gruyeresuisse

08/06/2015

Près de la frontière : la peinture hiératique de Patricia Broussaud

 


 

Broussaud.jpgPatricia Broussaud crée des œuvres très spécifiques. Leur abstraction géométrique aux "morphologies" longilignes est ponctuée de cercles qui en atténuent la rigueur. De tels ensembles, se retient paradoxalement une douceur poétique. Le "rigide" se transforme en abandon dans une création qui semble issue de l'école de Zurich. Tout se joue en une retenue partielle au sein de couleurs d'ambre et d'ombre qui n'excluent en rien la lumière. Quoique abstrait le langage plastique reste le plus proche possible des sensations et de la perception de l'existence par la création d'interférences multiples et subtiles.

 

La créatrice le fait jaillir du domaine de la "spectralité". Emane une forme d’éternité ardente et pudique. La signification de l'œuvre échappe  à tout pathos ou désir larvé et dépasse de mille lieues une simple illustration de la condition humaine. Tout se joue entre une présence à venir  et l’ombre que chaque œuvre doit  retenir afin de ne pas prétendre à une illusion de vérité. Patricia Broussaud depuis, Annecy le Vieux, ouvre l’art à un espace spécifique :  il ne donne sur rien, semble se poser sur rien et pourtant il arrache à la nuit, traverse le jour de son lever à la nuit tombante, du crépuscule à l’aube dans un univers mystérieux, onirique et vaste. Les lignes se marient à une fluidité sans fond. Pas de certitude. Pas de symbole. Le regard retourne à son origine. L’art se mesure à ce qu’il est  : l’ébranlement de la pensée par le trait ou des masses à la fois tendres et cendrées,  inflexibles et douces.

                                                                            Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Les incises intercalées de Lisa Beck

 

 

 

 

Beck 3.jpgLisa Beck, « The Middle of Everywhere » - proposition de Caroline Soyez-Petithomme°, du 6 juin au 11 juillet 2015,  Circuit, centre d’art contemporain, Lausanne.

 

 

 

 

Cherchant toujours un lien entre l’individuel et le collectif, l’expressionnisme et l’impressionnisme transfigurés par l’abstraction, Lisa Beck invente une hantise des lieux : celle-ci prend de nouvelles formes en jouant sur l’espace d’exposition lui-même. Toute perception est filtrée et transfigurée  par le travail de la couleur et de la forme abstractive, le jeu de la platitude et de la profondeur. La créatrice cherche non à accentuer les oppositions mais plutôt à les intégrer dans des formes basiques et géométrique :  plans, sphères - le tout pour jouer entre le vide et le plein.

 

 


 

BECK 2.jpg

Face aux extensions que l’art peut proposer et entre le stable et l’instable l’artiste choisit sa voie sans renoncer aux ajustements, aux accidents que la peinture génère lors de sa création qui intègre  bi-polarité et symétrie. Le jeu des strates offre un spectre particulier dans la présence du noir et d’autres couleurs au sein de la répétition, d’un ordre et de divers systèmes de réflexion où les œuvres sont en miroir. De ces travaux minimalistes abstraits surgit une profondeur de mémoire comme il y a une profondeur de vue dans la répétition à l’intérieur d’un thème ou d’une stratégie picturale.  Qu'il s'agisse d'effacement ou de surgissement, d'apparition ou de disparition, tout se distribue entre deux couleurs comme entre deux rives en la profondeur d'une sorte de sous-bois esthétique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

07/06/2015

Didier Legaré-Gravel : « de profundis clamavi »

 

 

 

Légaré 2.jpgDidier Legaré-Gravel , « Peplum », 9 - 27 juin 2015, Galerie Lignetreize, Carouge-Genève

 

 

 

Souvent, Didier Legaré-Gravel en s'endormant songe à une encre  qui serait riche de nouveautés. Au matin, les idées neuves de la  veille se transforment bien souvent en éternel recommencement dans lequel sans y prêter une attention particulière, à une heure  précise, un instant particulier, émerge pourtant une réussite. Pris seul, le trait y crée déjà une certaine allusion. Multiplié, en  l'ajustant tant dans son mouvement propre, son épaisseur, sa  légèreté ou encore son élan, il est une perpétuelle ressource, aussi  riche qu’inépuisable.

 

 

 

legaré.pngNéanmoins certains, voyant les encres de Didier Legaré-Gravel, peuvent estimer que les  tâches c’est  finalement facile. En effet : elles le sont comme sont « faciles » les dragons, les épaves ou encore les ruines  peuplées par d’étranges fougères et qui au ciel ne sont que des nuages.  En créant ses encres l’artiste semble disparaître, être absorbé comme au plus profond d’un trou aux étranges reliefs lumineux. Tout un chantier en cheminement remue bruyamment. La tête et les mains affolées de l’artiste brisent bien des astres lointains et créent des vagues. Elles questionneraient bien des marins, mais l’artiste cherche seulement une forme inconnue là où le dessin ne se maîtrise plus. Si évolution il y a, elle  est ailleurs : elle s’opère dans une forme d’apprivoisement d'une  gestuelle qui  au fil du temps devenue familière, trouble, mouvante, résolument tournée vers l'expression des profondeurs.  

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret