gruyeresuisse

22/07/2019

Jacques Floret : Fols asiles

Floret Bon.jpgJacques Floret déstabilise les schémas de la représentation du nu avec autant d'humour qu'une certaine gravité. Le nu pose deux questions : qui enferme-t-on et comment ? Pour répondre l'artiste n'a pas besoin de s'inspirer d'une nombreuse documentation et des lectures idoines. Il rénvente le fol asile sans renier un tel lieu dans son essence.

Floret 1.jpgMais il ne s'arrête pas en si bon chemin : il le recompose, le réincarne et le déplace par bondages et autres facéties. Dans ce travail, diverses entrées (ou sorties) allusives permettent de faire pénétrer des émotions en un périple initiatique et ludique Le voyage de ce qui est considéré comme nocturne prend une autre nature. Aux couloirs arides font place des traversés du désir que la normalité estime pour obviée.

 

 

Floret 2.jpgIl s'agit de franchir le mystère des lisières et de s’engouffrer dans un espace qui n'est plus considéré comme exil ou abattoir mais espace de protection face à un dehors là où la folie n'est pas forcément moindre. Le dessin devient l'incarnation et une incantation éruptive et déplacée. Se marient canibalisme et passion, mort et désir. Tout cela est aussi sourd que lumineux dans la dévoration du montré et la restitution en art de l'action où le corps joue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Floret, "Livre", "Coffret", Editions Litterature Mineure (Maison Dagoit Big Cartel), Rouen, 2019, 5 et 20 E..

 

Monstre va : Buff Monster à Zurich

Buff Monster.jpgBuff Monster, "Composure", Kolly Gallery, du 15 juillet au 20 juillet 2019.

Buff Monster vit et travaile à New York City. Amateur de Metal, de crême glacée, de pop-Art, de culture japonaise il en tire ses principales influences. Sous l'aspect débridé de ses œuvres se cache une technique méticuleuse. Le plasticien est reconnu dans le monde entier entre autres par sa série de dessins et d'objets collector intitulée "The Melty Misfits". Il a travaillé aussi pour des marques telles que Disney, Converse, Hello Kitty, Samsung, Nike, Coca-Cola et bien d'autres. Il a pratiqué le street-art pendant 15 ans.

Buff Monster 3.jpgSon travail est facilement identifiable par ses formes et couleurs (celles de l'arc en ciel). Toutefois il sait expérimenter divers styles qui rappellent presque toujours la tradition du dessin animé et des "Comics". "Composure" donne un bel aspect de la production de l'artiste. Elle permet de voir aussi l'artiste entrain de créer des figures typiques et qu'il veut positives.

Toutefois le créateur ne cherche pas à ignorer le monde tel qu'il est. Il en fait parfois sa source d'inspiration mais avec une certaine distance face à ce que les graffiteurs et artistes en proposent. Et il revendique la "vieille" peinture face aux techniques numériques. Il s'en sert au besoin mais selon une approche analogique.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/07/2019

Les mixes de Jeff Whetstone

Whetstone.jpgJeff Whetstone s'intéresse dans "Rituel de Batture", aux filtres et grilles qui près de La Nouvelle Orleans sur les bords du Mississipi retiennent tant que faire se peut "du" sol. Le photographe et vidéaste saisit ce monde éphémère de manière étrange et parfois quasiment comique. Il sollicite non seulement l’attention mais l’imagination du regardeur.

Whetstone 2.jpgLe photographe fige le passager, l'aléatoire. Tout se succède en une suite de «tableaux» sauvés des eaux et d'où surgissent parfois quelques figures du zoo humain. Une succession de figures polymorphes et hybrides ne résolvent en rien la question du motif. La "Batture" souvent balayée et transformée devient une terre cyclique, toujours provisoire, sauvage et alluviale. A côté, des famille pêchent pour se nourrir là où passent d'énormes porte-conteneurs.

Whetstone 3.jpgCe lieu est donc moins une ligne de démarcation qu'une bordure interlope où s'agglutinent toutes sortes d'existences et de présences. L'artiste explore cette zone interstitielle de manière nocturne pour ajouter un mystère au mystère par des lumières obliques où se distinguent au loin des navires et en gros plans un poisson-chat émietté couvert de mouches dont elles deviennent la parure. Au centre de cette série se trouve une vidéo de 24 minutes. Elle évoque la vie au bord du fleuve pendant une journée de manière attentive et là encore imprévue.

Jean-Paul Gavard-Perret