gruyeresuisse

06/12/2014

L’art vidéo suisse au féminin

 


 

 

Rérat.pngMélissa Rérat, « L'art vidéo au féminin, Emmanuelle Antille, Elodie Pong, Pipilotti Rist », Presses polytechniques et universitaires romandes, EPFL, RLC, Lausanne

 

 

 

 

 

 

 

Existe-t-il d'autres passages que par les femmes ?  Non. C’est une évidence. Et ce depuis le premier jour. Néanmoins sur le plan de l’art la féminité est biaisée puisque elle a longtemps  appartenu presque uniquement à une recréation masculine qui a inventé  à son sujet une  symbolique nocturne et lunaire. Par chance les trois vidéastes suisses mises en « scène » par Mélissa Rérat tordent le cou à de tels préjugés. La femme n’est plus la mélancolie du monde. Et qu’importe si le mâle ne devient qu’œuf dur, un manque de peau, un lent beau au Zizi pas top. Les éphèbes ne rendent pas forcément marteaux trois créatrices réduisent le bloc d’assurance « adamique » en charpie et morceaux. Des scénographies rêvées d’Emmanuelle Antille (« Wouldn’t it be nice », « Angels Camp ») aux jeux de rôles drôlatiques forgés de pop culture d’Elodie Pong (« Je suis une bombe », « After The Empire ») aux délires hystériques de Pipilotti Rist (« I’m Not The Girl Who Misses Much », « Blutclip ») le féminin gagne en factures et postures face aux impostures. Le féminin s’y démultiplie de la femme fatale à la vamp, de la mère parfois nourricière et parfois dévorante. Mais pour qu’une joie demeure.



Rist.jpgMélissa Rérat explique comment par leurs vidéos les trois suissesses – sans doute peu lectrices des 3trois Suisses » - deviennent les sorcières bien aimées et dégingandées qui affranchissent les images de leurs poids officiels et « mâlins ». Les modèles en vogue sont remplacés par leurs cadavres. Grâce à elles ils ne font pas que se retourner  dans leur tombe : ils  dansent des sarabandes infernales. De quoi faire ravaler à Lars von Trier son dentier… Dans de telles « vidéo-fictions » les femmes ont loisir de ne rien faire de leurs reins : elles ne sont pas Elvis en leur pelvis. Visage pâle, yeux cernés de cerneaux ou parfois grimées et désopilantes elles passent outre  les génitales-party du mâle qu’il soit bestial ou d’un romantisme  Capri-cieux. Elles ont compris que chez eux l’angoisse est emphatique et la faiblesse générale. Si bien qu’à devoir avaler de tels brouets non sirupeux il est fort à parier que les hommes aient du mal à affirmer « C’est pas la mère à boire ». Sinon avec grimaces. A rough boy sauve qui peut.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

(photo Pipilotti Rist)

 

 

 

 

 

 


05/12/2014

Julia Steiner : îles

Steiner.jpg

 

 Julias Steiner, Galerie Turetsky, Genève, 15 janvier au 21 février 2015.

 

 

 









Abyme de révélation, imprégnation du silence

 

Craquelures exubérantes venues de grandes alvéoles

 

Des flots de graphite ou de carbure flottent élégamment

 

Chaque œuvre est une porte qui s’ouvre,

 

Un bain de révélation

 

La dynamique du crépuscule appelle déjà celle de l’aurore

 

Ça brûle. Un cri profond monte

 

Plainte première. Mais aussi la fureur d’exister :

 

Hallucinations nocturnes d’où la lumière jaillit.

 

Demeurent l’envers, l’en-deçà.

 

Le souterrain, l’étincelle du refus puis de l’accord impensable.

 

L’embrouillamini des traces fait autorité.

 

En des feuilles de route désaccordées : escapade du visible

 

L’espace sort de sa cage.

 

Le noir est plein de grâce. C’est un commandement.

 

Des orvets de marécage surgissent d’un bouillon

 

D’un galimatias.

 

Moins de contours que des dedans.

 

Ils rendent gorge ou plutôt prennent la « parole »

 

Plénitude. Entropie.

 

Pas d’arbres ou de fleurs pour saluer le monde.

 

Juste l’ambition d’une matière noire en fusion.

 

Silence du corps à l’œuvre.

 

Chaos et éblouissement

 

Le noir extrême et vivant.

 

Rêve, désir, sensation. Attente.

 

Vésuves et incandescences

 

Calme, liesse? On ne sait pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Marie Velardi et les frontières

 

Velardi.jpgMarie Velardi, Terres-mer et autres œuvres, Gowen Contemporary, nov.-dec. 2014, Genève.

 

 

 

Franchir la frontière : voici ce qui touche à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette traversée. C’est pourquoi Marie Velardi prend soin pour chacune de ses cartographies et voyages  d’atténuer les peurs par la douceur et l’élan de ses formes. L’œuvre crée une sorte de délivrance et aussi une attente. Le regardeur laisse les bagages de sa conscience sur le quai des rationalités et ose dériver au nom d’un franchissement de divers seuils et présences. Preuve que  l’œuvre de Marie Velardi vient à bout de la frontière interne de l’être. Demeurent des cartes et des plages  dont les dépôts épars permettent de passer la limite de notre ignorance. L’artiste donne “ un passage au passage ” (Roger Munier). Jaillit l’entre-deux où un réel désir  n’est plus en sommeil.  Les amants de Venise ne finiront pas en cendres. Affleure par effet de lagune la lumière montante  et sans frontière. Celle d’une idylle et d’un abandon subtilement programmés par l’artiste. Ses lisières d'aubes accordent à la trame du réel une transe, une flambée d'ivresse où se perçoit toujours une source de vie.


Jean-Paul Gavard-Perret