gruyeresuisse

23/03/2019

Etienne : Envols

Le monde du sculpteur Etienne est celui de l'élévation et de la Etienne.jpgrencontre. A l'envers des univers délétères l'artiste crée des berceaux aériens. L'oiseau est chez lui non un sceau, une signature mais l'élément premier et le langage. Même les représentations humaines lorsqu'elles apparaissent rejoignent les nuées et ignorent les cages. Alors que l'industrie du faux ne cesse d'avancer, l'artiste ramène à des exigences essentielles par ses "sublimatons".

 

Etienne 2.jpgMaître du bronze, et loin d'une perspective matérialiste, il est devenu le poète de l'essor, de l'air, d'une spiritualité particulière. Ses oiseaux ressemblent à des flocons qui montent au lieu de descendre pour toucher un peu plus le soleil comme si la vie elle-même était donnée comme présence absolue. Le mot absolu est ici à sa place : il signale la séparation éprouvée entre le monde terrestre et celui des présences habitées.

 

 

 

Etienne 3.jpgQuoique résolument de notre époque, le Grenoblois semble d'un autre temps dans son idéalisation et sa gestation pour les lignes de fuite et d'horizon. Il n'a pas besoin de les "inscrire" : elles sont implicitement induites dans un geste créateur subversif qui ne se renvendique jamais pour tel. Haro sur la pose : l'impératif n'est pas de "faire spectacle" mais d'oser d'une part le parti de l'affranchissement de la matière par la matière et d'autre part celui de la liberté métaphysique qui donne sens à la vie. Si bien que d'une certaine façon la figuration est secondaire puisque tout est affaire de vision et d'intériorié habitée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14:01 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Gabrielle Jarzynski : modifications

Jarzynski.jpgC'est parce que les histoires d'amour finissent mal en général qu'il faut faire avec. Quitter parfois la gare de Trouville pour retrouver Paris. Mais tout ne s'efface pas comme les paysages qui défilent dans l'Intercité 8479 : "Août venait de s’achever avec notre histoire pendant que je rêvais d’être une chienne attendant d’être assaillie par un mâle." La formule est violente manière de ne pas se laisser envahir de larmes.

Une nouvelle foi l'éros pas plus que les hirondelles ne font le printemps de l'automne.A force d'en laisser tomber au moment ou dehors la pluie " de la vapeur se condensait en fines gouttelettes sur un corps froid". Nul ne sait s'il s'agit du corps de la laissée pour compte ou la vitre du train. Avant d'apprendre qu'il s'agit de l'effet des larmes sur les lunettes de "Mathilde".

Jarzynski 2.jpgPlus question de grimper aux rideaux. Mais l'auteure - qui préfère les jeux des Madame Edwarda que la patience de le Pénélope grecque - ne proposerait-elle son anti-portrait ? C'est plus compliqué que cela. Changeant de lieu (d'un certain culte), la femme d'intérieur (du train) va pouvoir retrouver plus qu'un mince soleil de fin de saison même si celui de l'été a bel et bien disparu. L'objectif est de sortir d'un état de fait même si savoir où cela mène n'a rien d'acquis au sortir du train comme au sortir de nuits d'ivresse.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Jarzynsli, "Mathilde", estampes de Fil, Atelier Ohilippe Miénnée, Lanouée, 2019

22/03/2019

"Isrealities" : document-terre

Is-Erich-Hartmann.jpg"Isrealities, sept voyages photographiques", Musée juif de Suisse, Bâle du 29 mars au 14 juillet 2019

Pour Anna-Patricia Kahn, commissaire de cette exposition "Avoir différentes perspectives côte à côte est une invitation à réfléchir à notre compréhension du passé et à envisager de nouveaux horizons." Elle a donc choisi sept visions historiques de photographes pour lesquels la représentation fait moins le jeu du document et du réalisme que du symbole et de la poésie.

 

 

Is (David Seymour).jpgCertes ils appartiennent tous (sauf le dernier) à l'agence Magnum spécialiste du reportage. Mais ici Philippe Halsman, Erich Hartmann, David ‘CHIM’ Seymour , Micha Bar-Am, Patrick Zachmann et Thomas Dworzak et Oded Balilty présentent moins un document-taire qu'un document terre. Et les nuances de l’expérience israélienne sont donc présentées dans la ville où en 1897, le journaliste et activiste Theodor Herzl déclara : «À Bâle, j’ai fondé l’État juif».

Is Oded-Balilty-.jpgEn 60 images en sarabande tout n'est pas dit sans doute d'Israël. Mais les images dialoguent entre elles et avec le public. Loin des analyses elles montrent des espérances, des abîmes, des abîmes d'espérances. Il y a là des détours imprévus, des déceptions, des abattements, des rêves et des espoirs. De l'humour et de l'émotion surtout. A chaque visiteur de se faire son propre parcours là où la photographie prouve que l’amour d'une terre ou d'un idéal n'efface pas certaines ombres et c'est bien en Israël le problème. Mais le ciel souverain de l’amour n’est sans doute que d'une terre, ce morceau du ciel vu à l’envers.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Photos : Hartmann, Seymour, Balilty)