gruyeresuisse

24/11/2014

Les Daisy carnées de Lars Elling

 

 

Elling bon.jpgAssoiffées, les jeunes femmes de Lars Elling collent leurs lèvres aux bords de tasses athées. En talons hauts et mini jupes ou dessous légers elles proposent des dérives désirantes qui éloignent les sages de leur sommeil. Il est fort à parier que beaucoup d’entre eux aimeraient tomber dans les beaux draps que le peintre feint de tendre pour les recevoir. D’autant que chacun d’eux pense que de telles égéries s’adressent à lui lorsqu’elles lancent leur  « je suis ta chambre ».  

 

Elling 2.jpgMais il faut se méfier des femmes grimées en Barbie Girl perversement sages. Pour autant elles ne cultivent en rien la provocation factice.  Surgit une poésie de l’intime là où peinture s’enchâsse afin que l’onirisme prenne lieu de réalisme. L’inverse est vrai aussi. Redresseur de courbes  Lars Elling fait que les infidèles ne sont pas seulement les femmes de boulangers. D’autant que son œuvre n’a rien d’enfarinée. Elle renvoie paradoxalement à une forme de diaphanéité au service d’une poésie qui fait de la narrativité du réel une fiction  phosphorescente. Elle appuie sur la région du corps. Celui du lecteur peut brûler les flammes de l'enfer dès que ses pulsions s’accélèrent au surgissement implicite des seins dans l’échancrure salace de bustier de Daisy carnées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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Raynald Métraux routier de la création

 

 

 

 

Métraux Peverelli.jpgRaynald Métraux, « Plateforme(s) » , 29 novembre 2014 - 1er février 2015, Centre d’Art Contemporain, Yverdon.

 

 

 

 

« Platerforme(s) » met en évidence le travail de Raynald Métraux. Plus qu’un artisan, celui qui est à la fois imprimeur, éditeur et galeriste reste un agent majeur de l’art en Suisse. Emergents ou confirmés les créateurs trouvent auprès de l’homme de l’art celui qui est susceptible de rehausser leur travail. Tel un chef d’orchestre Reynald Métraux met à la disposition de ses « compositeurs » de quoi valoriser leurs dessins et leur destin d’artiste.  Anne Peverelli - à titre d’exemple -  a découvert dans l’atelier un vecteur irremplaçable : quelque soit la qualité du support choisi par la créatrice, l’imprimeur en rehausse le champ et le grain. Le dessin s’anime, réagit parfois en légères ondulations quelles que soient les techniques hétéroclites (crayon, huile, laque, tippex, acrylique, gouache, aquarelle) utilisées par celle qui privilégie la mono-couleur. Metraux.jpgPoints, lignes, plages, réseaux, coulures échappent à la rigueur géométrique et optent pour le chaos organisé selon des déambulations sensuelles. Ce qui est vrai pour l’apport aux œuvres de Claire Peverelli l’est autant pour tous les artistes que le « metteur en scène » invite. Divers mondes s’agitent si bien qu’avec Maïer en Suisse et Maeght en France  Raynald Métraux reste un des rares imprimeurs capables de comprendre les gestes et désirs des artistes. Se tenant à la source de leurs travaux il ne se contente pas de les « reproduire » : il accompagne  l’aventure de leur imaginaire. Il invite par son travail  à suivre du regard leurs divagations les plus folles comme leurs rigueurs précieuses.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:58 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/11/2014

Johanna Viprey : l’art et la marge

 

 

 

 

Viprey 2.jpgNée en France Johanna Viprey vit depuis longtemps à Genève. Ses performances et installations explorent les modalités de restitution des expériences liées au concept de subjectivité. Diplômée en sociologie elle a obtenu un master en Arts visuels à l’HEAD de Genève. Elle a participé à de nompbreux évènements sur la performance (“Enseigner comme des adolescents”) et à de nombreuses expositions collectives dans les esopaces publiques (Le Consortium, Dijon 2013; Forde, Genève 2012). Pour sa thèse de Master  L’artiste en chauffeur de taxi” Viprey a utilisé documents et images de Jeff Perkins. Ce travail a été repris sous le titre “Die Young or Stay Pretty”  à l’Institut Suisse de Milan, de Rome et à l’HEAD de Genève. L’artiste - muée en curatrice - a réalisé un projet en vue d’ouvrir des modèles alternatifs au système d’éducation en proxémie avec les instituts d’art suisses et italiens.

 

Cette recherche naquit de la rencontre avec celui que la créatrice nomme un “outsider professionnel” : Jeff Perkins. Autodidacte il fréquente des artistes tels que Yoko Ono, Sam Francis mais qui ne trouva jamais une “scène” pour son propre travail artitique. Il dut travailler pendant vingt ans comme chauffeur de taxi jaune et il enregistra pendant 10 ans les conversations qu’il tenait avec ses clients. “Je me demandais quelles raisons personnelles ont poussé Perkins à agir ainsi, à donner lieu à cet objet hors-norme, selon une telle durée, quel rapport il entretient avec celui-ci, avec la pensée Fluxus. Enfin, s’il s’agit pour lui d’allier l’art et la vie et si sa vie était liée à cet objet, à quoi ressemble la vie de Jeffrey Perkins en dehors de son taxi » avoue l’artiste. Ce sont donc ces mystères qui portèrent Johanna Viprey jusqu’à New-York afin de rencontrer Perkins et de s’interroger sur une question capitale : comment réapatrier dans le champ de l’art et ses circuits un travail qui ne lui était pas destiné ? “Die Young or Stay Pretty” s’est ensuite développé dans une série de rencontres, performances, expositions, débats pour répondre à la question du rôle de l’artiste dans le monde et dans la formation des individus. Ce travail s’interroge en outre sur la disctinction – pertinente ou non – entre artistes professionnels et dilettantes, sur la possibilité d’assimilation  des obsessions des excentriques, outsiders et autres marginaux de la part du système de l’art contemporain.

 

Viprey.pngLa question reste ouverte et illustre par cette béance la pertinence du  travail de Johanna Viprey.  L’être lui-même y devient autant un écran qu'une cible. Ce n'est pas la rage qui domine l’artiste mais la mise à distance de l’objet artistique en tant qu’icône. Elle espère encore et toutefois une naissance, un accomplissement de l’art dans ses marges. Celui-ci n'est pas pour elle et par essence carnassier. Mais ceux qui en tirent les ficelles doivent être évoqués. L’artiste ne se veut pas pour autant accusatrice. En montrant le crucifié et  le bourreau elle cherche à ce que le cercle ne se referme pas sur la disparition du sens de l’art. La créatrice ne cesse d’en appeler à un voir autrement, « outrement » voir loin du tapis des maîtres et afin que certains  funambules excentrés n’attendent plus leur tour. Ils n’ont pas à faire que subir et attendre face à des cages et cases officielles réduites parfois à des schémas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret