gruyeresuisse

03/02/2015

Isabelle Monnier la vagabonde ailée

 

 

 

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Isabelle Monnier s’attarde dans les rues comme dans ses rêveries : des femmes y rôdent, des animaux exotiques aussi dans un réel hybride lorsqu’elle fait des retours au pays mais sans savoir lequel au juste. Née en Afrique la Lausannoise se sent bien du bord du Léman. Et les névralgies de nostalgie ne sont pas de son fait. Mais il lui arrive d’arpenter les congères et les plaques de verglas comme les déserts. Sensible au va et vient du monde elle le reprend, y vagabonde et en fait son jardin aux mille cachettes.

 

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Dès que la pluie cesse elle sort et savoure longuement de longs moments de solitude. Sur le quai de Lausanne tout lui paraît clair et semble suivre son chemin. Et c’est d’un pas neuf qu’elle rentre dans son atelier où s’entassent photos et dessins. Dans chacun d’eux une narration lave des peines et des amertumes. La pensée s’y fait discrète, à peine palpable. Mais c’est pourquoi de telles œuvres charment. Petit à petit un univers se dévoile. L’émotion suit son cours : le présent la réclame. Le poème plastique s’écrit de presque rien. Du vide vidé de son vide. Chaque image invente un grand livre du regard. La brume sur le Léman ne limite jamais l’infini au carreau de la fenêtre chez la créatrice.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:50 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

02/02/2015

Mathis Gasser et le vide grouillant

 

 

 

Gasser Bon.jpgMathis Gasser, Edition Hard Hat, Genève, " Lychee One", Londres  du 6 au 28 février 2015,  “Work Hard: Selections by Valentin Carron”,  Swiss Institute, New York, 4 Mars - 24 Mai 2015

 

 

 

 

 

Quittant les mannequins, la violence, la couleur, la scénographie  Mathis Gasser file vers des images de moins en moins évidentes, presque innommables car partiellement "effacées". Elles frisent l'aporie. Certes comme Beckett l'artiste suisse pourrait affirmer  : "je dis aporie sans savoir ce que ça veut dire". Mais n'est-ce pas là, peut-être,  la définition la plus parfaite de cette figure majeure d'une imagerie qui procède moins par développement que par annulation et coupure ? Chaque œuvre devient un chemin qui se déplie puis se perd afin que la problématique humaine soit découverte.

 

 

 

 Gasser.jpg"Inachevées"- mais parfaitement -  par éclipses, déliés du lié, lacunes de lignes, l'image  crée un vide grouillant. Dans le plus paradoxale registre rhétorique l'imaginaire invente  une rythmique, une résonnance poétique qui met en question la vue. Elles ouvrent quelque chose d'insaisissable. Ne demeure qu'un flou qui rappelle que l'être est lui même est floué là où la dynamique du continuum est remplacée par le discontinu et la charpie.  Il n'existe plus de promesses consolantes, l'ensemble se réduit à une pure perte, un néant, un flux où toute chose tout en étant n'est pas : c'est pourquoi il faut la montrer dans son inachèvement foncier avant disparition.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Anaïs Boileau : du cadavre à l’exquis

 

 

 

 

 

 

Boileau 2.jpgLes clichés de la jeune photographe de l’ECAL Anaïs Boileau relèvent de l’hybridation entre un glamour et chic et de la photographie anthropométrique. Ses portraits rameutent de « la » presque star et du presque cadavre. Le tout dans une ironie discrète. Peu à peu Anaïs Boileau créé un style construit sur à la fois une quintessence de sophistication mais aussi sur la dérision et l’improbable. La jeune créatrice ne se contente pas du déjà vu, du consommable. Elle introduit du fétiche dans le fétiche.  Chaque portrait demande ainsi aux "voyeurs" un autre approfondissement, une quasi "noyade", un autre temps d'acclimatation en créant des espaces ludiques où tout s’annule en s’affrontant.

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La photographe possède l'habileté de « miner » l’image-reflet. Au sein des  prises  plane une sorte de mystère et une farce. En chaque portrait perdure une douce violence - à ne pas confondre avec l'exhibition ou la provocation. Elle s'exerce  contre la représentation formatée. Ce qui pourrait devenir sacralisé est arraché par exhorbitation dont le jeu devient l’enjeu. La photographie n'a plus pour but de montrer en plus beau les images constituées mais de les faire ironiquement éclater là où tout semble en place mais est tout autant déréglé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret