gruyeresuisse

04/12/2015

Hans Schärer : actes de "seinteté"

 

Hans Schärer 1.jpgHans Schärer: Madonnas and Erotic Watercolors, Swiss Institute Contemporay Art, New York, 2015.

 

Le corps, toujours, nous échappe. Nous ne savons rien de son lieu et de ce qui s'y passe. Nous ne pouvons constater que ce qu’il en reste. Bref son ossuaire. Certaines momies en donnent des indices afin de montrer comment elles ont prise sur nous et nous touchent. Mais Hans Scharer - qui fut à tord remisé du côté de l’art brut - anticipa de telles pertes en cultivant le charme charnel des femmes même lorsqu’elles étaient sensées représenter des objets de piété. Marie et les saintes furent pratiquement traitées en « couche toi là » selon divers actes de « seinteté ».


hans scharer 3.jpgJouant avec les poncifs l’artiste serait sans doute peu prisé aujourd’hui tant notre époque cultive le repli confessionnel. Mais surgit plus que jamais chez l’artiste un acte de jouissance et de gaieté selon une théâtralité qui exagère à bon escient la dimension ludique de la nudité. L’artiste en prolongea les échos jusque sur des bobsleighs. Il sut faire passer du froid au chaud, du fermé à l'ouvert. Le corps est charnu et il cultive des rites particuliers dont le paganisme crée le rire. Aux prétendus éclairs de paroles d'évangile ou autres textes sacrés font place ceux qui se dévorent comme des religieuses.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/12/2015

Les caprices de Viviane

 

Rombaldi 2.jpgViviane Rombaldi-Seppey, Off Listing, Context Art Miami avec la Galerie Dubner Moderne, Miami et Lausanne

 

Les dessins et performances de Viviane Rombaldi-Seppey - sur un bord de mer comme sur des plages de papier - tordent le cou aux stéréotypes sans le moindre complexe. L’artiste construit une critique de l'image et un appel à la vie. Ses propositions se moquent des grandes poses dont l'histoire de l'art regorge. Elles rouvrent la question des genres plastiques. Refusant toute intrusion de moralisme l’artiste pourrait faire sienne la phrase de Sade: "Aucune action quelque singulière que vous puissiez la supposer est vraiment criminelle ou vertueuse. Les vertus d'un autre hémisphère pourraient bien être des crimes pour nous".

 

Rombaldi.jpgL'œuvre reste une fable optique. Elle saisit l’émerveillement de ce que le regard prend et dont la vie nous fait don et que parfois elle retire. Viviane Rombaldi-Seppey donc fait de chacun de ses travaux un "capteur", un "caprice". Il bouleverse les images et le réel : le second est transformé par les premières selon différentes formes ironiques au sein d'un système tonique L’artiste crée une esthétique éminemment précise : l'humour et la perfection ne se limitent pas à un exercice de dérision. La créatrice s'active dans un mouvement autant de retrait que d'exhibition qui enlève au monde sa pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2015

Résurrection de Louis Soutter

 

 

Soutter 4.jpgSereine Berlottier – Louis Sous la terre – Argol, 102 pages, éditions Argol, 2015.

 

 

La narratrice du livre de Sereine Berlottier (multiple et une) accompagne la solitude du peintre Louis Soutter (1871-1942). Sutter 3.pngElle rentre en proximité avec lui jusque « dans les jupes d’une femme » même si aucune présence n’a pu le sortir de son enfermement et de ses marches forcées qui rappellent celle de Walser. Etre - par delà les époques - en une feinte de proximité avec l’artiste permet à la poétesse française d’être au plus près de sa souffrance et de sa création. Celle-ci aboutira aux figures dégradées mais puissantes formellement que Soutter finira à tracer au doigt à la fin de sa vie et pour des raisons de santé : « Mettant au trou, à terre. / Creusant dans le petit trou de la terre. ».

 

Soutter 3.jpgSereine Berlottier mêle habilement (avec un clin d’œil lacanien) la vie et l’œuvre comme elle mêle dans son « récit » le tu, le je, le on, le nous. Le désordre de la vie de Louis Soutter se retrouve dans l’esprit du livre. Il suit l’artiste de manière chaotique de la Suisse à Bruxelles, aux USA et jusqu’à l’asile de Ballaigues où il s’adonna au dessin et à la peinture de façon frénétique dans une maison réservée « aux vieillards et aux indigents du canton » où il meurt au moment où son œuvre est exposée à New-York et Lausanne. Si bien que l’auteure peut s’adresser à l’artiste en lui lançant « Ta vie se commence quand elle se termine ». Jamais enfermé dans un cadre le livre de ruptures se fait le frère de l’artiste : du dessous de la terre il provoque sa résurrection.

 

Jean-Paul Gavard-Perret