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03/08/2016

Yoshihiko Ueda : Hermès aux herbes folles


Ueda Bonbon.jpgPour célébrer le lien profond qui unit Hermès et la nature, la directrice artistique de la marque a choisi de développer le thème « grandeur nature » en faisant appel à Yoshihiko Ueda. Le shooting a eu lieu au « Kosciuszko National Park » en Australie près de Canberra. La maison avait déjà exposé l’artiste dans son Espace Forum à Ginza. Il a été retenu pour sa manière d’accorder à la nature une force mystérieuse et magnifique.

 

 

Ueda Bon 3.pngLe recours « archaïque » à la chambre photographique donne un grain particulier aux prises. L’artiste met l’accent sur des détails discrètement érotiques afin de suggérer une narration qui vogue entre l’invisible et l’impalpable. Cela est permis par le lieu, son champ d’herbes hautes agitées par le vent comme des crinières de chevaux galopant dans un temps suspendu et un cadre sauvage. Les photographies créent la sensation de liberté et de communion avec la nature. Ne demeure presque plus rien que la végétation et un corps qui s’y abandonne de manière plus ou moins équivoque, pudique et impudique à la fois.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/08/2016

Maël Baussand : « sweetest taboo »


Baussand2.jpgPour peu Maël Baussand serait classée, à cause de certaines des ses images, parmi les hystériques ou les sorcières. Elle revendique facilement ce mot (il fut le titre d’une des premières revues résolument féministes francophones). L’artiste - au même titre qu’Aphrodite Fur - fait scandale en montrant les organes féminins au moment des menstruations et ce en très gros plans. Cela choque et gène non seulement les hommes mais aussi les femmes qui ne veulent se reconnaître dans leur fluide corporel.

Baussand 3.jpgLaisser apparaître le flot reste donc un tabou que l’artiste lève. Au corps féminin « tamponné », sec et propre elle préfère ce qui est considéré comme sale voire détritique et qui coule à travers les poils pubiens au moment où eux aussi sont exclus de la représentation « socialisée ». Aujourd’hui L’Origine du monde du monde serait épilée pour être performative… Mais l’artiste prouve que la vision la plus crue ne peut se produire qu’au prix d’une défamiliarisation par rapport aux catégories cognitives. Lorsque la préfiguration attendue du sexe est transformée en ob-scène surgissentt non une défiguration mais une dilatation et un vol en éclat des paradigmes de ressemblance.

Baussand4.jpgL’artiste a repris le mot « dentelle »pour cette série. Manière d’ironiser son propos : la dentelle ici ne recouvre pas mais exhibe. Mais il ne s’agit pas de provocation. Comme elle l’écrit, il s’agit de témoigner « d’une grande tendresse pour l’objet-limite que demeure le sang menstruel, et pour la gestion émouvante de ses écoulements. Cette série est mon enfant mal-aimé ou bâtard, rejeté et harcelé, pour lequel je me sens un faible particulier, des dispositions spécifiques ». De quoi bien sûr faire lever des cris dans les chaumières. Ou plutôt non : la critique d’art préfère taire et occulter de telles images moins par pudeur que par gène. Et l’artiste d’ajouter « la féminité, dans toutes ses acceptations, semble constamment être un problème, comme si être femme était une indisposition naturelle ». Maël Baussand prouve le contraire. Qu’importe celles et ceux qui en perdent leurs repères.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/07/2016

Bruno Walpoth et la condition humaine


AAAAWALPOTH.jpegBruno Walpoth crée des sculptures d’humains en bois. Leur réalisme est surprenant. On en oublie parfois la matière lorsque le sculpteur utilise la peinture semi-translucide pour faire porter l'attention à un hyperréalisme particulier. Peu à peu l’artiste brouille les cartes du genre et de son hérésie fidèle au désir de ne rien négliger ce qui peut contribuer à le discréditer.

 

 

 

 

 

AAAAWalpoth3.jpegLa sculpture sur bois s’éloigne de la dimension artisanale. Les êtres semblent seuls au monde. Chacun semble perdu n’en comprenant ni la moitié, ni le quart. La statuaire devient déconcertante par sa force non à retracer le corps mais à faire ressentir la profondeur de l’être avant que, de bois, il retourne en cendres.

 

 

 

 

 

 

 

AAAAWALPOTH1.jpgIl semble une nature morte dont surgit un abîme là où néanmoins un érotisme demeure présent même s’il égare toute signification possible, et ne rassemble plus les êtres. Réduits au silence ils sont proches de ce qu’émettait Beckett dans « Esquisses radiophoniques» «: D'accord, la respiration, je ne sais pas..." Ne serait-ce pas là une ultime hypothèse ou  un ultime traquenard tendu par Walpoth afin de laisser croire à un semblant d'existence mais qui ramène l’être à la simple condition d’être « ça » ?


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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