisirs. L’homme - un peu lent d’abord mais la poétesse le presse - finit par goûter les parfums de  la femme, boire à sa source, dévorer son amande douce. Sa partenaire-narratrice sait battre des ailes pour ça : elle parcourt son sang, le regarde par dessus par-dessous et lui rappelle le renflement d’éros que Cécile Hug habille de ses lignes vertes, de ses lignes noires. Chaque coque cache de ses graffitis fins le secret de l’effeuillée rose.

 

 

 

Zoé 3.pngZoé.jpgLongtemps l’amant a rêvé de ce galbe recouvert de soie. Désormais la poétesse avec pudeur mais franchise met des mots non dessus mais dedans. Un loup confidentiel est invité aux sensations retrouvées à la source exacte des vertiges. L’amande devient l’ogive d’une idée fixe dont rien ne sera dit : sinon tendresse et insomnies au moment où Cécile Hug joue de violons visuels plutôt que des cymbales. Pour atteindre les lèvres intégrales les deux créatrices se mêlent en un mix entre Lilith et Mère Arnaud. La seconde est convoquée uniquement pour sa capacité à donner des leçons de conduite que Zoé Balthus dirige non vers l’ange mais le démon. Elle le pousse  en capitaine d’infanterie pour qu’il feuillète ce que Cécile Hug recouvre en feignant de proposer un nuage en fine enveloppe soie au lieu d'une femme charnelle. Mais qu’on ne se trompe pas : d’intrépides gerbes d’opales et des boucles d'orgasmes sont demandés  au mâle. A bon entendeur salut.

 

 

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Zoé Balthus & Cécile Hug, « Amande douce », Editions Derrière la Salle de bains, 8 E., 2015.

 

 

 

 

 

 

 

13/05/2015

Fay Ray : Athena du XXIème siècle

 

 

 

 

Fay Ray.jpgLes silences du corps féminin se métamorphosent dans les œuvres expérimentales de Fay Ray en flammes. Elles se logent sous la peau et sont alimentées par quelques images secrètes qui ne sont pas sans rappeler Lee Miller ou Man Ray. L’artiste américaine instruit  une mythologie intime que chaque femme porte en elle? Chacune rêve de s'approprier des lieux forgés de légendes, de désirs, de passion même lorsque l'écho des ténèbres gémit derrière le hululement d'une chouette - l'oiseau  d'Athéna. L’artiste en devient la figure contemporaine.

 

 

Fay ray BON.jpgLe noir et blanc de ses collages comme de ses toutes ses images cultive des voies nocturnes mais aussi les murmures des rêves fous. Le regard  des loups s’y piège. Chaque œuvre reste sans emprise ; elle s’ouvre sur l’inconnu(e). Le velouté d’une bouche se pose juste au coin d’un pied. Une nuit en plein jour rêve peut-être d’un chaste enlacement. L’artiste multiplie des cambrures imaginaires sous le regard amusé de l’esprit envolé. Le scintillement d’un cœur  perce le confort moelleux d’une image qui ne recouvre plus mais taille dans le vif les effets de miroir.  Le plaisir déconditionné et libre éclate sans rien que n’en soit vraiment dit : c’est bien là le mystère d’images où l’amour est sans reposoir : ses ailes vrombissent dans le spectre baroque et impeccable.  Il ouvre le vortex infini pour un plaisir indéfini. Chaque image s’échancre dans une nuée de fragments ardents. Ainsi commence un voyage fermé au paysage mais grand ouvert pour des visions adjacentes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Louis B. James gallery, New-York.

 

Samuel Freeman gallery, Los Angeles.

 

 

 

 

 

11:56 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)