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27/11/2018

Max Kellenberger et Alex Yudzon : le parti pris des choses

Kallemnerger 3.jpgMax Kellenberger et Alex Yudzon rapprochent la photographie de la peinture (nature morte) et de l’architecture (en créant en intérieur des extérieurs). Ce retour est en opposition à ce que la photographie fait habituellement en une telle perspective – à savoir une « singerie ». Ici le 7ème art recrée les plus anciens. Ce qui est métamorphosé avec les choses ou le mobilier renverse l’espace et le temps.

 

Kallenberger 2.jpgSe créent de nouveaux agencements ironiques dans un esprit dada et surréaliste mais selon une perspective postmoderne. Le parti pris des choses est à la fois sublimé et victime d’une « conspiration ». Max Kellenberger propose des images tirées de son oeuvre « Gravity » fondées sur des idées simples qui défient les lois de la nature selon une perspective qui n’est pas sans rappeler le design suisse. Existe un va et vient poétique du désordre vers un ordre.. Photographe, peintre, sculpteur et collagiste Axel Yudzon présente des extraits de « A Room for the Night ». Il s’empare du contenu des chambres d’hôtel pour inventer ce qu’il nomme «sculptures de meubles» : installations temporaires conçues pour être photographiées et dans lequel il mythifie son statut d’éternel errant.

Kallenberger.jpgLes deux créateurs utilisent propagent leurs farces optiques plus sérieuses qu’il n’y paraît. Kellenberger sort les objets de leur rôle utilitaire et leur donne une vocation poétique là où, par exemple, une boîte est confrontée à son couvercle qui refuse de se refermer. Yudzon quant à lui déplace les objets pour bouleverser les lieux d’une intimité érotique (le lit) ou laborieuse (le bureau). Les deux ont construit leur exposition au cours d’échange de mails et leurs propositions se répondent pour suspendre la gravité - à tous les sens du terme - au sein de leurs narrations intempestives

Jean-Paul Gavard-Perret.

Max Kellenberger et Alex Yudzon, « Entropie », Rick Wester Fine Art, New-York, du 1er novembre au 5 janvier 2019

 

 

Harley Weir : l'envers et l'endroit

Weir.jpgRépondant à l'injonction de la nouvelle collection "voyageuse" de Louis Vuitton, Harley Weir propose une vision personelle de l'Iran. Tout s'y joue entre le visible et le caché. Plutôt qu'une énième dissertation logomachique sur la religion, le pouvoir, la situation des femmes dans le pays, le photographe fidèle à sa pratique de la beauté, propose une programmation visuelle par la bande.

 

 

Weir 3.jpgLe beau reste bien le souci majeur de ce projet : celui qui peut se percevoir en glissant dans l'"intimité" des lieux publiques par delà de la muraille idéologique pour peut qu'on soit, comme Weir, capable de le traquer. Exit ici les signifiants les plus visibles (mosquées, maisons). Tout tient le plus souvent d'une approche de détails. Ils sont moins des exceptions qui pourraient s'imaginer.

 

 

Weir 2.jpgL'éros est là. Harley le traque à travers certaines vitrines ou avec celles dont il sait partager les confidences non seulement "parlées" mais ostensiblement visuelles par leurs parures. La volupté est prégnante. Et même si le photographe restait sous surveillance il a su offrir des visions magiques de l'intimité. Un foulard, un pied  suffisent à suggérer désir et frustration. Dans ce superbe livre, le premier écrase le second.

Jean-Paul Gavard-Perret

Harley Weir, "Iran", coll. "Fashion Eye", Louis Vuitton éditions, 2018.

26/11/2018

Angelika Sher : la vie à l’envers

Sher.jpgAvec Angelika Sher parfois les femmes se font parfois poupées plus ou moins cassées, parfois maîtresses de lieux où la légende jouxte la réalité. Ici plus de vaste monde. Mais juste les bruits du cœur. Il n'est pas de sommeil si profond qu'il m'empêche de l’entendre. Chaque image propose une énigme et crée la nostalgie envoûtante de ce qui n’a pas encore eu lieu.

Sher 2.jpgDans les canicules d’Israël le baromètre des photographies de l’artiste ne sont pas pour autant au beau fixe. Leur déclic largue parfois toutes amarres. Des nudités presque enfantines où des beautés plus matures aux atours de fantômes créent un univers particulier. Idem pour les paysages et leur univers d’ombres où des arbres s’habillent de blanc.

Sher 5.jpgAngelika Sher saisit en chants visuels bien des confidences pour les magnifier en volumes et couleurs même lorsque la vie est à l’envers. Elle reste néanmoins le témoignage trouble d'une haute idée de la condition humaine. La photographe demeure l’intransigeante qui ne laisse jamais le monde dans le salpêtre. Elle en « parle » l’imprononçable et subordonne le monde à des images qui deviennent une serre primordiale. Avec des étoiles jusque dans les poings, la vie est une communion continuelle de la matière et de l’esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Angelika Sher, « Fifth Column », Zemack Contemporary Art, Tel-Aviv, 2018.